Le Parlement européen, réuni en séance plénière mardi 24 octobre à Strasbourg, a rendu un vibrant hommage à la journaliste maltaise d'investigation, blogueuse et chroniqueuse anti-corruption, Daphne Caruana Galizia, morte dans l'explosion de sa voiture le 16 octobre, observant une minute de silence en présence de sa famille.
En mémoire de cette journaliste au « courage exemplaire », la salle de presse du PE à Strasbourg portera désormais le nom de Daphne Caruana Galizia, a annoncé le président du PE, Antonio Tajani.
« Daphne Caruana Galizia cherchait la vérité, les faits et elle refusait de laisser quiconque l'en empêcher, elle n'avait pas peur de faire tout ce qui était nécessaire pour accomplir son devoir. En trente ans de journalisme, elle n'a jamais perdu courage. Elle continuait à faire la lumière dans les ténèbres, à dire la vérité. Tirant parti de cette force intérieure, elle a publié plus de 20 000 articles dénonçant les abus de pouvoir, la corruption et les défaillances des gouvernements », a rappelé M. Tajani dans l'hémicycle.
« Comme tous les vrais journalistes, Daphne était une sentinelle, un soldat de première ligne qui défendait nos valeurs. Nous avons une presse libre et indépendante à remercier pour la démocratie, l'État de droit et la liberté d'expression, tous les droits fondamentaux sur lesquels reposent le processus d'intégration européenne et notre civilisation même », a poursuivi le président du PE.
« L'UE est la manifestation de nos valeurs, de notre identité, au cœur desquelles se trouvent la liberté et la dignité de l'individu. Si nous voulons défendre cette liberté et cette dignité, à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE, nous devons sauvegarder l'indépendance de la presse. Je suis fier que ce Parlement ait toujours été en première ligne de cette bataille », a-t-il ajouté.
M. Tajani a exhorté les autorités maltaises à « n'épargner aucun effort » pour faire la lumière sur le meurtre de Mme Caruana Galizia et appelé à impliquer Europol dans le cadre d'une enquête internationale.
Un peu plus tôt, l'eurodéputée française Eva Joly (Verts/ALE) a plaidé devant la presse pour la désignation d'un enquêteur international à Malte sur les révélations de Daphne Caruana Galizia sur les affaires de corruption à Malte et sur le meurtre de la journaliste d'investigation.
« C’est parce qu’elle voulait faire la lumière sur tout cela que Daphne Caruana Galizia a été lâchement assassinée. Cet assassinat est une attaque contre les valeurs européennes. Le meurtre doit faire l'objet d'une enquête approfondie et indépendante », a-t-elle insisté.
Mme. Joly a aussi annoncé qu'elle portait l'idée d'un prix européen Daphne Caruana Galizia pour récompenser le journalisme d’investigation, sur le modèle du prix Sakharov.
« Le combat des journalistes et lanceurs d’alerte pour faire la transparence sur les affaires est essentiel, mais terriblement dangereux. L’UE ne peut pas décemment défendre la liberté de la presse au plan international quand des journalistes sont intimidés ou assassinés en son sein », a-t-elle conclu. (Emmanuel Hagry)