Les prévisions économiques intermédiaires d’hiver de la Commission européenne, publiées mercredi 7 février, confirment un retour de la croissance dans tous les pays de l’Union européenne en 2017, avec un taux de croissance, tant pour la zone euro que pour l’Union européenne, de 2,4% du PIB, soit le plus soutenu depuis dix ans.
Ces chiffres ont ainsi été réévalués à la hausse par rapport aux prévisions économiques d’automne, dévoilées par la Commission le 9 novembre dernier (EUROPE 11901). L’institution prévoyait alors une croissance de 2,2% du PIB pour la zone euro et de 2,3% du PIB pour l’UE pour 2017. L’an dernier, tous les pays de l’Union ont connu une croissance économique, malgré des différences significatives entre les États membres (7,3% du PIB en Irlande contre 1,5% du PIB en Italie).
Les prévisions économiques pour les années 2018 et 2019 sont également revues à la hausse. La zone euro et l’UE devraient effectivement connaître des taux de croissance de 2,3% du PIB en 2018 et de 2,0% du PIB en 2019. Ceux-ci pourraient cependant être légèrement supérieurs aux attentes, notamment en raison de la confiance retrouvée et des bonnes nouvelles concernant le marché de l’emploi. La Commission est, par ailleurs, d’avis que les aléas entourant la croissance sont équilibrés, mais elle relève que les incertitudes liées aux négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l’UE existent toujours. Ce, alors que les parties se sont accordées le 8 décembre dernier pour ouvrir la deuxième phase des pourparlers portant sur les relations futures entre le Royaume-Uni et les Vingt-sept (EUROPE 11922).
Sur le front de l’emploi, la Commission constate effectivement une hausse de l’emploi de 1,6% dans la zone euro en 2017, se traduisant concrètement par un nombre record de personnes employées. Parallèlement, le taux de chômage dans la zone euro était de 8,7% de la population active, soit le taux le plus bas depuis janvier 2009.
Quant à l’inflation, elle s’est établie dans la zone euro à 1,5% en 2017 et devrait rester stable en 2018 (1,5%) et 2019 (1,6%).
Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, s’est félicité de la situation actuelle devant la presse : « L'expansion économique est maintenant solide. » « La croissance économique est également plus équilibrée qu'elle ne l'était il y a dix ans et elle pourrait, à condition que nous menions des réformes structurelles intelligentes et des politiques budgétaires responsables, s'avérer aussi plus durable », a-t-il ajouté.
Même son de cloche du côté de Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne chargé de l’euro et du dialogue social, pour qui « nous devons profiter de cette occasion pour rendre nos économies plus résilientes et approfondir l'Union économique et monétaire ». Ce, alors que la Commission a proposé un paquet de mesures en ce sens le 6 décembre dernier (EUROPE 11920).
Un retour marqué de la croissance en Grèce. La croissance a été de 1,6% du PIB l’an dernier en Grèce, avec une expansion pour les trois premiers trimestres de l’année 2017. C’est la première fois depuis 2006 que la République hellénique connaît une croissance sur trois trimestres consécutifs.
« Les prévisions d’aujourd’hui confirment la reprise grecque, qui est - d’après nous - solide », a poursuivi M. Moscovici.
L'expansion économique devrait effectivement rester significative en 2018 et 2019, puisque la Commission table sur un taux de 2,5% du PIB sur ces deux années, en tenant compte notamment des bonnes nouvelles sur le front de l’emploi (baisse du chômage de 2,7 points entre octobre 2016 et 2017) et du retour de la confiance.
Le troisième plan de sauvetage grec devrait logiquement se conclure en août prochain, une sortie pure et simple du programme d’assistance financière étant la voie privilégiée par le gouvernement grec (EUROPE 11942).
La crise catalane, principal risque sur la croissance espagnole. La Commission prend note de la croissance en Espagne, qui a atteint 3,1% du PIB en 2017. Cette performance est supérieure à celle prédite à l’automne, en raison d’une forte expansion au second semestre 2017. Bien qu’inférieure, la croissance espagnole devrait se poursuivre en 2018 et 2019, avec des taux respectifs de 2,6% du PIB et de 2,1% du PIB.
La crise politique catalane, qui n’a toujours pas trouvé d’issue définitive, pourrait néanmoins avoir un impact significatif au cours des prochains mois, bien que, selon la Commission, les conséquences sur la croissance « sont restées contenues » jusqu’ici.
L'Espagne devrait par ailleurs parvenir à un déficit en termes nominaux bien en deçà des 3% du PIB cette année, et devrait vraisemblablement sortir de la procédure de déficit excessif en 2018 (EUROPE 11910).
Les échanges commerciaux soutiennent la croissance au Royaume-Uni. D'après des estimations préliminaires, la croissance britannique a été de l’ordre de 1,8% du PIB l’an dernier. La croissance trimestrielle a décliné depuis le second semestre de l’année 2016, notamment en raison d’un ralentissement de la croissance de la consommation privée, dictée par une inflation consécutive à la dépréciation de la livre sterling, dans le cadre du Brexit. Cette dépréciation a néanmoins bénéficié aux exportations (6,8% de croissance moyenne sur les trois premiers semestres de l’année 2017), d’où un excédent net de commerce extérieur.
Cette situation britannique devrait permettre à la croissance de se maintenir à un taux de 1,4% du PIB en 2018.
Des incertitudes pèsent néanmoins sur l’issue des négociations concernant le Brexit et notamment sur la future période de transition. La Commission se basant sur des hypothèses purement techniques d’un statu quo en 2019, elle estime que la croissance au Royaume-Uni devrait alors atteindre 1,1% du PIB.
Vers une croissance durable en France. Guidé par une hausse des investissements, le PIB français a continué de croître en 2017, pour atteindre un taux de 1,8% en termes nominaux, après notamment une croissance supérieure à 0,5% du PIB sur cinq trimestres consécutifs. Les indices de confiance économique se rapprochent des niveaux d’avant-crise, et la Commission européenne table donc sur une croissance de 2,0% du PIB en 2018 et de 1,8% en 2019. Dans le même temps, le taux de chômage devrait continuer à décroître.
Si les chiffres de croissance sont encourageants, la question du déficit public continue de se poser. Si celui-ci est confirmé à 2,9% pour 2017 et tend vers 2,8% pour 2018, la France devrait, à l'instar de l'Espagne, sortir de la procédure de déficit excessif cette année. Malgré un acquis de croissance meilleur qu'attendu, la décision d'Eurostat sur la manière de comptabiliser l'invalidation de la taxe française sur les dividendes, dans le déficit pour 2017, sera déterminante.
« Je crois possible et souhaitable qu’il n’y ait plus de pays de la zone euro qui soit dans la procédure de déficit excessif dès le printemps prochain », a effectivement M. Moscovici.
En cas de sortie de la procédure pour déficit excessif, les autorités françaises devront, dès 2018, se concentrer sur une réduction du déficit structurel, en vertu des règles du volet 'préventif' du Pacte de stabilité et de croissance.
Une croissance toujours forte en Allemagne. La croissance économique a atteint 2,2% du PIB en 2017 en Allemagne, soit une hausse de 0,3 point par rapport à 2016. Ce chiffre est notamment la conséquence d’une forte consommation privée favorisée par un taux de chômage faible, d’un niveau élevé d’investissements et d’une demande extérieure significative.
Soulignant que la confiance économique y est toujours élevée, la Commission table sur une croissance allemande de 2,3% du PIB en 2018 et de plus de 2% du PIB en 2019. (Lucas Tripoteau)