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Bulletin Quotidien Europe N° 11403
Sommaire Publication complète Par article 40 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1109

*** CURRY STEPHENSON MALOTT, DEREK R. FORD: Marx, Capital, and Education. Towards a Critical Pedagogy of Becoming. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ), Collection "Narrative, Dialogue, and the Political Production of Meaning", n° 5. 2015, 165 p., 31,20 €. ISBN 978-1-4331-3111-0.

Les commentaires suscités par ce livre dans le milieu académique sont décapants. Un professeur parle d'un livre « écrit par des éducateurs révolutionnaires pour des éducateurs révolutionnaires » ; un autre voit en lui « une arme à utiliser (…) dans la lutte révolutionnaire pour renverser le capitalisme », coupable d'avoir fait de la démocratie et de la justice sociale des « coquilles vides » ; un troisième observe que, « vingt-cinq ans après l'effondrement de l'Union soviétique, les 'dirigeants' mondiaux continuent à favoriser directement ou indirectement la désinformation et la propagande anticommuniste » et se rendent ainsi complices d'une « implacable offensive centrée sur le capital qui dépolitise les personnes », ce professeur d'éducation se félicitant dès lors que les auteurs de ce livre « montrent comment et pourquoi les arrangements politico-économiques existants peuvent et doivent être remplacés par une société et un système économique centrés sur l'humain ». Force est dès lors de constater que, vingt-cinq ans après la chute du rideau de fer, un tel concert de louanges pour deux auteurs ouvertement marxistes provient essentiellement… des États-Unis et, plus largement, du monde anglo-saxon. Comme le chantait naguère Bob Dylan, les temps changent donc, tant il est vrai aussi que les odes au marxisme sont désormais pour le moins inaudibles dans la « nouvelle » Europe.

Il n'en demeure pas moins que l'enthousiasme suscité par cet ouvrage dans le milieu des éducateurs des futurs enseignants mérite qu'on s'y arrête. Comme l'explique le Pr. Peter McLaren dans son avant-propos, ignorer cet ouvrage en raison de ses fondations communistes reviendrait à « perdre une occasion importante d'apprendre ce qu'il faut pour être un guerrier de l'éducation transformatrice dans une guerre mondiale ». Ce serait, en tout cas, perdre une occasion de (mieux) comprendre le combat idéologique qui est à mener aujourd'hui aux yeux des héritiers de Marx. Ce livre invite, en effet, à une plongée dans une vision du monde que d'aucuns jugeront idéologiquement biaisée, mais qui porte néanmoins sur des problèmes dont de plus en plus de citoyens du monde ressentent l'acuité grandissante. Ainsi, lorsque le préfacier - qui est aussi considéré comme l'un des pères de la pédagogie critique, entendez marxiste - fait référence aux efforts des entreprises pour « privatiser l'éducation et la transformer en un sous-secteur de l'économie », ne met-il pas des mots sur une tendance qui, un peu partout dans le monde, provoque un malaise bien au-delà des rangs marxistes ? Le prétendre reviendrait à mentir. Cet ouvrage se veut précisément un mode d'emploi intellectuel, offert à ceux qui se destinent à l'enseignement, en vue d'armer les générations à venir afin de combattre concrètement cette mainmise en leur permettant de devenir des Hommes complets. En réconciliant marxisme et humanisme, Curry Stephenson Malott (professeur adjoint de fondements de l'éducation dans le Département de l'enseignement professionnel et secondaire à l'Université West Chester de Pennsylvanie) et Derek F. Ford (qui participe au Programme d'études sur la justice sociale dans les Collèges Hobart & William Smith) veulent contribuer à l'essor non d'un capitalisme génétiquement modifié, mais bien d'un « nouveau pool génétique de producteurs associés », ce qui ne peut passer que par une action révolutionnaire. Ils entendent s'attaquer de front à un enseignement qui « a sur l'élève un effet similaire à celui que la machine a sur la production de produits » , ce qui conduit selon eux à la création d'une classe de personnes dépendantes passives, incapables de mener leur existence sans échanger leur force de travail contre un salaire.

Voilà qui fleure bon, penseront certains, les vieilles rengaines marxistes d'antan. Ce n'est pas faux. Il serait pourtant sot de ne pas prêter l'oreille à leur dénonciation du capitalisme néolibéral et de l'austérité érigée en veau d'or, par exemple lorsqu'ils assènent: « les taxes sont réduites pour la classe capitaliste ; l'éducation est mise au pain sec puisque les caisses de l'État se dessèchent ; la qualité des programmes se dégrade donc ; le public est donc plus facilement convaincu que le problème de l'éducation est, ironiquement, qu'il manque de concurrence ; la privatisation est présentée comme la seule solution »… N'est-ce point là une évolution que l'on discerne peu ou prou un peu partout dans le monde, y compris dans l'Union ? En réalité, il ne faut pas être marxiste pour discerner plusieurs sources de malaise dans le monde qui est le nôtre aujourd'hui. Et si toutes les médications marxistes prescrites dans ce livre ne seront sans doute pas retenues, au moins les auteurs de ce livre méritent-ils la reconnaissance de ceux qui aspirent à un monde meilleur. Michel Theys

*** LINA DENCIK, PETER WILKIN: Worker Resistance and Media. Challenging Global Corporate Power in the 21st Century. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Global Crises and the Media", n° 18. 2015, 260 p., 33,70 €. ISBN 978-1-4331-2498-3.

Lina Dencik (maître de conférences à l'École de journalisme, de médias et d'études culturelles à l'Université de Cardiff) et Peter Wilkin (lecteur à l'École des sciences sociales à l'Université de Brunei) ont de la mondialisation une vision profondément négative, y voyant la consécration du pouvoir des entreprises mondiales et du déclin des mouvements syndicaux. A leurs yeux, les médias ont largement contribué à cette évolution, s'étant révélé être au fil des décennies passées « un élément de répression et de contrôle social ». Dans cet ouvrage, ils cherchent à voir si les mouvements représentatifs des travailleurs peuvent mettre à profit les nouveaux médias liés à Internet afin de contrecarrer la domination des grandes entreprises et, mieux, de changer la nature du capitalisme mondial et de ses complices à la tête des États. Au fil des huit chapitres, ils donnent un aperçu schématique du développement des forces syndicales depuis le milieu du XIXème siècle jusqu'à Mai 1968, ce moment-charnière donnant ensuite naissance à l'économie digitale qui bouleverse tout à la fois le monde des entreprises et les États nationaux, en particulier lorsque le néolibéralisme s'impose comme pensée unique. Les auteurs analysent ensuite l'influence que les médias sociaux ont eu sur les syndicats et, plus largement, sur des organisations représentatives de la société civile, s'attardant notamment sur des phénomènes tels que les printemps arabes, le mouvement Occupy Wall Street et les rebelles du parc Gezi à Istanbul. Ils s'emploient enfin à tirer les leçons de trois mouvements de protestation contre les conditions de l'emploi. Dans leurs conclusions, ils s'intéressent notamment au rôle que pourraient jouer les hackers afin d'empêcher que les entreprises et les États ne prennent le contrôle du monde digital. (MT)

*** NIKOS INGLESSIS: La révolution du Grexit. Le projet de retour à la drachme, la dette effacée et le développement économique. Editions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). Collection « Politique ». 2015, 253 p., 12 €. ISBN 978-960-1429-69-4.

Économiste et journaliste, Nikos Inglessis traite notamment, dans cet ouvrage, des questions liées au budget de l'État, à la politique fiscale, à la dette publique et à la politique budgétaire. Il le fait en prenant parti pour le retour à la drachme, pensant que l'introduction d'une nouvelle monnaie nationale permettrait d'accroître la liquidité de l'économie et de financer l'investissement productif. L'État pourrait aussi, de la sorte, cesser d'emprunter à l'étranger, ce qui lui éviterait de créer de nouvelles dettes et d'avoir à payer des intérêts supplémentaires. Le retour à une monnaie nationale ferait également que personne ne perdrait ses biens et son argent, qu'il y aurait de l'inflation et pas de dévaluation, que le chômage diminuerait grâce aux nouveaux investissements et que les salaires et les pensions augmenteraient progressivement. Pour l'auteur, il existe deux moyens pour conquérir et asservir une nation: l'épée et la dette. La deuxième arme est la plus efficace parce que, tout au moins au début, elle n'est pas visible pour la population asservie. Et l'auteur d'expliquer que les conquérants apparaissent alors comme des partenaires qui veulent aider, baptisant leurs prêts onéreux "d'aide", leur raid fiscal "d'ajustement budgétaire", les réductions des salaires et des retraites "de réformes". Et, au final, un haut-commissariat - la Troïka - prend en charge la gouvernance du pays « aidé » avec comme première tâche de recueillir les taxes de la vassalité du peuple, c'est-à-dire l'intérêt sur les prêts. (AKa)

*** GEORGE KARAMBELIAS: Les six mois qui ont secoué la Grèce. De janvier à juillet 2015. Editions Enallaktikes Ekdoseis (37 rue Themistokleous, GR-10683 Athènes. Tél.: (30-210) 3826319 - fax: 3839930 - Courriel: ardin@hol.gr - Internet: enalekdoseis.net). 2015, 272 p., 16 €. ISBN 978-960-427165-8.

Pendant cinq ans et particulièrement au cours du premier semestre de cette année, les Grecs ont essayé tous les moyens et les combinaisons politiques possibles pour résoudre la crise aigüe qui les frappe et va s'aggravant sans cesse. Dans cet ouvrage, l'économiste George Karambelias, éditorialiste dans plusieurs titres de la presse écrite depuis plus de quarante ans, décrit les tours et les détours de ce grand voyage en en cherchant les divers responsables. Il y a, bien sûr, les responsabilités du monde politique, celles de la gauche en particulier, mais aussi la contamination de l'ensemble des corps populaires et des services de l'État. Cependant, insiste l'auteur, il ne faut pas oublier que le peuple grec, même au cœur de la décadence d'après-guerre, n'a jamais cessé de démontrer qu'il possédait un gène de résistance forte, ce qui a encore été le cas ces derniers mois et années. Le canaliser dans une direction positive et créative pourrait donc être la base d'un grand sursaut du pays, le défi étant désormais de veiller à ce qu'il aille dans ce sens plutôt que de verser dans le nihilisme destructeur. D'où cette question qui sert de fil rouge à l'ouvrage: comment, en oubliant les politiciens aventuriers et en tirant les leçons de l'expérience endurée, le peuple grec peut-il se transformer de façon créative et, en tournant le dos à l'intégration parasite dans l'Europe occidentale, parvenir à développer un projet endogène de modernisation en veillant, bien sûr, à ne pas livrer le pays à la Charybde néo-ottomane qui, elle, attend avec impatience ? (AKa)

*** MICHALIS MITSOPOULOS, THEDOROS PELAGIDIS: Comprendre la crise en Grèce. Éditions Psichogios (121 rue Tatoiou, GR-14452 Metamorfosi. Tél.: (30-210) 2804800 - fax: 2819550 - Courriel: info@psichogios.gr - Internet: http://www.psichogios.gr ). 2015, 496 p., 16,60 €. ISBN 978-960-496647-9.

Au cours des dernières années, l'économie grecque n'a cessé d'être un objet de débats constants au sein des instances économiques internationales. Les auteurs de ce livre analysent les défis économiques auxquels la Grèce fait face, en apportant notamment des réponses à la question de savoir comment et pourquoi une économie forte pouvait très vite se retrouver au bord d'une rupture totale. Michalis Mitsopoulos, professeur à l'Université d'économie d'Athènes et à l'Université du Pirée qui a également travaillé comme conseiller ministériel sur les questions économiques, et Théodoros Pelagidis, professeur d'analyse économique à l'Université du Pirée, s'intéressent aussi aux erreurs commises par le système politico-économique grec, au rôle joué par des groupes d'intérêt puissants, aux divers dysfonctionnements des marchés et à la mise en œuvre du programme de soutien du Fonds monétaire international. Ils décrivent comment des politiques inadaptées la corruption ont conduit la nation à la faillite, ainsi que la manière dont le pays pourrait sortir du trou. Cette étude analyse aussi le rôle des médias, perçus comme un obstacle aux réformes, la fonction publique voulue comme une proie pour les groupes d'intérêt, la corruption, et bien d'autres travers qui ont conduit la Grèce où elle est. (AKa)

*** DIMITRIOS XENAKIS (sous la dir.de): Crise en Europe et en Grèce. Les dilemmes et les options. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 149 p., 9,59 €. ISBN 978-960-02-2900-4.

Dans le contexte politique et économique extrêmement fragile que connaît aujourd'hui l'Union européenne, il est importantissime pour la Grèce de prouver qu'elle est fiable et qu'elle peut prévenir le risque d'une faillite incontrôlée du pays. Le présent recueil met en évidence la manière dont l'incapacité de l'Union économique et monétaire à établir un cadre unique pour la politique économique et monétaire de la zone euro, combinée à la vulnérabilité de la Grèce et à son manque de discipline budgétaire, a conduit le pays à l'effondrement économique tout en provoquant la dérive de l'Europe vers le nationalisme économique. Le livre contient des interventions formulées par quatorze universitaires, la plupart experts en économie et ayant souvent joué un rôle dans les gouvernements, lors de conférences organisées par le Centre pour la Recherche progressiste. "Europe: intégration ou désintégration ?", "Euro et la Grèce: dilemmes et options", "Crise de la zone euro et la mondialisation" sont quelques-uns des thèmes abordés par ces spécialistes qui ont voulu ainsi contribuer de façon constructive au débat public et favoriser le réflexe européen dans le pays.

(AKa)

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