Passant de 0,6% à 1,1% entre novembre et décembre 2016, le taux d'inflation a certes presque doublé dans la zone euro, mais l'inflation sous-jacente demeure faible. Une telle situation incite à la prudence la Banque centrale européenne (BCE) qui a maintenu inchangés ses taux d'intérêt et poursuit sa politique de rachat massif de titres surtout publics (quantitative easing ou QE).
Cette remontée de l'inflation sur base annuelle « reflète principalement une forte hausse annuelle des prix de l'énergie, alors qu'il n'y a pas de signal faisant état d'une tendance convaincante de l'inflation sous-jacente », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, pour justifier le statu quo monétaire.
Pour certains dirigeants politiques allemands, l'affermissement de l'inflation (1,7% en Allemagne) (EUROPE 11706) pose la question du maintien de la politique monétaire accommodante de la BCE. Sur ce point, M. Draghi a estimé que la fin des taux d'intérêt négatifs serait d'autant plus rapide que la reprise économique le sera également et qu'elle s'étendra à toute la zone euro. « La reprise économique est aussi dans l'intérêt des citoyens allemands », a-t-il notamment considéré.
Une remontée des taux d'intérêt n'est donc pas pour demain. L'ancien gouverneur de Banca d'Italia a cité les critères pertinents permettant d'envisager une évolution de la politique monétaire : la hausse des prix doit être durable à moyen terme, s'autoalimenter - c'est-à-dire persister en l'absence de politique monétaire accommodante - et concerner l'ensemble de la zone euro.
Le 'QE' porte ses fruits
Un mois après avoir décrété la prolongation, mais à un niveau moindre, du 'quantitative easing' (EUROPE 11685), la BCE est d'avis que le 'QE' porte ses fruits. Au 13 janvier, elle avait acquis près de 1300 milliards d'euros de titres publics. Jeudi, l'institution européenne a décidé des modalités qui lui permettront de racheter des titres publics dont les rendements sont inférieurs au taux d'intérêt fixé à sa facilité de dépôts (-0,40%).
Quoi qu'il arrive, le 'QE' sera en place au moins jusqu'en décembre 2017, a répété la BCE, qui se tient prête à accroître - si nécessaire - son opération de rachat de titres aussi bien dans son ampleur que dans sa durée.
Le président de la BCE a estimé qu'il était trop tôt, à ce stade, pour commenter le scepticisme au sujet de la monnaie unique dont a fait part le président élu américain, Donald Trump, qui sera intronisé ce vendredi. « Il faut voir ce que seront vraiment les politiques après les déclarations », a indiqué M. Draghi. Quant aux déclarations de M. Trump favorisant la baisse du dollar, il a rappelé que les pays du G20 s'accordaient pour s'abstenir de toute dévaluation compétitive.
Même son de cloche deux jours après les clarifications du gouvernement britannique sur les intentions du Royaume-Uni en vue de sa sortie de l'Union européenne (EUROPE 11705). « Une fois encore, il est trop tôt pour se prononcer. L'issue des négociations sera très importante, notamment sur les contours du résultat obtenu et le temps nécessaire pour y parvenir », s'est limité à dire M. Draghi.
L'institut monétaire de Francfort a maintenu inchangés, jeudi, les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement (0,00%), de la facilité de prêt marginal (0,25%) et de la facilité de dépôt (-0,40%). (Mathieu Bion)