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Bulletin Quotidien Europe N° 11675
ACTION EXTÉRIEURE / Ukraine

Kiev mérite plus de la part de l’UE, selon M. Tusk

Le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé, jeudi 24 novembre, que l’Ukraine méritait davantage de l’Union européenne, en raison de ses efforts, alors que la ratification de l’accord d’association est en suspens et que la libéralisation des visas n’interviendra qu’une fois en place le mécanisme général de suspension des exemptions de visas.

« Très impressionné par la patience et la détermination du peuple ukrainien dans sa lutte pour conserver l'intégrité territoriale et la souveraineté », peuple qui est « un exemple unique de courage, de dignité et de bon sens », M. Tusk a expliqué, en ukrainien, que les Ukrainiens méritaient « plus ». « Vous méritez plus. Aussi de notre part, de l'Europe. Je peux vous promettre que vous ne serez pas laissés derrière. Nous avons aussi nos limites, mais nous poursuivrons nos efforts pour répondre à vos attentes justifiées », a-t-il ajouté. De son côté, le président ukrainien, Petro Porochenko, a jugé que « l’unité et la solidarité » entre son pays et l’UE étaient particulièrement importantes.

Trois nouveaux accords financiers pour aider à accomplir les réformes

Les représentants de l’UE ont ainsi salué les réformes entreprises par Kiev. « Nous avons de l’estime pour les efforts des autorités ukrainiennes pour mettre en œuvre des réformes de grande envergure dans des conditions extrêmement difficiles », a expliqué le président du Conseil européen. Pour le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, il y a eu plus de progrès sur les deux dernières années que pendant les 20 ans précédents. « Je suis très satisfait de la qualité et du rythme des réformes », a-t-il ajouté.

Preuve de leur satisfecit et soutien, les Européens ont signé avec les Ukrainiens, en marge du sommet, trois accords, l’un de 15 millions d’euros pour soutenir la lutte contre la corruption, un autre de 104 millions d’euros pour les réformes de l’administration publique et un dernier de 52,5 millions d’euros pour un programme sur l'État de droit, qui soutiendra les réformes du système judiciaire et politique. De son côté, l’Ukraine devrait bientôt lever l’interdiction d’exportation de bois, ce qui permettrait de débloquer la dernière tranche de l’aide macro-financière de 600 millions d’euros. M. Porochenko a précisé que, pour 2017, son pays mettrait la priorité sur les réformes du secteur judiciaire, de la Constitution, de la Cour suprême, du secteur de la sécurité et de la défense, sur la lutte contre la corruption ou encore sur l’accélération des privatisations.

L’accord d’association : un accord important sur le plan géopolitique, selon M. Tusk

Donald Tusk, tout comme le président Porochenko, a appelé à achever le processus de ratification de l’accord d’association, actuellement bloqué par les Pays-Bas (EUROPE 11660). Cet accord n’apporte pas seulement « un avantage économique mutuel, mais - plus important - il a une grande importance géopolitique », a précisé M. Tusk. Il a espéré qu’une solution serait trouvée lors du Conseil européen de décembre. « Nous travaillons d'arrache-pied pour trouver une solution qui permettra aux Néerlandais de ratifier l'accord, en répondant à toutes leurs préoccupations, tout en respectant pleinement les intérêts de l'Ukraine. Une solution que les 27 autres n'auront pas besoin de ratifier à nouveau », a expliqué M. Tusk, soutenu par M. Porochenko. Ce dernier a rappelé que l’accord est « un symbole de la nouvelle Ukraine, la lutte (du) pays pour son avenir européen », et est à l’origine de la « révolution de la dignité », Maidan, il y a tout juste trois ans. Selon lui, « le retard dans la ratification de l'accord n’est bénéfique ni pour l’UE ni pour l’Ukraine » (EUROPE 11663).

L’Ukraine salue la promesse d’une ouverture accrue du marché de l’UE

À l’occasion de ce premier sommet bilatéral depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange (ALE) UE/Ukraine, le 1er janvier dernier, les parties ont constaté des progrès substantiels dans la mise en œuvre de l’accord. « En dix mois, des avancées importantes ont été engrangées. L’Ukraine a pu augmenter ses échanges avec l’UE de 5% et l’UE est la première destination pour les exportations ukrainiennes, en absorbant 31% », s’est félicité M. Porochenko, saluant aussi la promesse de l’UE d’accorder temporairement des préférences commerciales unilatérales supplémentaires pour certains produits ukrainiens. La commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a annoncé, le 30 septembre, l’intention de l'UE d'offrir de nouvelles ouvertures de marché pour certains produits agricoles et industriels ukrainiens, en complément de ce qui est déjà offert dans le cadre de l’ALE (EUROPE 11636).

Pour M. Juncker, la question des visas sera réglée d’ici la fin de l’année

Sur la question de la libéralisation des visas pour les citoyens ukrainiens, M. Juncker a rappelé que la Commission avait proposé cette libéralisation en avril et s’y tenait. L’Ukraine ayant rempli toutes les conditions requises, il faut donc que l’UE agisse en retour et concrétise son engagement. « Je suis convaincu qu’en dépit des divergences entre certains États membres et le PE, ils seront à même de délivrer les visas à l’Ukraine avant la fin de l’année », a dit M. Juncker.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a également préconisé d’intensifier les travaux avec le Parlement européen (PE) et le Conseil afin qu’un accord soit trouvé sur le volet pendant du dossier, à savoir le mécanisme de suspension des régimes sans visas en cas d’abus. Le responsable européen a également rejeté les rumeurs selon lesquelles la France bloquerait le dossier du mécanisme de suspension jusqu’à la tenue des élections présidentielles de mai 2017. Paris « nous a aidés » à trouver la solution, a répondu Donald Tusk, insistant sur le fait qu’aucun État membre ne souhaitait bloquer la libéralisation des visas pour les Ukrainiens. Comme l’a rappelé M. Juncker, le dossier ne concerne pas l’Ukraine, mais les relations entre le Conseil et le PE qui s’opposent encore sur les modalités d’activation de ce mécanisme de suspension, entre actes d’exécution et actes délégués. Un trilogue doit, en théorie, se tenir la semaine prochaine, après plusieurs tentatives infructueuses.

Pour Petro Porochenko, un compromis est vraiment « à portée de main ». Il n’y a « aucun pays qui bloque », a ajouté le président ukrainien, et pas non plus de divergences profondes entre le PE et le Conseil. Jean-Claude Juncker a ajouté qu’il s’était entretenu jeudi matin (entre autres) de ce sujet avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, et « le problème sera résolu avant la fin de l’année », a assuré le président de la Commission.

M. Tusk insiste sur le lien entre accord de Minsk et sanctions

Le président du Conseil européen a également rappelé le soutien de l’UE aux accords de Minsk. Et malgré l’unité fragile des Européens sur le maintien des sanctions, le président a rappelé que celles-ci étaient liées « à la pleine mise en œuvre des accords ». Il a espéré que des progrès soient faits dans cette mise en oeuvre avant la prochaine discussion sur les sanctions, au Conseil européen de décembre. M. Porochenko a appelé au maintien des sanctions contre la Russie, tant que cette dernière ne respecte pas pleinement les accords de Minsk et que l’intégrité territoriale, et la souveraineté ukrainienne, ne sont pas rétablies. Interrogé sur les conséquences de l’élection de Donald Trump sur la position américaine envers la situation ukrainienne, M. Porochenko a voulu se montrer rassurant, précisant que l’Ukraine avait un fort soutien parmi les Démocrates et les Républicains. (Camille-Cerise Gessant, Solenn Paulic et Emmanuel Hagry)

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