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Bulletin Quotidien Europe N° 11996
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ACTION EXTÉRIEURE / Commerce

Prise entre deux feux dans la guerre commerciale américano-chinoise, l'UE invite la Chine à réformer et ouvrir son économie

Tout en appelant les États-Unis et la Chine au respect de leurs obligations à l'égard des règles de l'OMC dans la bataille enclenchée par le président américain, Donald Trump, contre les pratiques commerciales déloyales chinoises, la Commission européenne a souligné, vendredi 6 avril, l'intérêt de l'UE pour une réforme et une ouverture accrues de l'économie chinoise. 

« L'UE estime que des mesures (commerciales) doivent toujours être prises dans le cadre de l'OMC, qui fournit de nombreux outils pour traiter efficacement les différends commerciaux. Nous demandons aux parties concernées de veiller à ce que leurs mesures soient conformes aux règles de l'OMC », a souligné un porte-parole de la Commission, alors que le torchon brûle entre Washington et Pékin. 

Plus tôt vendredi, par le biais de son ministère du Commerce, la Chine s'est dite « prête à aller jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix » dans une guerre commerciale avec les États-Unis, après la menace brandie par M. Trump, jeudi 5 avril, de nouveaux droits de douane américains contre des produits chinois en réponse aux représailles commerciales annoncées la veille par Pékin contre les États-Unis, suite au relèvement unilatéral des droits de douane américains contre les importations d'acier et d'aluminium, le 23 mars, et à la première série de droits de douane américains contre des produits chinois, le 3 avril. 

M. Trump a menacé d'imposer 100 milliards de dollars de nouveaux droits de douane sur des importations chinoises, en application de la section 301 du Trade Act de 1974, en riposte aux mesures de rétorsion annoncées par Pékin contre des produits américains stratégiques (dont le soja, l'automobile et l'aéronautique) pour un montant équivalant (50 milliards de dollars) aux droits de douane américains annoncés mardi contre 1 300 produits technologiques importés de Chine. 

« Nous ne voulons pas d'une guerre commerciale, mais nous n'avons pas peur d'en mener une », a répliqué vendredi le ministère chinois du Commerce, qui a établi sa liste de produits américains à taxer pour frapper le plus durement possible des régions qui ont voté en faveur de M. Trump. 

Jeudi, la Chine a aussi ouvert une plainte à l'OMC contre la première série de mesures américaines, demandant des consultations avec les États-Unis sur les droits de douane américains contre certains produits technologiques chinois, imposés au titre des sections 301 à 310 du Trade Act de 1974 (DS 543). 

Chantre du libre-échange mondial et ardent défenseur du système commercial multilatéral régi par l'OMC, l'UE se retrouve prise entre deux feux dans la guerre commerciale enclenchée par M. Trump pour lutter contre le colossal déficit commercial américain, devant, à la fois, négocier âprement son exemption - encore provisoire à ce stade (jusqu'au 1er mai) - des droits de douane américains sur l'acier et l'aluminium importés, et résoudre des contentieux commerciaux transatlantiques latents, et devant par ailleurs ménager la chèvre et le chou avec la Chine, dont elle subit, elle aussi, les pratiques commerciales déloyales. 

Et tandis qu'elle poursuit ses consultations avec l'administration Trump pour définir la méthode de travail opérationnelle pour leurs discussions à venir sur le commerce transatlantique (EUROPE 11994), la Commission a appelé la Chine, vendredi, à réformer et ouvrir davantage son économie. 

« L'UE partage bon nombre des préoccupations des États-Unis concernant le fonctionnement de l'économie chinoise. La Chine a besoin d'une plus grande réforme et d'une plus grande ouverture du marché, y compris en ce qui concerne ses pratiques dans le domaine de la technologie, de la propriété intellectuelle et de l'innovation », a souligné un porte-parole de la Commission. 

« L'UE croit en la recherche de solutions dans le cadre de l'OMC et discute de ces questions dans un contexte trilatéral avec les États-Unis et le Japon. C'est pourquoi l'UE a demandé à se joindre aux consultations en tant que tierce partie dans le litige porté par les États-Unis contre les pratiques présumées discriminatoires en matière de licences de technologie en Chine », a-t-il ajouté, soulignant « l'intérêt substantiel de l'UE dans ce secteur, en tant que grand investisseur et exportateur de services en Chine »

Les États-Unis ont demandé à l'OMC, le 23 mars, l'ouverture de consultations avec la Chine au sujet de certaines mesures relatives à la protection des droits de propriété intellectuelle (DS 542). 

M. Macron et Mme Merkel à Washington fin avril

D'un autre côté, la Commission cherche toujours à s'assurer d'une exemption permanente pour l'UE des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium, entrés en vigueur le 23 mars et dont l'UE est provisoirement exemptée jusqu'au 1er mai (EUROPE 11988). 

La commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, et le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, ont ouvert, le 21 mars à Washington, un processus de dialogue entre la Commission et l'administration Trump sur des 'questions d'intérêt commun', y compris la lutte contre les surcapacités dans l'acier et l'aluminium (EUROPE 11986, 11990). 

Dans ce contexte, l'Allemagne et la France s'efforcent d'apaiser les tensions avec Washington : après des entretiens téléphoniques séparés avec M. Trump, le 27 mars (EUROPE 11991), le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, seront consécutivement reçus par le président américain, le 24 et le 27 avril. (Emmanuel Hagry)

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