Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dénoncé, mardi 24 octobre, la faible participation des États membres au fonds de l’UE sur l’Afrique.
« Nous avons mis en place un fonds fiduciaire d'urgence pour l'Afrique doté de 1,8 milliard d'euros avec l'espoir - naïf - de voir les États membres faire exactement le même effort », a expliqué M. Juncker lors d’un débat sur le Conseil européen des 19 et 20 octobre, précisant avoir invité, à intervalles réguliers, les États membres à « faire correspondre leurs actes à leurs paroles ». La commission a dû augmenter sa part à 2,9 milliards d’euros pour compenser l’« effort considérable » des États membres qui ont mis à disposition 175 millions d’euros, a ironisé M. Juncker. « C'est scandaleux », a-t-il lancé. « Parler de l'Afrique les larmes aux yeux et ne pas faire ce à quoi on s'est engagé est inacceptable », a insisté le président de la Commission.
Répondant à M. Juncker, Othmar Karas (PPE, autrichien) a estimé qu’il n’était pas uniquement question d’argent, mais aussi de politique d’investissement, de développement et de défense extérieure. « Oui il faut une aide au développement, mais il faut aussi du personnel et des compétences », a-t-il ajouté.
Aller plus loin sur la Turquie
Si le président de la Commission européenne n’a pas mentionné le fait que les chefs d’État et de gouvernement avaient demandé à son institution de revoir les fonds de préadhésion (IPA) de la Turquie, plusieurs députés européens sont revenus sur cette question. Pour le PPE, Manfred Weber (allemand) s’est dit « favorable » à la baisse de l'IPA « pour montrer la préoccupation face à l’évolution de la situation en Turquie ». Kostas Chrysogonos (GUE/NGL, grec) a aussi salué la décision du Conseil européen, estimant que « le régime d’Erdogan est loin de la démocratie ». Pour la rapporteur au PE sur la Turquie, Kati Piri (S&D, néerlandaise), les dirigeants auraient dû travailler sur une stratégie d'ancrage de la Turquie à l’UE, ajoutant que le « bon signal serait d’utiliser les fonds IPA pour aider les démocrates turcs ». Un avis partagé par Ska Keller (Verts/ALE, allemande), qui a souligné qu'il fallait maintenir les fonds pour la société civile, lors d'une conférence de presse.
« Il y a dans la politique européenne une contradiction sur le fait que l’on octroie des fonds de préadhésion et que l’on dit, en même temps, que la situation des droits de l’homme n’est pas satisfaisante », a estimé Mario Borghezio (ENL, italien) lors du débat. Si peu de députés se sont exprimés sur la Turquie, les députés de son parti ont été nombreux à prendre la parole, appelant à la fin des négociations d’adhésion. Insistant sur les « fonds considérables » que touche Ankara pour maîtriser les flux migratoires, le coprésident de l’ENL, Nicolas Bay (français), a estimé qu’il fallait être « clair » et dire que « la Turquie n’avait pas vocation à entrer dans l’UE ». Plusieurs députés ont aussi soulevé la question chypriote.
Mettre rapidement en place la coopération structurée permanente
De même, quelques députés seulement ont réagi en plénière aux propos du président du Conseil européen Donald Tusk sur la défense. « La déstabilisation autour de l'Europe nous a fait prendre conscience de la nécessité de défendre notre territoire. Pour cette raison, nous voulons lancer la coopération structurée permanente d'ici la fin de l'année », a rappelé M. Tusk. Selon lui, pour protéger les frontières extérieures, il est nécessaire de « construire un modèle de financement durable et efficace à plus grande échelle que jamais auparavant », ajoutant que cela « devrait faire partie des discussions sur le futur cadre financier pluriannuel ».
Victor Boştinaru (S&D, roumain) a salué les progrès en termes de défense. « Jusqu’à il y a quelques temps, la souveraineté nationale était la logique, dans les circonstances actuelles, l’UE ne peut plus se permettre cela », a-t-il rappelé. De son côté, M. Weber a souhaité la création d’une « brigade de cyberdéfense » européenne, estimant qu’aucun pays ne pouvait se défendre seul face aux cyber-attaques. (Camille-Cerise Gessant avec Lucas Tripoteau)