login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11440
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Vingt ans après, le 'processus de Barcelone' reste d'actualité

Barcelone, 27/11/2015 (Agence Europe) - La réunion de haut niveau des pays de l'espace euro-méditerranéen a exprimé « un signal fort de soutien à l'Union pour la Méditerranée pour qu'elle devienne le cadre approprié de la coopération régionale », s'est félicité le secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée (UpM), Fathallah Sijilmassi, jeudi 26 novembre à l'occasion d'une conférence marquant le 20ème anniversaire du 'processus de Barcelone' (EUROPE 11439).

Cette affirmation est approuvée, selon l'UpM, même si seulement près de vingt gouvernements étaient présents à Barcelone et représentés par des secrétaires d'État en raison d'agendas chargés et une situation tendue dans la région. Federica Mogherini, Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a avoué avoir hésité mais jugé le moment opportun. Elle a participé à la fois à la session ministérielle et, l'après-midi, à la réunion ouverte à la société civile et aux porteurs de projets.

La conférence aura permis de dresser un état des lieux de ce processus dont le mandat demeure vague et encore mal situé par rapport à la politique de voisinage révisée de l'UE (EUROPE 11433).

Dans une analyse globale, Mme Mogherini estime que la Méditerranée actuelle n'a plus rien à voir avec celle de 1995, année de lancement du processus. « L'enthousiasme et les ambitions de l'époque (ont cédé la place) aujourd'hui aux problèmes, aux menaces et à des conditions humanitaires dramatiques », a-t-elle constaté. Elle a toutefois souligné les intérêts communs sur les deux rives et écarté l'idée d'un 'clash des civilisations': « Nos liens et nos racines sont communs » et « nous devons tout faire pour que notre partenariat soit concret avec un suivi opérationnel ». Et d'ajouter: « Il peut paraître irréel de parler de développement et d'éducation en temps de guerres mais nous devons aller aux causes des problèmes. Le nombre de jeunes tunisiens partis en Syrie est dû au fait qu'ils n'ont pas trouvé leur place dans l'organigramme ». « Il ne faut pas que dans vingt ans on en soit encore à constater les mêmes problèmes », a-t-elle espéré.

Pour Ignacio Ybanez Rubio, secrétaire d'État espagnol, le bilan de ces années écoulées est « positif » et son pays se sent fermement mobilisé pour sauvegarder la dimension méditerranéenne. L'UpM est « désormais présente dans tous les agendas », a-t-il noté, tout en reconnaissant un « besoin d'ajustements et d'une vision ». Il a plaidé pour « la multilatéralité, la cohérence et la différenciation » et pour « l'équité Est/Sud dans l'attribution de fonds ». Élisabeth Guigou, présidente de la Fondation culturelle Anna Lindh, a souligné, elle aussi, la difficulté de la phase actuelle qui exige de « passer du paternalisme au partenariat ».

Optimiste, l'ancien chef de la diplomatie européenne, l'Espagnol Javier Solana, a qualifié de « vivant » le processus de Barcelone, admettant aussi que « tout a changé au nord comme au sud en vingt ans ». Un avis partagé par l'ancien co-président de l'UpM et ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheith, qui demande aussi le retour aux principes du processus de Barcelone, lequel aurait failli en raison de l'impasse faite sur le Moyen-Orient. « L'UpM fait face aux mêmes obstacles » dans une « situation compliquée », a-t-il estimé, appelant à prêter attention à la Libye autant qu'à la Syrie. En Libye, c'est « le même Daech », s'est-il écrié, laissant sous-entendre que l'UE n'a pas le bon comportement en critiquant l'Égypte quand elle attaque les terroristes. Selon lui, le terrorisme sera durable « tant que la jeunesse sera un réservoir de colère ». Quant à la question migratoire, il a estimé qu'il « ne (fallait) pas compliquer le sort de gens qui ont déjà souffert ».

Youssef Amrani, ancien secrétaire général de l'UpM, membre du cabinet royal marocain, a rappelé qu'il a été possible en 2010 d'adopter une déclaration « prémonitoire » sur le terrorisme alors qu'elle ne prenait pas d'autres décisions. « Vingt ans après, les principes du processus de Barcelone sont encore valides », processus qui a eu « des réalisations mais éloignées des principes » et marquées par « l'incohérence dans les priorités, l'inadaptation des instruments et les bouleversements au sud ». Il appelle, comme avant lui Mme Guigou, à prolonger le champ d'action de l'UpM. « L'Afrique nous interpelle », a-t-il souligné. Pour Gabriel Busquets, ancien ambassadeur espagnol qui fut un des maîtres d'oeuvre du processus de Barcelone, la Méditerranée a encore, vingt ans après, « besoin d'une vision et d'un engagement politiques ». Il faudrait placer l'UpM dans le nouveau contexte et en faire « une plateforme multilatérale de coopération », « un lieu d'un dialogue structuré » et « un lien avec les voisins des voisins ».

Tirant les conclusions des débats de la journée, Irene Mingasson, au nom de la Commission européenne, a affirmé que l'UpM avait l'avantage d'être « un forum permanent pour toute la région ». Sur la politique de voisinage de l'UE, elle a indiqué que l'intention était de « se concentrer sur l'employabilité des jeunes et le développement durable ». Le débat réel, en filigrane, demeure celui du lien de l'UpM avec les nouvelles orientations de la politique de voisinage et de ses capacités financières qui lui seront consacrées dans le budget. Cette question est encore ouverte (Fathi B'Chir).

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES
CALENDRIER