Les chrétiens-démocrates au Parlement européen ne trouvent rien à redire à la procédure ayant conduit à la nomination express de l'ancien chef de cabinet du président Juncker, Martin Selmayr, au poste de secrétaire général de la Commission européenne.
Au contraire, en tant que proche conseiller bénéficiant de la confiance de M. Juncker et disposant d'une vision d'ensemble unique des procédures décisionnelles internes à l'institution européenne, M. Selmayr constituait « un choix naturel » pour le poste de secrétaire général, estiment les parlementaires espagnols du groupe PPE, Esteban González Pons et José Ignacio Salafranca Sánchez-Neyra, dans un amendement déposé au projet de résolution de la commission du contrôle budgétaire (CONT) du PE élaboré après l'audition du commissaire Günther Oettinger sur cette nomination controversée (EUROPE 11991).
Dans leurs amendements, les députés du groupe PPE s'efforcent de gommer les lacunes ou zones d'ombre relevées dans la procédure ayant conduit à la nomination de M. Selmayr. Les deux députés espagnols soulignent que M. Juncker et M. Selmayr ont tout fait pour convaincre le précédent secrétaire général de la Commission, Alexander Italianer, de rester à son poste après mars 2018. L'Allemande Ingeborg Grässle, qui préside la commission CONT, note que, d'après la Commission, la publication d'un poste vacant de secrétaire général ne doit pas être considérée comme une règle en raison de l'expérience unique et l'affinité avec le président de la Commission que requiert le poste en question.
Aucun amendement des autres groupes politiques ne vise à déstabiliser irrémédiablement le Collège des commissaires.
En revanche, au sein du groupe social-démocrate, l'Espagnole Inés Ayala Sender, l'Allemand Arndt Kohn et le Polonais Bogusław Liberadzki demandent à la Commission d'analyser à nouveau la nomination de M. Selmayr au plus tard à la fin du mandat de la Commission 'Juncker'.
Les socialistes français vont plus loin en demandant que soit « immédiatement » rouvert le poste de secrétaire général. Sont sur cette ligne Luke Ming Flanagan (GUE/NGL, irlandais), Bart Staes (Verts/ALE, belge), les Italiens Marco Valli et Laura Agea du groupe ELDD et Jean-François Jalkh (ENL, français). Quant à Ryszard Czarnecki (CRE, polonais), il estime que les règles ont été appliquées de telle manière que seul M. Selmayr pouvait décrocher le poste, relevant ainsi un cas très probable de favoritisme.
Selon M. Staes, il n'existe aucune raison permettant de qualifier la situation de suffisamment urgente et sérieuse pour justifier la procédure utilisée à travers laquelle la vacance du poste de secrétaire général n'avait pas été portée à la connaissance des fonctionnaires européens potentiellement intéressés, à condition qu'ils détiennent le grade suffisant.
Dennis de Jong (GUE/NGL, néerlandais) considère que le Parlement européen devra se joindre à toute plainte auprès de la Cour de justice de l'UE que déposerait un syndicat du personnel des institutions européennes.
À noter que les groupes PPE et S&D se rejoignent sur l'opportunité de convoquer une table ronde visant à remettre à plat les règles inscrites dans le statut des fonctionnaires européens.
Le projet de résolution sera adopté dans un premier temps en commission parlementaire en vue d'une adoption mi-avril en session plénière. (Mathieu Bion)