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Bulletin Quotidien Europe N° 11677
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1161

*** NICOLAS GUILLET, NADA AFIOUNI (sous la dir. de) : Les tentatives de banalisation de l’extrême droite en Europe. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 – fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Science politique". 2016, 184 p., 18 €. ISBN 978-2-8004-1604-5.

Tout incite à penser que l’extrême droite se banalise dans le paysage politique européen. Fruit d’une journée d’études organisée à l’Université du Havre voici plus de quatre ans (mais les choses ne se sont guère améliorées pendant ce laps de temps…), cet ouvrage voit onze chercheurs provenant d’horizons scientifiques divers s’employer à le vérifier en croisant des méthodologies différentes. Ainsi que l’expliquent Nicolas Guillet et Nada Afiouni dans leur introduction, leur thèse commune est toutefois, à la lumière des regards portés sur la situation prévalant en France et au Royaume-Uni, anciennes puissances coloniales, ainsi qu’en Suisse, que la banalisation de l’extrême droite est un faux semblant : « si certains se modifient en façade, les mouvements d’extrême droite ne se départissent pas de leurs caractéristiques intrinsèques ; dans le même temps, leurs idées progressent notamment en ce qu’elles tendent à imprégner tout ou partie des autres formations politiques et des acteurs sociaux ».

La première partie de l’ouvrage est consacrée aux trajectoires de la banalisation à travers le cas de la France. Deux historiens, le britannique Kevin Passmore (Université de Cardiff) et l’américain Todd Shepard (Université John Hopkins de Baltimore) y montrent notamment la porosité des idées, des valeurs et des individus, au gré des circonstances politiques, sociales et historiques, entre les partis de la droite classique et l’extrême droite, le premier prenant à cette fin l’exemple des Croix-de-Feu et le second analysant comment Mai 68 a paradoxalement conféré une « nouvelle centralité » à la xénophobie anti-arabe. Ensuite, le sociologue Daniel Bizeul (Université d’Angers) apporte des réponses nuancées à la question de savoir si la banalisation du FN témoigne d’une « lepénisation de la société », d’une « normalisation du parti » ou d’une « accommodation du FN à la société française ». Le juriste Nicolas Guillet montre ensuite que le droit français rend impossible une quelconque banalisation de l’extrême droite, avant que le politiste André Dézé (Université de Montpellier) que le FN de Marine n’est pas véritablement différent de celui de son père, tant il est vrai qu’il n’aurait « pour l’heure aucun intérêt à changer, à se dédiaboliser, sinon à perdre se radicalité ».

La seconde partie est, quant à elle, consacrée aux mécanismes de la banalisation actifs en Suisse et au Royaume-Uni. Deux experts en linguistique analysent ainsi « les stratégies discursives de banalisation » de l’Union démocratique du centre conduite par Christoph Blocher, leur collègue Philippe Gottraux (Université de Lausanne) mettant pour sa part en lumière la porosité du discours extrémiste auprès d’autres professionnels de la parole publique, qu’ils soient politiques, médiatiques ou autres. A partir du cas typique qu’a constitué le référendum sur l’expulsion automatique des étrangers délinquants, il avance l’idée que ces « énonciateurs » contribuent à la banalisation du discours d’extrême droite soit par « soutien », soit par « cautionnement ». Le Royaume-Uni est, lui, d’abord abordé à la lumière de la montée en puissance du British National Party et, surtout, du United Kingdom Independence Party au cours des dix dernières années, Kevin Braouezec jugeant qu’elle est moins le fruit d’un processus de banalisation que d’une stratégie se déployant selon quatre axes majeurs : la recherche de respectabilité, le localisme, l’environnement médiatique et l’émergence d’un « leader charismatique ». Pour sa part, le Pr. Olivier Esteves (civilisation des pays anglophones à l’Université Lille III) avance que ce sont moins les thèses racistes de l’extrême droite qui se trouvent banalisées au Royaume-Uni que l’idée qu’il existerait un groupe social menacé, les « petits blancs », et un imaginaire « où les blancs font figure d’agressés et les membres des minorités d’agresseurs ». Ce qui, sans doute, renvoie aussi à certains des électeurs de Donal Trump aux Etats-Unis.

En guise de conclusion, la politologue Nonna Mayer (Sciences Po Paris) s’intéresse à l’attitude qui est adoptée par les « démocraties d’Europe occidentale face aux droites extrêmes ». A ses yeux, l’essor de ces dernières peut s’analyser « comme une réponse à la mondialisation et à l’intégration européenne » de la part des « perdants » de cette évolution : « Ce sont ces derniers – petits patrons et ouvriers non qualifiés, craignant l’ouverture des frontières et la concurrence des pays émergents – que les partis de droite extrême disent défendre, cadrant la mondialisation comme une triple menace, à la fois économique (les immigrés prennent nos emplois), culturelle (ils ne se conforment pas à nos valeurs, ils mettent notre identité en péril) et politique (la mondialisation remet en cause la souveraineté de l’Etat nation) ». La peur causée par les islamistes et la crise protéiforme née en 2008 ont évidemment « accru le rejet de l’autre et la constitution des immigrés et des minorités en bouc émissaire » en même temps que ce contexte révélait « l’impuissance des partis en place à résoudre les problèmes » et, partant, contribuait à nourrir les discours populistes et anti-élites. Elle analyse ensuite les stratégies développées par les partis démocratiques pour contrecarrer les droites extrêmes, les unes refusant toute relation avec ces partis selon des formules diverses, les autres étant celles de « l’engagement », à l’instar de Nicolas Sarkozy qui a tenté en 2007 – et tente encore aujourd’hui – de « les imiter, récupérer leurs principaux thèmes, occuper leur espace politique dans l’espoir de leur reprendre des électeurs ». A l’évidence, « il n’y a pas de recette miracle » pour défaire des « droites populistes, eurosceptiques et exclusionnistes » qui sont désormais « bien ancrées dans le paysage politique européen », Nonna Mayer constatant en définitive, à la lumière notamment des parcours de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce, que les droites extrêmes peuvent en réalité être contenues « quand leurs adversaires se placent sur le terrain de la politique et non de l’indignation morale, quand ils laissent de côté les thématiques sécuritaires ou anti-immigrationnistes pour faire entendre une voix différente, quand ils apportent des idées neuves ».  Michel Theys

 

*** DOMINIQUE ANDOLFATTO, ALEXANDRA GOUJON (sous la dir. de) : Les partis politiques, ateliers de la démocratie. Editions de l'Université de Bruxelles (voir coordonnées supra). Collection "Science politique". 2016, 245 p., 22 €. ISBN 978-2-8004-1606-9.

Beaucoup de monde s’accorde pour juger que les partis politiques sont en crise et en arrivent même à fragiliser la démocratie. Les études réunies dans ces pages voient des politistes instruire le procès à charge et à décharge en questionnant les interactions entre partis et démocratie à partir d’un même point de départ, à savoir la façon dont les acteurs politiques eux-mêmes interrogent et envisagent ces interactions. Dans une première partie sont analysées des stratégies développées par les partis pour regagner une légitimité auprès des citoyens et s’adapter aux nouveaux défis liés au règne de l’opinion publique dans les démocraties installées de longue date. Deux auteurs s’intéressent ainsi aux primaires introduites en France et au Royaume-Uni, avançant que ce qui peut apparaître comme une force pour le candidat vainqueur peut conduire, à terme, à un affaiblissement militant dans les partis, ceux-ci n’étant, en outre, pas à l’abri de comportements démagogiques dans le chef de certains candidats. De même, l’utilisation d’internet ne serait pas le gage d’un élargissement significatif de la base militante des partis. Des regards sont également portés sur le partage de la fonction programmatique des partis avec d’autres organismes, des think tanks comme Terra Nova par exemple, et sur leur féminisation qui, en Inde, est fortement corrélée avec les pratiques dynastiques. La deuxième partie est, elle, consacrée aux « dérives du jeu politique et mutations partisanes ». Après un regard porté sur le système partisan des Etats-Unis qui, ainsi que vient de le montrer la dernière élection présidentielle, se polarise de plus en plus et laisse apparaître des courants extrémistes, trois contributions montrent que la radicalisation politique constitue aussi un phénomène européen. Il y est ainsi question des partis d’extrême droite scandinaves qui intègrent petit à petit le système politique en formulant parfois des propositions non dénuées de sens en termes d’amélioration démocratique, puis du Front de gauche qui, en France, cherche non sans difficultés à créer une force politique unie en dépit de son hétérogénéité, enfin de l’influence des dotations financières de l’Etat sur le paysage politique français. Dans la dernière partie, c’est enfin la manière dont les systèmes partisans sont affectés par les transformations des démocraties contemporaines qui est étudiée, notamment à la lumière du cas italien où Forza Italia de Berlusconi a entraîné un éclatement durable du système partisan traditionnel, le succès du Mouvement 5 étoiles en témoignant vingt ans plus tard. Alors que deux chapitres portent sur l’adéquation complexe entre démocratisation et multipartisme à la lumière de la situation prévalant en Tunisie et en Russie, le Pr. Dominique Andolfatto (Université de Bourgogne Franche-Comté) fait le point, pour sa part, sur la lente mise en place d’un système partisan au niveau de l’Union européenne. Examinant sa lente structuration et les tentatives d’innovation liées à la construction de partis transnationaux, il relève que le système qui se met en place reste encore et toujours « largement coupé des citoyens », les « europartis » demeurant pour l’essentiel « l’affaire de professionnels de la politique du Parlement européen ». (MT)

 

*** YANNIS MANIATIS : Les réformes et le patriotisme progressif. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 483 p., 28 €. ISBN 978-960-02-3238-7.

Ingénieur agronome et professeur à l’Université du Pirée, Yannis Maniatis a vécu la plus grande crise vécue par la Grèce et les cinq années critiques des Mémorandums en exerçant la responsabilité de secteurs clés du ministère de l'Environnement, de l'Energie et du Changement climatique. Dans cet ouvrage, il tente d’expliquer de manière méthodique les réformes progressives mises en œuvre dans tous les domaines de la vie économique, politique et sociale, ainsi que les efforts déployés en vue de restaurer la confiance nationale et l’équilibre institutionnel sous le regard des institutions européennes et internationales. Le caractère actuel de l'indépendance nationale, soit l'indépendance relative d’un pays qui doit à des prêts de ne pas sombrer, est au cœur de ce livre. L'intérêt public, explique-t-il, n’est plus dans la propriété de l’Etat, les monopoles étatiques s’étant révélés incapables de fonctionner efficacement. Il n’est plus non plus dans la production de la richesse par le biais du marché assorti de règles strictes et d’organismes de réglementation. Dans ce contexte, il tente de définir ce que devrait être un patriotisme grec moderne et progressiste, à savoir qu’il devrait être extraverti et cosmopolite, se libérant du cadre européen pour mettre les atouts qui découlent de la position géopolitique de la Grèce au service de la coopération régionale, d’un soutien absolu aux priorités mondiales de la lutte contre le changement climatique, de la réduction de la pauvreté mondiale et du défi migratoire qui est à relever. Le « Patriotisme progressiste » qu’il promeut est, à ses yeux, ce qui permettra de répondre aux questions cruciales de la solidarité intergénérationnelle sur le plan social et de relever les défis énergétique et environnemental. Il avance notamment que : i) la mise en œuvre de mesures d'économie d'énergie efficaces peut augmenter le PIB de 4% jusqu'au 2030 ; ii) les dépenses effectuées au nom de l'efficacité énergétique peuvent augmenter les nouveaux emplois de 20%, tout en améliorant le PIB ; iii) un investissement pour la mise en œuvre de centrales à charbon peut générer environ 30.000 emplois, et même 100.000 si l’on veut rendre les appareils efficaces. D’après l’auteur, le patriotisme progressif permettrait de conduire le pays dans une nouvelle ère de développement durable et décentralisé fondé sur les principes de l'économie circulaire et de l’informatique verte, le tout étant flexible et socialement juste à la fois. Il appelle donc de ses vœux rien de moins qu’un nouveau contrat social. (AKa)

 

*** MARINA KAKEPAKI, YANNIS KARAYANNIS (sous la dir. de) : La représentation politique en Grèce contemporaine. Les caractéristiques et le profil des membres du parlement grec, 1996-2015. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2016, 230 p., 14 €. ISBN 978-960-02-3216-5.

Les textes de ce volume utilisent les données relatives aux membres du Parlement grec qui ont été recueillies dans le programme de recherche So.Da.Map. Celui-ci a visé à fournir des informations sur les caractéristiques sociodémographiques et l'expérience politique de ceux qui sont venus siéger au Vouli lors des huit élections tenues entre 1996 et janvier 2015. Au fil de ces vingt années ont émergé des élus d’origines différentes et aux destins divers, les uns s’étant imposés sur le devant de la scène politique tandis que certains autres ont été oubliés aussi vite que des étoiles filantes, d’autres encore étant désormais stigmatisés pour leur attitude sur le plan de l’éthique et de la morale. Docteurs en sciences politiques et sociales, les chercheurs travaillent auCentre National de la Recherche Sociale et partent du constat initial que tous ont été, même de façon éphémère, les représentants de la nation et de la puissance des organismes au sein de la démocratie parlementaire. L'accès aux documents est libre (http://www.socioscope.gr ), ce qui permettra à tous les chercheurs d’apporter des réponses à d’autres questions pour mieux comprendre le système politique et le fonctionnement de la démocratie en Grèce. (AKa)

 

*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. Les institutions politiques : les structures et les fonctions (Vol 5). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 572 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0717-2.

Ce cinquième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit vingt-huit spécialistes du monde académique « s’attaquer » aux institutions politiques. En termes savants, ils les appréhendent comme des unités organiques qui agrègent les demandes en vue de les traduire en dispositions législatives, exécutives et judiciaires. D’autres mesures formelles et informelles qui leur sont imputables sont dument étudiées. (AKa)

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