Les ministres européens des Affaires étrangères ont tenu à rappeler, lundi 3 avril à Luxembourg, que le président syrien Bachar el-Assad n'avait pas, selon eux, d'avenir politique dans son pays.
Rappeler ce fait est pour l'Union européenne une manière de répondre à la nouvelle administration américaine qui a signalé, jeudi 30 mars, que le départ de M. Assad n’était plus pour elle une « priorité ».
« Nous avons toujours la même position, je ne pense pas qu’il y ait un avenir pour Assad. En même temps, cela dépend du processus (politique) et des Syriens. Je pense que l’on peut garder les institutions, mais qu’il est très difficile de garder Assad », a résumé le Néerlandais Bert Koenders à son arrivée au Conseil 'Affaires étrangères'.
Pour le Français Jean-Marc Ayrault, « à la fin du processus politique, quand il s’agira de bâtir la Syrie de l’avenir, (…) la France n’imagine pas un seul instant que cette Syrie puisse être dirigée par Bachar el-Assad, tant il a une responsabilité dans la situation actuelle ».
Même son de cloche chez le ministre d’outre-Rhin, Sigmar Gabriel. « Nous avons toujours dit qu’à la fin, bien sûr, les Syriens doivent décider qui est le président, le gouvernement, et qu'il est peu logique de résoudre la question d'Assad au début des négociations, car cela peut tout bloquer », a-t-il dit. Il a tenu à ajouter « qu'un dictateur », qui avait commis « d'horribles crimes dans la région », ne pouvait pas rester en place « impunément ».
« Après sept ans, six ans et demi de guerre, il semble complètement irréaliste de croire que l'avenir de la Syrie sera exactement le même qu'il l'était dans le passé. (…) C'est aux Syriens de décider, mais à tous les Syriens de décider », a souligné, pour sa part, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini.
Dans les conclusions qu’il a adoptées, le Conseil se montre toutefois plus vague. Il affirme « qu'il ne saurait y avoir de paix durable en Syrie sous le régime actuel ». Il se félicite de la déclaration conjointe de la Haute Représentante de l'UE et de la Commission et fait siens les objectifs qu’elle contient (EUROPE 11745).
Soulignant qu’il est nécessaire de mettre un terme la guerre en amorçant une véritable transition politique, le Conseil précise que cette transition doit être « constructive et sans exclusive », conformément à la résolution 2254 et au communiqué de Genève. Il encourage les parties syriennes à participer de manière constructive et sans condition préalable au programme défini par l'envoyé spécial des Nations unies pour les négociations et demande au régime syrien de présenter ses propres plans pour une véritable transition politique sans exclusive.
Le Conseil apporte aussi son soutien au renforcement de l’opposition politique. Les progrès politiques « dépendront des efforts consentis pour réduire la violence et créer un climat de confiance sur le terrain ». Il cite le respect du cessez-le-feu et un accès humanitaire total et sans entrave à tout le pays, la levée des sièges et la libération de toutes les personnes détenues de manière arbitraire.
« Sauver des vies en répondant aux besoins humanitaires des Syriens les plus vulnérables à travers le pays » est donc une priorité des Européens. Les ministres veulent par ailleurs continuer à soutenir la résilience de la population syrienne et de la société syrienne et renforcer les organisations de la société civile syrienne. Les ministres mettent aussi en avant l'obligation de répondre des crimes de guerre « afin de faciliter le processus de réconciliation nationale et la justice transitionnelle ».
Tout en réaffirmant que l’UE sera disposée à contribuer à la reconstruction de la Syrie, les ministres rappellent qu’elle ne le fera que lorsqu’une « transition politique globale, véritable et inclusive (…) aura réellement été amorcée ». « Nous devons être prêts, mais cela ne viendra que quand une transition politique et un accord politique seront en place », a dit Federica Mogherini devant la presse.
Les ministres se retrouveront mercredi à Bruxelles pour discuter de la Syrie, à l’occasion d'une conférence internationale (EUROPE 11759). (Camille-Cerise Gessant)