Bruxelles, 16/06/2015 (Agence Europe) - Il reste moins de deux semaines pour trouver un accord avec la Grèce qui permettra à l'Eurozone de reprendre ses versements, faute de quoi la validité des fonds expirera le 30 juin. Aucune extension du programme n'est à ce stade discutée.
Personne ne semblait vraiment savoir, mardi 16 juin, comment, quand et où un accord pourra être trouvé, la Grèce et ses partenaires ne semblant même pas d'accord sur le cénacle dans lequel ce dossier doit être réglé. Ainsi, la presse s'est faite l'écho d'affirmations contradictoires sur la possible tenue d'un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro, dimanche 21 juin.
Une cacophonie constatée par EUROPE à travers ses propres contacts. Ainsi, une source affirmait que les Grecs étaient bien les seuls à compter sur la possibilité d'une discussion au plus haut niveau politique, ce week-end. D'autres sources conseillaient en revanche de ne rien prévoir dimanche, au cas où le spectre d'un sommet d'urgence surgirait. Seul le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, peut être celui qui cède sur la question des retraites, soulignait-on, du côté de l'Eurozone.
Les attentes concernant l'Eurogroupe, qui se tiendra jeudi 18 juin à Luxembourg, sont faibles même si son issue déterminera si un sommet de la zone euro sera nécessaire ou non. Mardi, la Commission s'est montrée disponible au cas où les Grecs voudraient présenter d'ici là de nouvelles propositions. Néanmoins, en l'absence de nouvelles évolutions de ce genre, elle ne pouvait rien dire de plus.
L'Eurogroupe n'est « pas l'endroit où l'on peut présenter des positions ou des propositions qui n'ont pas été auparavant discutées et négociées à un niveau inférieur », a déclaré Yanis Varoufakis, ministre grec des Finances. Après avoir déclaré attendre que les créanciers accèdent au réalisme, M. Tsipras en a remis une couche, mardi. « La situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui est que les positions du FMI prévalent lorsqu'il s'agit de la rigueur des mesures d'austérité demandées et, en même temps, les positions de l'UE prévalent lorsqu'il s'agit du refus de toute discussion sur la viabilité de la dette grecque », a-t-il souligné devant le parlement national. Plus tard, devant le parti Syriza dont il est le leader, il a estimé que le FMI portait une responsabilité criminelle pour la situation actuelle.
Selon des sources grecques, l'échec des discussions du week-end est dû au fait que leurs interlocuteurs n'avaient pas de mandat de négociation (EUROPE 11335). Du côté des 'institutions' créancières d'Athènes, on rétorque que les discussions ont été courtes car il n'y avait « rien » à discuter.
Côté grec, on fait savoir qu'il n'y aurait pas de désaccord avec les 'institutions' sur le trou budgétaire pour 2015. Les discussions se seraient concentrées sur l'effort budgétaire requis pour 2016, pour lequel des mesures facilement quantifiables (ex: augmentation des taxes) seraient requises. Les 'institutions' estiment à 2,5% du PIB le manque à gagner budgétaire pour 2016 alors que le gouvernement grec anticipe un trou de 1,65%. Selon les mêmes sources grecques, le compromis proposé par Athènes contiendrait des mesures équivalentes à 2% du PIB.
Pour combler la différence entre les estimations des 'institutions' et les propositions grecques, Athènes aurait proposé d'avoir recours à des mesures administratives déjà proposées (lutte contre l'évasion fiscale, par exemple) ou demandé plus de souplesse de la part des 'institutions'. Celles-ci « ont refusé d'autoriser toute mesure administrative pour aider à clore le trou budgétaire en avançant l'argument que celles-ci sont incertaines, ce qui est plutôt extraordinaire puisque 500 millions d'euros ont déjà été collectés grâce au nouveau régime de régularisation des arriérés fiscaux », a expliqué cette source grecque.
Selon un document publié par le Financial Times, la Commission européenne et la BCE estimeraient que des économies de l'ordre de 200 millions d'euros seraient possibles en 2016 en réduisant les dépenses du ministère de la Défense.
Quant à la question épineuse de la dette grecque, le chancelier autrichien, Werner Faymann, a déclaré au journal autrichien Oesterreich en amont d'une visite à Athènes, que la Grèce devrait se voir octroyer une sorte de moratoire sur le remboursement de la dette assorti des conditions strictes. Tout accord devrait contenir des mesures d'économie et des réformes tout en rendant l'investissement possible, a-t-il ajouté.
Les Grecs n'ont par ailleurs pas encore fait de demande officielle pour une nouvelle extension du programme. Les fonds restants perdront leur validité le 30 juin si aucun accord n'est marqué d'ici là. Une source proche des négociations anticipait la possibilité d'un Eurogroupe extraordinaire avant la fin du mois. Une autre source prévenait en revanche que, sans nouvelle proposition des Grecs, il n'y aurait pas beaucoup d'appétit pour étendre le programme chez les partenaires de la Grèce.
Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung rapportait quant à lui qu'un 'plan B' prévoyant un contrôle du mouvement des capitaux était en train d'être élaboré par les 'institutions' si un accord n'est pas trouvé à l'Eurogroupe, jeudi. Depuis Vilnius, le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis a jugé normal le fait que les États de la zone euro évoquaient les possibles implications de scénarios moins favorables pour la Grèce. Ce fut le cas entre directeurs du Trésor, la semaine dernière.
Comme un ballon d'oxygène face à la résistance des factions les plus intransigeantes de son propre parti, M. Tsipras a reçu le soutien, mardi, des chefs d'opposition des partis Pasok et To Potami, le dernier se disant prêt à voter tout accord atteint avec les créanciers. En début de semaine, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s'était d'ailleurs entretenu par téléphone avec le dirigeant de To Potami, et celui de la Nouvelle Démocratie, l'ancien Premier ministre Antonis Samaras. Selon les sondages, le peuple grec semble également préférer un accord difficile à une sortie de leur pays de la zone euro, ou 'Grexit. (Elodie Lamer)