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Bulletin Quotidien Europe N° 11569
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) turquie

La Commission et le Parlement européen condamnent la levée de l'immunité parlementaire de 138 députés

Bruxelles, 09/06/2016 (Agence Europe) - Le commissaire aux Négociations d'élargissement, Johannes Hahn, et les députés européens ont condamné, lors d'un débat mercredi 8 juin dans la soirée, la levée, par le Parlement turc, de l'immunité parlementaire de 138 députés du HPD, parti pro-kurde. Plus tôt dans la journée, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait promulgué la loi permettant cette levée.

Soulignant le caractère « inacceptable » de la décision, M. Hahn a rappelé que « l'immunité devait s'appliquer à tous sans discrimination » et que sa levée « devait être décidée en fonction de critères transparents et non de considérations politiques ». « À plusieurs reprises, la Commission européenne a répété que le cadre de l'immunité parlementaire devait comprendre des critères spécifiques et objectifs permettant de prendre la décision de lever l'immunité », a-t-il ajouté. « Même si la Turquie dit toujours qu'elle veut devenir membre de l'UE, elle s'éloigne et va dans une direction différente », a souligné le commissaire, prévenant que l'État de droit n'était « pas négociable ».

Les députés européens ont tenu le même discours. « Lever l'immunité parlementaire de 138 députés sort du commun », a expliqué le Roumain Cristian Dan Preda, au nom du PPE, soulignant le « caractère collectif de la décision et de son impact sur la représentation des citoyens turcs ». « Seule une Turquie qui respecte principes d'État de droit tiendra sa parole et pourra être respectée de notre coté », a-t-il ajouté. Pour Kati Piri (S&D, néerlandaise), rapporteur sur la Turquie, « museler les opposants est contraire à tous les principes démocratiques. Si on fait cela dans un Parlement démocratiquement élu, où va-t-on tolérer les oppositions de vues ? ». Elle a aussi souhaité qu'une solution durable soit trouvée à la question kurde. Alexander Graf Lambsdorff (ADLE, allemand) a jugé que cette levée basée sur des « allégations plus ou moins fallacieuses est totalement aberrante. Aucun parlement dans le monde ne se comporte de cette façon ». « En étant élu légalement, on doit pouvoir exercer son mandat librement, libre de poursuite juridique », a-t-il poursuivi, regrettant que « tout soit politisé » et qu'il ne soit « plus possible de parler de justice indépendante ».

« Si on devait s'en tenir aux critères d'Erdogan, trois quarts des députés européens verraient leur immunité levée », a estimé Gabi Zimmer (GUE, allemande). « Nous devons agir, défendre nos valeurs européennes communes, nos libertés et notre démocratie », a-t-elle ajouté. Pour les Verts, Bodil Valero (suédoise) a tenu un discours similaire, s'inquiétant aussi du fait que les lois anti-terroristes soient utilisées contre les opposants et ceux qui veulent se prévaloir de la liberté d'expression.

Critiquant le « silence assourdissant européen », Fabio Massimo Castaldo (ELDD, italien) a jugé que la levée de l'immunité est le « dernier acte d'Erdogan face à une Europe faible qui n'a pas le courage de le dénoncer comme il faudrait le faire ». « On voit une fois de plus que la Turquie menace l'Europe », a ajouté Édouard Ferrand (ENL, français), qui a appelé ses collègues à demander la fin des négociations d'adhésion de la Turquie, leur demandant si « la dictature d'Erdogan était un modèle compatible avec (les) valeurs européennes ».

En réaction à la levée d'immunité par le Parlement turc, les députés du Groupe d'amitié kurde au Parlement européen avaient proposé le jour même aux autres eurodéputés de parrainer en signe de solidarité chacun des 138 députés du HDP dont l'immunité a été levée (EUROPE 11568). (Camille-Cerise Gessant)

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