Le Maroc est contre toute distinction entre son propre territoire et celui du Sahara occidental, contrairement à ce qu'a jugé la Cour de Justice européenne (EUROPE 11718). « Nous sommes contre », a affirmé Mohamed Boudra, président de l’association des Maires marocains, élu jeudi dernier co-président de l’Assemblée euro-méditerranéenne des régions et autorités locales (ARLEM) (EUROPE 11732).
« Quand l’Europe coopère avec le Maroc, c’est avec tout le Maroc, Sahara, Rif et Atlas compris » (le Maroc classe le territoire disputé comme ‘province du Sud’ et l’inclut dans un large plan de décentralisation régionale dans tout le royaume, NDLR). « Ou on accepte le Maroc comme il est, ou on ne l’accepte pas », a-t-il affirmé, interrogé à Malte par EUROPE.
« L’UE doit reconnaître que le Maroc joue un rôle primordial avec elle et avec l’Afrique et qu’il veille aux bonnes relations » avec l'UE. M. Boudra estime que le Maroc, « pays indépendant, a le droit de défendre ses intérêts. La coopération doit être positive », sinon « on va refuser, arrêter toute coopération jusqu’à ce que l’Europe revienne sur sa position ».
Par ailleurs, M. Boudra appelle l’UE à concevoir plus positivement sa politique migratoire, notamment en lien avec les pays de passage, comme le Maroc. L’UE a « encore à apprendre sur l’immigration. Elle ignore les problèmes auxquels sont confrontés les pays au sud de la Méditerranée » et, selon M. Boudra, « le sécuritaire et la réadmission ne sont pas une approche acceptable », tout comme il n’envisage pas positivement l’idée d’installer des centres de rétention dans les pays de transit ('hotspots') : « Il se peut qu’il y ait des situations humanitaires qui exigent des solutions provisoires », mais « je crois qu’il faut le moins possible d’internements et faciliter l’intégration par un travail, du logement décent ».
Le responsable a cité l’exemple de son pays, « devenu non seulement un pays de transit et pays d’installation de migrants » et qui a opéré « plusieurs régularisations de ressortissants subsahariens ». Le Maroc estime, selon M. Boudra, que « l’émigration n'est pas uniquement un problème, mais peut enrichir le pays, grâce à la diversité culturelle et religieuse ». Le problème ne serait donc pas seulement européen : « il y a aussi notre propre émigration, de nos jeunes qui rêvent de partir en Europe ». La solution est dans une « coopération triangulaire ».
Le Maroc, qui « est de retour à l’Union africaine (UA), a en perspective de travailler en profondeur avec le continent ». Il estime que « le Maroc et le Maghreb peuvent jouer un rôle d’interface entre l’UE et l’Afrique profonde. On peut développer des projets au profit des autorités régionales et locales ». (Fathi B’Chir)