Les propositions pour lutter contre la croissance des inégalités dans l'Union européenne n’ont pas manqué, les députés européens s'opposant tant sur le diagnostic que sur les solutions à apporter, lors d'un débat choisi par le S&D qui s’est tenu en session plénière à Strasbourg, mercredi 7 février.
Le groupe S&D a suggéré une série de mesures. Son président par intérim, Udo Bullmann (S&D, allemand), a suggéré à la Commission européenne, en lien avec le Socle européen des droits sociaux et les objectifs d’éradication de la pauvreté fixés par les Nations Unies, de présenter : - une stratégie de réduction des inégalités dans le cadre du Semestre européen ; - une feuille de route pour éradiquer la pauvreté ; - une directive pour garantir des conditions de travail décentes, et ; - un index sur les salaires minimums en Europe. L’objectif de cet index serait de fixer des salaires minimums « appropriés » dans chaque État membre.
Durant le débat, nombreux ont été les députés à reconnaître que la reprise économique ne s’accompagnait pas d’une croissance des salaires ni d’une baisse substantielle du chômage et des inégalités.
Mais les avis ont grandement divergé quand il s’est agi de définir l’origine du mal. Nombreux à gauche et parmi le groupe Verts/ALE, à l’instar du Belge Philippe Lamberts, ont dénoncé les politiques économiques d’austérité. D’autres, à droite, comme Bill Etheridge (ELDD, britannique), ont dénoncé le poids de l’État qui viendrait grever les économies des plus pauvres.
Sur les solutions, les points de vue ont divergé tout autant. Certains ont appelé à soutenir l’échelon local, comme Syed Kamall (CRE, britannique), pour remédier aux disparités socio-économiques de manière efficace. Dans cette ligne, Georgi Pirinski (S&D, bulgare) a insisté sur le rôle de la politique de cohésion pour résorber les inégalités territoriales et a appelé à soutenir cette politique dans le prochain cadre financier pluriannuel. Geoffroy Didier (PPE, français) a suggéré d’abaisser le seuil d’éligibilité à l’Initiative relative à l’emploi des jeunes. Selon lui, ce seuil calculé sur le taux de chômage devrait être abaissé de 25% à 20% pour couvrir un plus grand nombre de régions. M. Etheridge, quant à lui, a appelé à mettre fin à l’immigration en provenance d’Asie et d’Afrique, et à sortir de l’Union européenne.
Mettre l'accent sur la formation. Toutefois, une piste a semblé faire consensus dans tout le spectre politique : la nécessité de mettre l’accent sur l’éducation et la formation dès le plus jeune âge, ainsi que sur l’acquisition par les travailleurs de nouvelles compétences numériques pour répondre aux besoins du marché du travail. Anne Sander (PPE, française) a ici souligné l’importance de revaloriser l’apprentissage.
En réponse aux interventions, la commissaire à l’Emploi et aux affaires sociales, Marianne Thyssen, a répondu qu’il fallait agir, en effet, pour ce qui est des compétences numériques des travailleurs, en créant des modules de formation, et notamment de formation continue.
La commissaire s’est aussi dite favorable à l’augmentation salariale dans certaines circonstances et dans certains États membres. Par ailleurs, à ses yeux, la lutte contre les inégalités ne peut se faire que collectivement et doit être menée à tous les échelons, celui européen, national et local. Elle a enfin appelé à soutenir tous les projets de terrain, en citant le Fonds social européen – fonds qu’elle envisage de réformer en profondeur (EUROPE 11954). (Pascal Hansens)