Le président américain, Donald Trump, a signé, vendredi 31 mars, deux décrets visant à désigner les causes et les pays responsables du déficit commercial américain et qui confirment un peu plus la volonté américaine de revoir les règles du commerce international.
À l'instar de la plupart des décrets signés par M. Trump depuis son intronisation en janvier, ces textes ont surtout une portée symbolique et visent à montrer que Washington est à l'offensive sur la renégociation des traités et des termes des échanges commerciaux.
La nouvelle administration américaine avait déjà provoqué un 'mini-séisme' au G20 'Finances' de Baden-Baden, le 18 mars, où le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, était parvenu à faire retirer de la déclaration de la réunion toute référence à l'engagement des parties contre toute forme de protectionnisme et où il avait plaidé en faveur d'un réexamen de certaines règles de l'OMC (EUROPE 11749).
Le premier décret charge l'administration américaine de dresser un bilan des principaux accords commerciaux en vigueur pour examiner les « formes d'abus » et « pratiques non réciproques » qui portent préjudice au commerce américain, à travers une étude « pays par pays, produit par produit ». Un rapport à produire d'ici 90 jours servira de base à de nouvelles mesures plus concrètes.
« Il n'y a jamais eu d'examen systématique, pays par pays et produit majeur par produit majeur, de pourquoi nous avons un déficit », a expliqué le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, dimanche 2 avril. Dans certains cas, comme l'importation de pétrole, la raison en est « innocente », selon lui. « Vous ne pouvez blâmer personne pour cela. Mais il y a beaucoup de choses qui sont dues à des tricheries, du dumping, des subventions illégales, beaucoup de choses qui ont à faire avec beaucoup de choses qui ne sont pas inhérentes au libre-échange », a-t-il ajouté.
Le second décret vise à améliorer la collecte des amendes imposées aux pays responsables de dumping aux États-Unis. Le montant de ces impayés approcherait les 3 milliards de dollars entre 2001 et 2016, et proviendrait d'entreprises issues d'une quarantaine de pays, selon Washington.
Ces mesures sont interprétées comme ciblant plus particulièrement la Chine, responsable de près de la moitié du déficit commercial américain et accusée de « manipulation des changes ».
Mais les pays visés sont aussi les deux pays voisins et partenaires des États-Unis dans le cadre de l'accord de libre-échange nord-américain - le Canada et le Mexique - et les autres grandes économies industrialisés - l'Allemagne, la France et l'Italie en Europe, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan en Asie - ainsi que les principales économies émergentes - la Malaisie, l'Inde, la Thaïlande.
Cette initiative « montre que les États-Unis veulent manifestement s'éloigner du libre-échange et des accords internationaux », a estimé la ministre allemande de l'Économie, Brigitte Zypries, samedi 1er avril. « Nous devons rechercher un dialogue constructif et expliquer que les raisons du déficit commercial des États-Unis ne sont pas seulement à l'étranger », a-t-elle ajouté, précisant qu'elle soulèverait le problème lors d'un voyage à Washington en mai. (Emmanuel Hagry)