Bruxelles, 22/10/2015 (Agence Europe) - Le parti populaire européen (PPE) a adopté, mercredi 21 octobre à Madrid, lors de son congrès annuel, une résolution sur l'immigration dans laquelle il appelle à mener une politique respectueuse du droit d'asile, mais aussi ferme avec les migrants n'ayant pas vocation à rester dans l'UE. Le PPE souligne l'importance d'améliorer la protection des frontières de l'UE et se prononce aussi pour une révision complète, à terme, du système européen d'asile.
Le PPE rappelle, dans sa résolution, que 500 000 personnes au moins ont traversé la Méditerranée depuis le début de 2015, dont 390 000 en provenance du territoire turc. L'Europe ne peut pas gérer et régler la crise migratoire « toute seule », stipule la résolution, mais uniquement avec ses partenaires internationaux. Le PPE souligne qu'il faut apporter à la crise une réponse cohérente, associant politiques internes et externes, notamment à destination des pays d'origine et de transit.
Le PPE appelle tout d'abord à la mise en oeuvre de l'Agenda européen sur les migrations dont ont découlé deux paquets de propositions (le 27 mai et le 9 septembre) avec comme objectif d'accélérer les procédures d'asile, la mise en oeuvre des mécanismes de retour et l'amélioration des conditions d'accueil des demandeurs d'asile avec l'aide d'EASO et de Frontex, stipule la résolution.
Le PPE demande principalement une action forte sur les frontières externes de l'UE ainsi qu'une révision du système de Dublin. La résolution stipule que l'UE doit renforcer ses contrôles terrestres et en mer et que le mandat de l'agence Frontex doit être élargi à cet effet. Le PPE demande aussi à la Commission de prendre des actions en infraction contre les États membres qui n'assureraient pas leurs obligations de contrôle des frontières extérieures. Sans cette action, l'espace Schengen serait mis en danger, stipule le texte.
Rappelant que la Grèce a reçu 430 millions d'euros du Fonds AMIF sur la période 2007-2013 ainsi que des aides d'urgence supplémentaires et que l'Italie a, elle, reçu 388 millions d'euros, la résolution demande que les États membres sous pression et n'arrivant pas à faire face à la situation migratoire fassent appel à l'UE et aux autres États membres pour que ces missions de contrôles des frontières soient remplies.
En ce qui concerne le système d'asile européen, le PPE demande que soient appliquées les règles minimales actuelles, mais estime qu'une révision complète du système est nécessaire. Le parti conservateur demande ainsi que soient étudiées les demandes d'asile depuis les pays tiers ou bien aux frontières externes de l'UE. La Commission devrait faire des propositions en ce sens. Des 'hotspots' devraient être établis dans les pays tiers (l'idée est en cours d'élaboration dans le cadre du Sommet de La Valette) et une très claire distinction devrait être opérée entre réfugiés potentiels et migrants économiques, passant notamment par une séparation physique de ces catégories de migrants. Sur le règlement de Dublin, la résolution n'appelle pas spécifiquement à une révision de l'instrument, mais suggère à la Commission de réviser les éléments du Paquet Asile où des failles ont été constatées. Pour Joseph Daul, président du PPE, une révision de Dublin est toutefois bien nécessaire, avait-il expliqué quelques jours avant le Congrès.
Cette résolution a été préparée par les ministres de quelques pays (Allemagne, Hongrie, Autriche, Pologne, Espagne, Chypre et Irlande) et doit permettre de nourrir les débats qui s'annoncent, notamment le 9 novembre lors d'une réunion extraordinaire des ministres de la Justice et de l'Intérieur. La Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE veut comprendre pourquoi le démarrage des décisions de relocalisation est aussi lent (guère plus d'une centaine de réfugiés à ce jour ont été relocalisés sur les 160 000 que l'UE a acceptés de prendre en charge). Elle veut aussi demander aux ministres pourquoi les hotspots, notamment grecs, se mettent en place aussi lentement et répondre à un autre phénomène, en l'occurrence, le refus de certains réfugiés potentiels de se faire enregistrer dans ces 'hotspots'. (Solenn Paulic)