Bruxelles, 27/11/2015 (Agence Europe) - Les ministres du Commerce des États membres de l'UE ont fait le point, vendredi 27 novembre à Bruxelles, sur les négociations de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, le Venezuela n'étant pas impliqué dans ces pourparlers) et ils ont donné des orientations à la Commission européenne pour la marche à suivre en vue d'un échange des offres sur l'accès au marché. La récente élection du nouveau président argentin, Mauricio Macri, ravive l'espoir de conclure un accord.
« Cette discussion avec les ministres permettra à la Commission de mieux cerner les paramètres pour les mois et les étapes à venir » en vue d'un échange d'offres sur l'accès au marché, a résumé le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, à l'issue de la réunion.
« Ce fut une opportunité d'évaluer, pour la première fois depuis de nombreuses années, où nous en sommes. La Commission va maintenant tenter de répondre aux questions soulevées par les États membres et décider quoi faire en conséquence », a ajouté la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström.
L'UE et le Mercosur ont réaffirmé au niveau ministériel, le 11 juin, leur engagement à conclure un accord de libre-échange et ils sont convenus de procéder à un échange des offres sur l'accès au marché (agriculture, industrie, services et marchés publics) lorsque les conditions seront réunies. Mme Malmström et le ministre paraguayen des Affaires étrangères, Eladio Loizaga, ont fait le point sur ces négociations, le 19 novembre, après une réunion au plan technique, début octobre à Asunción, qui avait permis un échange d'informations supplémentaires sur le contenu des offres respectives.
Vendredi, le tour de table ministériel a montré que les vues étaient divergentes dans l'UE quant à l'opportunité de procéder à un échange des offres sur la base de l'offre sud-américaine actuelle. « Beaucoup de pays sont en faveur, certains pays ont quelques réserves, quelques pays ont des réticences », a reconnu M. Asselborn, précisant qu'une « certaine direction » avait été dégagée sur laquelle la Commission, le Conseil et le Parlement européen allaient désormais travailler. « La situation n'est pas bloquée mais tout dépend du sérieux de l'offre du Mercosur », a-t-il précisé, avant d'ajouter: « Tous les représentants des États membres ont estimé qu'il y a un vent nouveau qui souffle en Amérique latine, les électeurs de certains pays ont fait un choix qui va peut être nous autoriser à espérer qu'on puisse aller dans une meilleure direction ».
« Il y a eu un fort soutien des États membres pour s'engager avec le Mercosur. La question n'était pas de démarrer les négociations demain ou pas. Des questions ont été soulevées et nous allons y répondre. Nous allons aussi discuter avec le Mercosur et le nouveau gouvernement argentin. Puis faire une évaluation de la situation avant qu'une décision soit prise », a précisé Mme Malmström.
Selon une source communautaire, Mme Malsmtröm a indiqué aux ministres qu'il y avait deux options sur la table: soit échanger maintenant les offres avec le Mercosur, sur la base de l'offre proposée par la partie sud-américaine qui couvre 87% de ses lignes tarifaires contre 91,5% des lignes tarifaires pour l'UE ; soit mettre la pression sur le Mercosur pour qu'il améliore son offre et la porte à 89% de ses lignes tarifaires, au risque qu'il se désengage et que cela conduise à une nouvelle impasse.
Lors du tour de table ministériel, plusieurs pays ont mis l'accent sur « le changement politique en Argentine, [qui] suscite l'espoir que le nouveau gouvernement adopte une attitude plus ouverte », a indiqué notre source. Plusieurs États membres ont aussi fait part de contacts récents avec le Brésil indiquant la détermination de Brasilia de boucler un accord et sa disposition à améliorer l'offre sud-américaine.
Trois, voire quatre positions, se sont dégagées au sein du Conseil vendredi. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni se sont dites favorables à un échange des offres, faisant valoir que l'offre sud-américaine pourrait être améliorée.
La Belgique et Malte ont suggéré l'idée de procéder à un premier échange d'offres qui donnerait lieu à une nouvelle offre avec une clause de réévaluation à court terme.
La Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie, la Lituanie et la Grèce notamment ont fait part de leurs réserves, soulignant pour la plupart d'entre eux des préoccupations au plan agricole.
Soulignant leurs forts intérêts agricoles, la France, l'Irlande, la Pologne se sont montrées les plus réticentes à procéder à l'échange des offres, estimant que l'offre sud-américaine n'était clairement pas au niveau d'ambition attendu. Ces pays ont été rejoints par la Hongrie qui a souligné la forte asymétrie entre les offres et appelé à revoir le mandat de négociation de 1999. (Emmanuel Hagry)