La Commission européenne a rejeté, vendredi 27 avril, tout lien établi par certains médias entre le processus de renégociation du protocole d’accord UE/États-Unis de 2009 issu de leur différend à l'OMC sur l'interdiction européenne d'importer du bœuf aux hormones et les pourparlers en vue d'une exemption permanente pour l'UE des taxes américaines sur les importations d'acier et d'aluminium.
Le fonctionnement du quota pour importer dans l'UE du bœuf américain sans hormones « est une question de longue date qui suit la voie procédurale et n'a aucun lien avec d'autres discussions commerciales en cours », a assuré un porte-parole de la Commission.
« Le réexamen du protocole d'accord a été déclenché fin 2016 par l'administration américaine précédente. Maintenant, il y a un suivi interne à la Commission sur les discussions, en mars, entre Phil Hogan (le commissaire à l'Agriculture) et le représentant au Commerce, Robert Lighthizer », a-t-il ajouté.
La Commission a lancé, le 27 mars, une consultation sur son projet de renégociation du protocole d’entente de 2009 qui a ouvert un contingent d’importation tarifaire de 45 000 tonnes de viande bovine sans hormones aux États-Unis et aux autres pays fournisseurs tels que l’Australie, l’Uruguay, l’Argentine ou le Canada. Elle vise à prendre en compte les inquiétudes récentes de l’administration américaine et à envisager des ajustements de l’accord intérimaire révisé en 2014 (EUROPE 11993).
Pour éviter, dans un contexte de fortes tensions commerciales transatlantiques, que les États-Unis ne relancent le vieux conflit du bœuf aux hormones, la Commission envisagerait d’obtenir un mandat du Conseil de l'UE pour négocier un compromis qui réserverait aux États-Unis une part de 35 000 tonnes dans le contingent de 45 000 tonnes.
La France veut discuter sur l'OMC. La France est « prête à ouvrir des discussions » avec les États-Unis sur le futur de l'OMC, si l'UE obtient une exemption définitive des taxes américaines sur l'acier et l'aluminium, a affirmé le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, lors d'une réunion avec ses pairs européens, vendredi à Sofia.
En visite auprès du président américain, Donald Trump, en début de semaine, M. Macron n'a pas reçu de garantie quant à un infléchissement de sa position en matière commerciale.
Le principal conseiller économique de M. Trump, Larry Kudlow, a averti que l'exemption ne sera prolongée que si Washington obtient des concessions, évoquant en particulier le secteur automobile.
Mais la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a exigé, le 18 avril, une exemption permanente et sans condition, avant d'éventuellement discuter sur d'autres questions commerciales.
Avant la visite à Washington ce week-end de la chancelière allemande, Angela Merkel, Berlin s'est montré sceptique quant à l'exemption permanente pour l'UE. « On doit partir du principe que les droits de douane seront instaurés le 1er mai. Il faudra voir ce que nous allons faire », a déclaré un haut responsable proche de Mme Merkel, jeudi 26 avril, en référence au paquet de contre-mesures préparé par la Commission (EUROPE 11983). « La position de la chancelière est que nous préférons négocier, mais, pour cela, il faudrait une exemption durable des droits de douane », a-t-il expliqué.
M. Trump a dénoncé, à plusieurs reprises, les pratiques commerciales prétendument déloyales de l'Allemagne, qui affiche un excédent commercial important avec les États-Unis, et il a menacé de punir le secteur allemand de l'automobile.
L'UE est « prête à prendre toutes les décisions appropriées » si elle devait être ciblée par les taxes américaines, a averti M. Le Maire vendredi. (Emmanuel Hagry avec Marion Fontana)