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Bulletin Quotidien Europe N° 11996
INSTITUTIONNEL / Hongrie

Viktor Orbán encore en position de force alors que la Hongrie est appelée à renouveler son Parlement

Les électeurs hongrois renouvellent, dimanche 8 avril, les 199 membres de l'Országgyűlés, la chambre unique du Parlement hongrois. Un scrutin qui déterminera le maintien au pouvoir du Premier ministre et homme fort du Fidesz, Viktor Orbán, dont les prises de position anti-migrants et focalisées sur le rival historique, George Soros, ont créé des tensions avec l'échelon européen et compliquent notamment les travaux sur la réforme du système d’asile. 

Sauf surprise, Viktor Orbán, au pouvoir entre 1998 et 2002, puis, depuis 2010, devrait remporter le scrutin, à en croire les récents sondages. L'un d'eux, rapporté par Reuters le 4 avril, crédite le Fidesz de 41 % des voix, score qui lui permettrait d'obtenir une confortable majorité des deux tiers (142 sur 199 sièges). Le parti nationaliste Jobbik arriverait en deuxième place avec 22 élus, devant les socialistes, avec 19 sièges. Mais un tiers des électeurs serait encore indécis. 

Comment expliquer la longévité de la « démocratie illibérale » en Hongrie, comme M. Orbán lui-même l'a qualifiée ? Pour Catherine Horel, directrice de recherche au CNRS, le personnage est très « intéressant » à observer : il a su passer du jeune homme fougueux libéral anti-soviétique à ses débuts politiques en 1989 au leader d’un parti très droitier. Cela, avec la capacité d’adaptation et la souplesse d’un « caméléon », dit cette historienne spécialiste du XIXe siècle. 

M. Orbán est un parfait « cynique » qui n’est que dans le calcul électoral, les prises de position opportunistes et l'exercice personnel du pouvoir, juge quant à lui, Paul Gradvohl, historien spécialiste de l'Europe centrale contemporaine, également contacté par EUROPE. Pour lui, « M. Orbán n’a pas de réelles convictions ». Et d'ajouter : « Il était catholique, il est devenu protestant (calviniste, NDLR). Il était libéral, il est passé au PPE. Il a critiqué l’action russe en Géorgie en 2008, maintenant il défend Poutine. » Cela « ne lui pose aucun problème » et le fait que le reste du personnel politique en Hongrie soit constitué par des « sous-fifres » fait le reste, estime le maître de conférences. 

Viktor Orbán, natif de Székesfehérvár, à une soixantaine de kilomètres de Budapest, a, en effet, su faire le vide, d’abord à la droite de l’échiquier politique. De ce côté, « il n’y a personne d’autre », dit Catherine Horel. 

Le Premier ministre hongrois a aussi siphonné le programme du parti Jobbik d’extrême droite qu'il a ensuite marginalisé. Pour Paul Gradvohl, l’homme envoie en effet des messages « aussi, sinon encore plus, racistes » que ceux du Jobbik. À droite, « il est ultra-dominant », poursuit Mme Horel. 

Et à gauche, le morcellement de l’opposition politique lui profite également. La faute, selon Mme Horel, à l’ancien Premier ministre, Ferenc Gyurcsány, resté empêtré dans une querelle personnelle avec M. Orbán et qui, en ne lâchant pas cette lutte personnelle, a aliéné l’opposition. 

Cette attitude « coupable » a produit toutefois un développement positif. Le parti socialiste s’est en effet allié avec le parti Dialogue pour la Hongrie (PM), un parti social-démocrate et écologiste dont Gergely Karacsony est le candidat au poste de Premier ministre. Ce jeune candidat de 42 ans pourrait, selon elle, créer quelques surprises en termes de voix, même s’il paraît difficile de miser sur une victoire. 

Un discours qui arrange le PPE ?

Pour Catherine Horel, Viktor Orbán s’est néanmoins rigidifié, « pétrifié », au cours de ses deux derniers mandats, n’arrivant plus à « se réinventer ». Il pourrait peut-être perdre la majorité absolue et « on voit que cela le panique ». D'où ses violentes diatribes, encore une fois contre l’immigration. 

Mais l’homme a aussi su toucher la fibre des Hongrois. Le thème des migrants contre lesquels il faut lutter est une apparition récente et une totale « mystification », selon Catherine Horel, puisqu’il « n'y a quasiment pas de migrants dans le pays » et qu’à part à la frontière avec la Serbie, très peu de Hongrois en ont vu. Mais la rhétorique fonctionne dans un pays atteint par la crainte de « la disparition », une angoisse bien présente dans la population hongroise tout comme dans une partie des élites hongroises qui craignent de voir leur petit pays, leur petite langue se dissoudre au contact des grands voisins. 

Le discours de Viktor Orban accompagne aussi une poussée d’orientalisme, favorable à la bienveillance avec Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan. 

Fait-il cependant des émules dans le reste de l’UE ? Pour Catherine Horel, ces caractéristiques et craintes de disparition sont loin d’être l’apanage de la seule Hongrie. Les Polonais, les Tchèques ou les Slovaques n’ont pas attendu Viktor Orban pour développer des rhétoriques similaires. En Slovénie aussi, de petits partis se développent sur le thème de la perte d’identité. 

« C’est le syndrome des petits États d’Europe centrale qui se sentent menacés par leurs puissants voisins », souligne la chercheuse

Pour Paul Gradvohl, le pouvoir de nuisance de Viktor Orbán au niveau européen est toutefois bien réel, même si la nature de son discours se retrouve ailleurs, « chez les Républicains français par exemple ». 

Une illustration concrète de cette influence tient déjà au fait que, sur la question de l’État de droit, la Hongrie a tué dans l’œuf la possibilité de sanctions soulevée par la Commission européenne contre la Pologne. 

Les idées de Viktor Orbán sont aussi celles d’une partie du Parti populaire européen (PPE), sa famille chrétienne-démocrate européenne, qui est finalement bien contente, estime l'historien, que l’homme fort du Fidesz « dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». 

En avril 2017, les dirigeants du PPE avaient demandé des explications à M. Orbán sur ses initiatives illibérales heurtant l'esprit européen, mais ce recadrage n'avait débouché sur aucune mesure concrète (EUROPE 11778). (Solenn Paulic)

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