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Bulletin Quotidien Europe N° 12019
Sommaire Publication complète Par article 37 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1221

***    PASCAL ORY : Peuple souverain. De la révolution populaire à la radicalité populiste. Editions Gallimard (5 rue Gaston Gallimard, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 49544200 – fax : 42841697 – Courriel : gallimard@librairie-gallimard.com – Internet : http://www.gallimard.fr ).  Collection « Le débat ». 2017, 252 p., 21 €. ISBN 978-2-07-269344-1.

Les extrêmes sont faits pour se rencontrer. Tel est le fil conducteur de cet « essai historique » qui voit un historien français remonter aux racines des droites populistes et des gauches radicales pour discerner ce qui les unit et leur est commun. C’est-à-dire beaucoup de choses. Sa démarche intellectuelle est audacieuse et, sans nul doute, sera jugée incongrue, voire même carrément déplacée par les acteurs au cœur de cette étude, mais il est patent que ses analyses éclairent autrement et très utilement des phénomènes qui sont en phase ascendante en notre époque.

Pour d’emblée capter et capturer l’attention de son lecteur, Pascal Ory établit d’entrée de jeu un lien entre « deux fables de novembre ». Celle qui, d’abord, vit Lénine s’emparer du pouvoir en renversant non point un tsar mais bien le social-démocrate Alexandre Kerenski, éphémère bénéficiaire de la révolution de Février 1917. Celle ensuite qui, plus proche de nous dans le temps, a vu Donald Trump arriver à la Maison blanche. Quel est le lien établi par l’auteur entre ces deux événements historiques, ces moments qui sont porteurs d’une « irruption en forme d’éruption » ? Le peuple. Le peuple ou, plutôt, ce qui lui en a tenu lieu en ces moments décisifs : les soviets de soldats et de paysans, dans un cas ; les victimes des « élites », dans l’autre, grâce au discours d’un capitaliste caricatural immédiatement compréhensible pour les délaissés de la mondialisation qui ont traduit concrètement le slogan « America first » par « Your jobs will come back ».

Par le biais de ces deux personnages aussi antinomiques qu’il se peut, l’auteur invite à explorer en sa savante compagnie le lexique du populisme et celui de la radicalité. Au fil de sa démonstration, à la fois dense et parfaitement lumineuse, il montre en quoi « le populisme est une idéologie de synthèse qui permet à la droite de trouver le chemin des classes populaires en adoptant un style de gauche ». Dans la Russie d’hier comme dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, mais aussi partout ailleurs dans le monde où le populisme a prévalu ou se manifeste à nouveau, cette idéologie procède du « postulat fondamental d’une souveraineté populaire confisquée » et se caractérise par une « identification forte à une communauté nationale », ainsi que par « une claire personnalisation du leadership, le modèle populiste idéal faisant de cette personnalisation le lieu où peuvent se résoudre ses contradictions ». Souveraineté populaire et démocratie autoritaire sont des thèmes qui sont finement étudiés avant que l’auteur ne constate que le populisme a aussi un sens politique qui s’exprime dans un mot clé : nationalisme. C’est « là que gît l’essentiel de sa question moderne » en ce que cette notion favorise occasionnellement le mariage contre nature entre la gauche et la droite. Une formule de Barrès datant de 1898 en atteste : « Aux sommets de la société comme au fond des provinces, dans l’ordre de la moralité comme dans l’ordre matériel, dans le monde commercial, industriel, agricole, et jusque sur les chantiers où il fait concurrence aux ouvriers français, l’étranger, comme un parasite, nous empoisonne. » A l’heure des Mexicains pour les uns, des musulmans – qui ‘remplacent’ utilement les juifs – pour d’autres, le propos trouve actuellement une nouvelle jeunesse. Or, avertit l’auteur, le fascisme n’est jamais très loin du populisme.

Dans un deuxième temps, Pascal Ory s’attaque à la radicalité et s’emploie à montrer combien celle-ci « est une mythologie qui rapproche les extrêmes dans un rejet commun de la réforme et du compromis et facilite, le cas échéant, la circulation de l’un à l’autre ». Il avance qu’il est possible de « relire toute l’histoire de la radicalité politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, sous l’angle de l’histoire de la radicalité religieuse et, en l’espèce, rattachable au monothéisme universaliste », ce qui l’amène notamment à observer que, au XXIème siècle, la forme radicale du populisme « prend en terre chrétienne le costume du prêcheur évangéliste » et « en terre d’islam celui de l’iman fondamentaliste ».

Le problème, c’est que « dans certaines conditions de température et de pression politiques, la radicalité de gauche ou la radicalité populiste peuvent accéder au pouvoir », ce qui conduit inexorablement à une « catastrophe » en ce que, explique l’auteur, l’échec récurrent des expériences populistes et/ou radicales dans le passé ne sert jamais de leçon. « Le tragique a donc un bel avenir devant lui », avance-t-il en voyant les extrémistes politiques regagner actuellement des couleurs partout dans le monde. Et de rappeler aussi, à la lumière du cas du Brexit, que les populistes ne sont jamais aussi près du pouvoir que lorsque des franges d’un parti politique traditionnel, comme le Parti conservateur au Royaume-Uni, se laissent insidieusement entraîner dans l’extrémisme...

Michel Theys

***    APOSTOLIS FOTIADIS : Pouvoirs hors de contrôle. La distorsion post-démocratique de l'Union européenne. Editions Kastaniotis (11 rue Zalongou, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3301208 – fax : 3842431 – Courriel : info@kastaniotis.com – Internet : http://www.kastaniotis.com ). 2017, 120 p., 9,54 €. ISBN 978-960-03-6203-9.

Comment les organes exécutifs de l'Union européenne parviennent-ils à ne pas réagir, même en cas d'irrégularités flagrantes ? Comment se fait-il que les institutions soient construites pour être incontrôlées par nature ? Comment les intérêts organisés se meuvent-ils dans ce contexte dystopique ? Dans quelle mesure le mécanisme européen de stabilité est-il vraiment européen ? L'accord entre l’Union et la Turquie a-t-il vraiment été le fait des États européens ? La Grèce a-t-elle vraiment risqué de sortir de l’accord Schengen au plus fort de la crise des réfugiés ? C’est à ces questions qui ont cours en Grèce qu’Apostolis Fotiadis apporte des réponses dans cet ouvrage. Ce journaliste spécialiste de la politique européenne d'immigration et des conflits ethniques dans les Balkans, correspondant en Grèce de l’agence de presse russe Inter Press Service, observe que l'Europe des « valeurs démocratiques » rétrécit rapidement, laissant prospérer en son sein les coups de canif à la démocratie bourgeoise européenne. Les multiples crises auxquelles sont actuellement confrontées les sociétés européennes et l’Union elle-même en seraient la manifestation. Par cette étude, il s’emploie à montrer que ce que nous voyons et entendons autour de nous à l’heure actuelle n'est plus suffisant pour interpréter notre réalité. Aux yeux de l’auteur, seul le recours à une responsabilité pleine et entière permettra d’empêcher un autre voyage de l'histoire européenne vers la « fin de la nuit ».  (AKa)

***    ALEXIS ARVANITIS : Comment (ne pas) négocier. Ce que nous enseignent les négociations Tsipras-Varoufakis. Editions Gutemberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3642003 – fax : 3642030 – Courriel : info@dardanosnet.gr). 2017, 155 p., 9 €. ISBN 978-960-01-1866-7.

13 juillet 2015. Après 17 heures de négociations ardues, le Premier ministre grec Alexis Tsipras sort de la réunion du Conseil européen fatigué et défraîchi pour annoncer à la nation qu’il a réussi à empêcher la sortie du pays de l'euro. Plus tard, il admettra lui-même que des erreurs de négociation avaient été commises les mois précédents et fera allusion Le Premier ministre a lui-même admis plus tard qu'au cours du premier semestre de cette année-là, des erreurs de négociation avaient été commises, faisant référence à des « illusions ». C’est bien une gifle qu’il a reçue alors, mais celle-ci ne peut être une leçon ni pour les dirigeants ni pour le pays sans l'aide d'une analyse scientifique sérieuse. Professeur adjoint au département de psychologie de l’Université de Crète, Alexis Arvanitis en offre une dans ces pages en expliquant ce qu’ont été les erreurs commises à l’aide des sciences de l'économie et de la psychologie sociale. De la sorte, il donne certaines clés afin de mieux négocier, que ce soit en politique et dans la vie quotidienne. A cette fin, il commence par expliquer brièvement ce qu’est la théorie des jeux avant de préciser ce que doivent être les fondements d’un accord gagnant-gagnant. Il décrit aussi de manière succincte les principes de la psychologie sociale, avant d’apporter des réponses à la question de savoir s’il était opportun de négocier sous la menace, pour la Grèce, d’avoir à quitter l'euro. Un livre qui ne permettra pas de réécrire l’histoire, mais devrait être utile en prévision des négociations à venir...

(AKa)

***    FREDERIC VALLIER (sous la dir. de) : EUROPE 2030. Les territoires prennent la parole / Local leaders speak out. Editions Autrement (87 quai Panhard et Levassor, F-75647 Paris Cedex 13. Tél. : (33-1) 44738000 – Internet : http://www.autrement.com ). 2018, 382 p., 21 €. ISBN 978-2-746-74668-8.

Intégralement publié en français et en anglais, ce livre apporte une kyrielle de réponses à cette question lancée par le Conseil des Communes et Régions d’Europe : « Comment voyez-vous l’Europe en 2030 ? » Ces réponses sont intéressantes en ce qu’elles émanent d’une centaine de responsables politiques censés être les plus proches des citoyens, donc – en principe – les plus sensibles aux ressentis et espoirs de ces derniers. Ces élus locaux et régionaux ont deux années durant consulté et réfléchi « pour inventer un nouvel avenir à l’Europe », ce processus de dialogue et d’échanges ayant été ponctué par un congrès du CCRE à Nicosie voici deux ans. Précédant les conventions démocratiques citoyennes initiées par le président Macron, ce recueil est voulu comme un catalogue d’idées de nature à relancer l’Europe et à la rendre à l’avenir « plus soudée et plus réactive ». Dans la première partie du livre, « le rôle de l’Etat-nation » est mis en question, les intervenants demandant de « gouverner en partenariat » en vue de construire l’avenir ensemble. A cette fin, ils plaident (sans surprise) pour « une gouvernance locale renforcée », notamment par le biais d’une « décentralisation effective et généralisée », mais ils réclament aussi « des finances locales adéquates » et « des institutions européennes sur mesure ». Dans la deuxième partie, d’autres intervenants invitent à cultiver le numérique en vue d’asseoir une « gouvernance intelligente », entre autres en essayant de « (re)donner le pouvoir aux citoyens ». La dernière partie voit des intervenants discerner des priorités à fixer pour relever les défis présents et à venir, notamment en termes de cohésion économique et sociale. De l’ensemble de ces contributions, certaines pragmatiques, d’autres davantage téméraires, découle, selon Frédéric Vallier, secrétaire général du CCRE, une réponse sans équivoque : c’est « une Europe locale et régionale, intrinsèquement mondiale, moderne, et humaniste » qui est désirée. Dans sa postface, Valéry Giscard d’Estaing invite la jeune génération à prendre carrément le pouvoir, arguant qu’il convient, « pour ranimer la flamme, (...) de mettre fin à l’activité des décideurs politiques qui n’ont pas été capables de faire avancer le projet européen ». A chaque citoyen de juger qui mérite d’entrer dans cette catégorie... (PBo)

***    GIORGOS SIAKAS : Mesurer l'opinion publique. Editions Papadopoulos (9 Kapodistriou, GR-14452 Metamorphosi, Grèce. Tél. : (30-210) 2846074-5 – fax : 2817127 – Courriel : info@epbooks.gr – Internet : http://www.epbooks.gr ). Collection « Petites introductions ». 2017, 112 p., 10,99€. ΙSBN 978-960-569-787-7.

Est-il possible de savoir ce que pense réellement l'opinion publique de diverses questions ? Est-il raisonnable de vouloir connaître l'opinion de la population en se fondant seulement sur des données prélevées sur un « échantillon » de quelques dizaines, centaines ou milliers de personnes ? De telles données sont-elles exemptes d’erreurs et ont-elles une quelconque fiabilité ? C’est à ces questions et à bien d’autres que Giorgos Siakas, docteur en études comparatives actif au sein de l'Institut de recherche de l'Université de Macédoine, apporte des réponses dans cet ouvrage. Il y présente les caractéristiques méthodologiques des enquêtes d’opinion, décrivant les méthodes de collecte de données de base, la manière de configurer les questionnaires et de sélectionner les échantillons en tant que processus en plusieurs étapes. Toutefois, reconnaît-il, chaque étape est potentiellement porteuse de la possibilité d'une erreur. Aussi chaque recherche est-elle un exercice continu dont la qualité globale est tributaire de la capacité des chercheurs responsables de sa conduite à limiter ses erreurs. Comme l’auteur l’explique arguments à l’appui, les enquêtes sont donc utiles à la condition que l’interprétation de leurs résultats soit systématiquement prudente et précise. Ce qui met aussi en évidence les limites de la recherche sur l'opinion publique... (AKa)

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