La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a estimé, lundi 4 septembre, qu’il ne fallait pas s’arrêter aux propos prononcés lors des campagnes électorales en Europe et en Turquie à propos des relations UE-Turquie.
« Nous avons vécu quelques années difficiles. À l'avenir, je suggère que nous regardions au-delà de ce qui est dit lors des campagnes électorales tant en Turquie que dans l'UE. J'attends le moment où nous pourrons nous asseoir ensemble autour d’une table et définir ce que va être l'avenir de nos relations », a-t-elle expliqué, interrogée lors du Forum stratégique de Bled. « Les négociations sur l'adhésion ont leurs propres critères et les déclarations des différentes parties ont un impact sur l'état d’esprit, mais ce qui compte sont les résultats, ce sont les mesures qui peuvent être prises », a-t-elle ajouté.
Tout en reconnaissant que les conversations avec la Turquie pouvaient être difficiles, Mme Mogherini a rappelé qu'elles continuaient. « Une chose est claire : le dialogue se poursuit, le travail sur les négociations se poursuit, la Turquie est un pays candidat pour le moment », a-t-elle expliqué. « Nous pourrions avoir une discussion interne au sein de l'Union européenne, ils pourraient avoir une discussion interne en Turquie pour savoir si cela va changer - pour le moment, ce n'est pas le cas », a-t-elle ajouté. La chancelière allemande, Angela Merkel, a souhaité, le 5 septembre, que les relations futures avec la Turquie soient discutées lors du Conseil européen des 19 et 20 octobre.
La Haute Représentante a aussi rappelé que, si les Européens se concentraient sur les relations UE-Turquie dans le cadre des négociations d'adhésion et que cela était « compréhensible », la Turquie était aussi un « acteur clé dans une région stratégiquement importante » pour l’UE : le Moyen-Orient et la Méditerranée. « C'est un pays avec lequel nous travaillons sur certains dossiers qui sont fondamentaux, stratégiques tant pour nous que pour eux, du contre-terrorisme à la question chypriote, la Syrie », etc., a-t-elle ajouté, reconnaissant que l'UE et la Turquie étaient « des partenaires difficiles parfois des deux côtés ». Elle a précisé qu’il était possible de trouver des moyens pour mieux se comprendre les uns les autres.
Lors d’une réunion informelle au Comité politique et de sécurité, le 5 septembre, l’ambassadeur allemand a rappelé la position de son pays. La chancelière allemande Angela Mergel a appelé à un arrêt des négociations d’adhésion le 3 septembre (EUROPE 11854) et, mi-août, elle avait annoncé que l’union douanière avec la Turquie ne serait pas modernisée, alors que la Commission attend un mandat du Conseil pour pouvoir négocier cette modernisation. Berlin souhaiterait aussi que soient revus à la baisse les fonds de pré-adhésion et ceux de la Banque européenne d'investissement à destination de la Turquie. Selon une source européenne, un certain nombre d'ambassadeurs des Vingt-huit se sont eux montrés plus nuancés concernant les négociations d’adhésion, voulant conserver un cadre de dialogue avec Ankara. (Camille-Cerise Gessant)