Bruxelles, 05/10/2015 (Agence Europe) - L'initiative de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE d'organiser, pour la première fois, une réunion informelle des dix-neuf ministres de l'Emploi de la zone euro, lundi 5 octobre à Luxembourg, n'a pas convaincu tout le monde, que ce soit parmi ses participants ou les neuf États membres non conviés.
L'objectif de cette réunion à composition restreinte, présidée par deux ministres luxembourgeois, l'un en charge du Travail, Nicolas Schmit, et l'autre de la Sécurité sociale, Romain Schneider, a été de discuter du renforcement de la dimension sociale dans la gouvernance de l'Union économique et monétaire (UEM) et d'évaluer la plus-value d'une telle formation nommée de manière informelle 'l'Eurogroupe social'.
Si l'idée en a séduit certains, la France comptant ici parmi les plus fervents partisans aux côtés de l'Italie et de l'Allemagne, d'autres n'ont pas caché leur réticence, voire une certaine rancune. Ce constat d'un semi-échec a été admis par M. Schmit, lorsqu'il a affirmé, lors d'une conférence de presse à la mi-journée, qu'« il n'y a pas eu que des applaudissements, mais aussi des critiques ». Et ces critiques sont venues de tous bords. Il y a eu naturellement les États membres exclus de ce processus, surtout le Danemark, mais aussi la Pologne, la République tchèque, la Suède, le Royaume-Uni et la Bulgarie, qui ont marqué leur désaccord, notamment sous la forme d'une lettre. Ils ont signalé aussi leur mécontentement à Luxembourg, après que la Présidence du Conseil les avait informés des discussions de cet 'Eurogroupe social' au début de la réunion formelle du Conseil consacrée à l'Emploi et aux Politiques sociales (EPSCO).
Souhaitant justement éviter de froisser la sensibilité de certains, plusieurs délégations ont souligné, lors de cette réunion à Dix-neuf, la prudence qui devrait s'imposer pour de ne pas créer un processus décisionnel parallèle qui exclurait les États non membres de la zone euro. Si cet exercice devait se reproduire, il faudrait inviter les États ne partageant pas la monnaie commune à y participer sur une base volontaire, ont-elles proposé. Toutefois, d'autres délégations, comme celles des pays baltes, mais en particulier la finlandaise, ont souhaité immédiatement fermer la porte à l'idée de reproduire un tel exercice, estimant que les politiques sociales doivent être débattues par l'ensemble des États membres de l'UE et souhaitant garder ainsi les instruments et structures existants.
Face à une telle hostilité de certains, M. Schmit a pourtant fait preuve d'un peu d'optimisme quant au fait que son initiative n'est pas mort-née. « Nous ne sommes pas unis sur ce format des ministres EPSCO de la zone euro, mais la discussion a été fructueuse et nous devrions la reprendre de temps en temps pour rendre à la zone euro sa dimension sociale qui ne ressort pas », a-t-il dit. Face aux critiques, il a répondu qu'un tel format de rencontre ne visera jamais à en faire « un organe de décision ». Si « l'harmonisation sociale n'est pas l'objectif recherché », mais plutôt la « convergence », il a surtout insisté sur la nécessité de « créer un équilibre avec nos contributions » et celles des ministres des Finances de l'Eurogroupe, « sinon il n'y aura pas de dimension sociale de l'UEM du tout ». (Jan Kordys)