L'UE est prête à protéger son industrie « avec force, rapidité et dans les règles de l'OMC » face aux droits de douane que le président américain, Donald Trump, doit promulguer le 8 mars contre les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis, a assuré le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, mardi 6 mars, à la veille d'un débat à la Commission sur la réponse de l'UE, incluant des mesures de rétorsion qui pourraient frapper 2,8 milliards d'euros de marchandises américaines.
« Le protectionnisme coûte très cher à tout le monde, mais si un pays introduit des mesures protectionnistes, l'UE va protéger son industrie. C'est notre devoir, on le fera avec force, rapidité et dans les règles de l'OMC », a averti M. Timmermans, sur les ondes de la radio française Europe 1, appelant à « faire tout ce qu'on peut pour éviter cette guerre commerciale ».
« Ne faites pas ça, car ça va nuire à tout le monde, mais si vous le faites, nous réagirons de façon proportionnée. Les premiers perdants seront les Américains, mais quand on entre dans une guerre commerciale, il y a des perdants partout », a-t-il mis en garde.
Suite à l'enquête qu'il avait demandée en avril 2017 et qui donnerait à son administration, au titre d'une clause (la 'section 232') du Trade Expansion Act de 1962, les pleins pouvoirs face au Congrès pour restreindre, d'autorité, des importations qui mettraient en cause la sécurité du pays, M. Trump a dit qu'il promulguerait jeudi des droits de douane de 25 % contre les importations d'acier et de 10 % contre les importations d'aluminium, sans toutefois spécifier quels pays ils viseront (EUROPE 11973).
La Commission travaille de longue date sur trois actions possibles : des consultations à l'OMC avec les États-Unis et en concertation avec des pays affectés par les mesures américaines ; des mesures de rétorsion compatibles avec les règles de l'OMC ; des mesures de sauvegarde, si des produits sidérurgiques en provenance de pays tiers destinés à être exportés vers les États-Unis sont réacheminés vers l'UE.
Concernant les mesures de rétorsion, la Commission envisage des droits de 25 % à instituer sur des produits américains - pour un tiers des produits sidérurgiques, un tiers des produits agricoles et un tiers d'autres produits - pour un montant de 2,8 milliards d'euros (3,5 milliards de dollars), l’équivalent de la part du marché européen de l’acier et l’aluminium touché par les restrictions américaines.
Les mesures de rétorsion envisagées viseraient ainsi les exportations américaines vers l'UE : d'acier et d'autres produits industriels pour 854 millions d'euros ; de jus d'orange, de whisky bourbon, de maïs et d'autres produits agricoles pour 951 millions d'euros ; de chemises, jeans, cosmétiques et d'autres biens de consommation tels que des motos et bateaux de plaisance pour un milliard d'euros.
Au lendemain de l'annonce de M. Trump, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a indiqué que la liste inclurait « le whisky bourbon, les motos Harley-Davidson et les jeans Levi's ».
L'UE cible ainsi des marques très populaires et des produits fabriqués dans des États dont les électeurs sont les plus favorables à M. Trump comme le Kentucky, où est produit le whisky bourbon, le Wisconsin où est basée Harley-Davidson, la Floride et ses jus d'orange. (Emmanuel Hagry)