Bruxelles, 22/10/2015 (Agence Europe) - Des militants des droits de l'homme ont appelé, jeudi 22 octobre, à mettre la protection des civils au coeur de la question syrienne en créant surtout une zone refuge sur le territoire syrien, où la population aurait la garantie d'être épargnée par les frappes aériennes menées aujourd'hui indépendamment par une coalition internationale et la Fédération de Russie.
Il est aujourd'hui nécessaire de penser à mettre en place une telle zone refuge car « cela semble être la solution la moins onéreuse, la moins interventionniste et la plus efficace » pour protéger la population syrienne qui n'a pas fui le pays, selon Yasmine Nahlawi, la coordinatrice politique de l'organisation de la société civile syrienne Rebuild Rethink, qui s'est exprimée lors d'un débat à la sous-commission des droits de l'homme du Parlement européen. Elle a rappelé que la plupart des décès sont dus à des bombardements et a estimé qu'une approche qui consiste à seulement viser l'organisation État islamique (EI) ne suffira pas. Bombarder sans protéger la population revient à faire que celle-ci se mette aux côtés de n'importe quel groupe pour être protégée et cela attise la radicalisation, a-t-elle souligné.
Elle a ainsi appelé à mettre « l'accent sur la protection des civils ». Et si seule une solution politique pourrait aboutir à la fin du conflit, la solution militaire n'ayant « aucun intérêt », elle a concédé que cela « semble difficile à envisager pour l'instant ». Une solution politique peut toutefois être encouragée et elle a proposé de se concentrer sur la protection de la population, car cette approche « est bien plus susceptible de faire venir les parties à la table des négociations que toute autre mesure ».
Pour Nadim Houry, de l'ONG Human Rights Watch, si on veut créer une zone refuge, il faut discuter avec la Russie quant à ses obligations internationales de protéger les civils. « On ne peut pas prétendre aider à combattre le terrorisme quand on tue des civils et quand on aide ainsi à la radicalisation », a-t-il affirmé. Mme Nahlawi a estimé que ce sont plus de 150 civils qui auraient été tués par les frappes aériennes russes, frappes qui auraient, par ailleurs, aussi permis à l'EI d'avancer de près de 10 kilomètres vers la ville stratégique d'Alep.
Pour M. Houry, « l'Europe ne peut pas détourner les yeux de la Syrie », encore moins aujourd'hui avec les opérations lancées par la Russie. « L'intervention russe est un facteur clé » qui pose question du « message que l'UE va envoyer », a-t-il dit. Il s'est ainsi interrogé sur ce qu'allait faire l'UE au sujet de la protection des civils dans le contexte de l'intervention russe. Selon lui, l'UE n'a pas été suffisamment ferme sur ce sujet. « La question ne concerne pas seulement l'État islamique (car) il faut recentrer la discussion sur les civils », a-t-il poursuivi, en insistant aussi sur le fait que c'est la seule manière de mettre fin au conflit.
Le régime de Bachar el-Assad n'a pas été oublié dans ce débat et Mme Nahlawi a souligné que « si l'Europe veut combattre le terrorisme, elle doit lutter contre sa principale cause: le régime Assad ». Elle a finalement exhorté l'UE à prendre ses « responsabilités et des mesures fermes ». « Le monde a longtemps détourné le regard mais il n'est pas trop tard pour bien faire », a-t-elle conclu. (Camille-Cerise Gessant)