Plusieurs personnalités ont pointé le rôle majeur des autorités locales dans l’accueil des réfugiés, lors d’un débat organisé dans le cadre de l’événement ‘The State of the Union’ à l’Institut européen de Florence, jeudi 10 mai.
Cet échange avait une pertinence toute particulière, le cycle de conférences sur l’avenir de l’Union de cette année étant axé autour du thème de la solidarité.
Matteo Biffoni, maire de Prato (Italie) et chargé de la politique migratoire pour l’Association nationale des municipalités italiennes (ANCI), a été le premier à prendre la parole pour défendre l’action qui est conduite par son organisation. « Le nombre extrêmement élevé d’arrivées a été un défi sans précédent pour notre pays », a-t-il d’abord reconnu, en référence aux mouvements migratoires vers l’Italie au cours des dernières années. C’est la raison pour laquelle, de concert avec le ministère de l’Intérieur, l’ANCI a mis sur pied son programme d’accueil pour les réfugiés en Italie.
Celui-ci est basé sur plusieurs principes, notamment la durabilité de l’accueil, la volonté des municipalités, la subsidiarité ou encore l’accès aux services publics. Si les succès de l’accueil des réfugiés en Italie, comme partout dans l’Union européenne, sont bien sûr relatifs, M. Biffoni a vanté les mérites d’un modèle volontaire visant à donner aux personnes arrivées une perspective sur le moyen terme grâce à « une boîte à outils personnelle pour l’intégration ». Pour lui, la volonté politique locale est fondamentale pour l’accueil et l’intégration des réfugiés.
Cette vision est également partagée par Michael O’Flaherty, le directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. Pour lui, l’immigration et l’accueil des réfugiés représentent « un énorme défi pour les communautés locales ». Mais une chose semble claire, selon lui : la stratégie d’intégration fonctionne le mieux lorsque les autorités locales sont pleinement impliquées dans le processus. « La ville est le laboratoire le plus intéressant en Europe pour tester des solutions intelligentes », a-t-il ajouté. Il faut par ailleurs bien s’assurer, d’après lui, que différents acteurs sont bien impliqués dans la politique d’intégration : les migrants, les autorités locales et la société civile.
Impliquer le secteur privé. Ces propos ont été corroborés par le député européen Brando Benifei (S&D, italien), pour qui « la société civile est cruciale » pour ce faire, tout comme le secteur privé. Le député a tenu à saluer les efforts de la Commission européenne afin d’harmoniser les règles, notamment concernant les conditions de réception des demandeurs d’asile, alors que les négociations interinstitutionnelles entre le Parlement européen et la Présidence bulgare du Conseil de l’Union européenne sont en cours (EUROPE 12006).
M. Benifei a par ailleurs évoqué la proposition de la Commission européenne sur le cadre financier pluriannuel (CFP), présentée le 2 mai dernier et suggérant que le futur Fonds social européen (FSE) prévoie notamment d’attribuer des financements pour l’accueil des réfugiés (EUROPE 12013). Il a qualifié ce point d’« intéressant ». Cet instrument devra créer des synergies avec « la microfinance, l’innovation sociale et l’entrepreneuriat social », a-t-il en outre déclaré.
Et le rédacteur du rapport d’initiative sur l’inclusion sociale et l’intégration des réfugiés sur le marché du travail s’est montré de l’avis d’Emmanuel Macron, le président français, dans sa volonté de prévoir des fonds pour les entreprises locales réalisant des efforts pour l’intégration des réfugiés, rappelant que le paragraphe 26 de son rapport d’initiative le préconisait également (EUROPE 11587).
Des demandeurs d’asile hébergés à l’Institut européen. Virginia Passalacqua, chercheuse à l’Institut universitaire européen, a conclu cet échange en présentant l’initiative de l’institut, qui héberge depuis deux ans six demandeurs d’asile. Soutenu par Caritas, cet accueil, accompagné notamment de cours de langue, s’inscrit dans une démarche claire d’intégration. Mme Passalacqua a plaidé pour plus d’égalité entre réfugiés et citoyens européens, pour que l’intégration des réfugiés soit un succès. (Lucas Tripoteau)