Les députés européens ont repris à leur compte, jeudi 19 janvier, la position de la commission des libertés civiles et des affaires économiques et monétaires du PE, qui a rejeté, en décembre, la liste noire des onze pays tiers (Corée du Nord, Guyana, Iran, Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Iraq, Laos, Syrie, Ouganda, Vanuatu, Yémen) dont les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme présentent des carences menaçant le système financier européen.
La quatrième directive anti-blanchiment, adoptée en 2015, habilite la Commission européenne à identifier les pays tiers à haut risque. Cette liste a été publiée en juillet dernier (EUROPE 11586), sous la forme d’un acte délégué. En vertu de la directive anti-blanchiment, les banques et d’autres opérateurs sont tenus d’appliquer de stricts standards de transparence et de contrôle lorsqu’ils conduisent des affaires avec des pays de cette liste en raison des risques que ces derniers présentent en ce qui concerne le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Les députés critiquent notamment le fait que la Commission n’a fait que dupliquer la liste du GAFI (groupe de l’OCDE).
« Le Parlement européen a envoyé une instruction claire à la Commission : elle doit conduire sa propre évaluation, plutôt que de se reposer uniquement sur des informations externes. La Commission doit se remettre au travail et conduire une analyse autonome bien plus ambitieuse et approfondie des pays qui sont à haut risque », explique Judith Sargentini (Verts/ALE, néerlandaise), corapporteur sur la révision de la directive anti-blanchiment d’argent. « Il est ridicule que Panama ne figure pas sur la liste », abonde son allié allemand Sven Giegold, qui estime que la Commission devrait avoir davantage de personnel que les six fonctionnaires actuellement en charge de l’unité « crimes financiers ».
La GUE/NGL, qui avait initié le rejet de la liste, s’est réjouie que la plénière ait suivi sa demande. L’Allemand Fabio de Masi a estimé qu’il fallait être « sérieux dans notre travail contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ».
La résolution a été adoptée par 393 voix pour, 67 contre et 210 abstentions. La précédente liste restera pour le moment en vigueur. (Élodie Lamer)