Bruxelles, 01/06/2015 (Agence Europe) - L'Allemagne et la France sont disposées à examiner la proposition de mécanisme temporaire de relocalisation à l'échelle de l'UE pour les demandeurs d'asile.
De l'avis des ministres allemand et français de l'Intérieur, la crise « exceptionnelle » en Méditerranée et ses conséquences sur les pays en première ligne particulièrement affectés par le flux croissant de migrants appellent une réponse à l'échelle de l'Union européenne « fondée sur les principes de responsabilité, de solidarité et en répartissant plus équitablement les efforts » entre États membres.
Rappelant que cinq États membres (France, Allemagne, Suède, Italie, Hongrie) accueillent « 75% des demandeurs d'asile », M. Thomas de Maizière et M. Bernard Cazeneuve se disent disposés à « examiner la proposition de la Commission sur un mécanisme temporaire de relocalisation à l'échelle de l'UE pour les demandeurs d'asile en besoin manifeste de protection selon une clef de répartition agréée et équitable ». Selon eux, « cette clef de répartition devra avant tout mieux prendre en compte les efforts déjà effectués par les États membres au regard de la protection internationale et d'autres formes d'assistance déjà mises en place, telles que l'admission humanitaire ».
Dans un communiqué conjoint publié lundi 1er juin, les deux ministres insistent sur la nécessité d'élaborer un mécanisme « temporaire et exceptionnel » tenant compte de « principes d'égale importance: la responsabilité et la solidarité », équilibre qui, d'après eux, « n'est pas encore atteint » dans la proposition (EUROPE 11322). Et d'insister: « une solidarité accrue n'est possible que si tous les États membres de première entrée responsables des frontières extérieures de l'UE prennent, avec le soutien du budget européen, toutes les mesures juridiques et financières nécessaires pour renforcer la surveillance des frontières extérieures ».
L'Allemagne et la France prônent donc le mécanisme de relocalisation suivant: - les migrants arrivant dans les pays de première entrée devront être dirigés vers des centres d'attente ('hotspots') situés à proximité des points de débarquement ; - il y sera procédé, avec le soutien du Bureau européen d'appui à l'asile, à l'identification et à l'enregistrement des migrants selon les règles européennes en vigueur, ces derniers faisant ensuite l'objet d'une procédure adaptée à leur situation ; - une partie des demandeurs d'asile en besoin manifeste de protection sera relocalisée dans les autres États membres, selon la clef de répartition agréée ; - les migrants irréguliers devront rapidement faire l'objet de mesures de retour ou d'éloignement, avec notamment un soutien « étendu » de l'agence Frontex et de contacts « renforcés » avec les pays d'origine ; - la situation des migrants n'appartenant à aucune de ces deux catégories sera examinée dans le cadre des procédures de droit commun de l'asile, dans les pays de première entrée.
Mesures spécifiques aux ressortissants des Balkans. Paris et Berlin demandent également que soient prises des mesures inscrites dans le cadre du mécanisme de suivi post-libéralisation des visas avec les Balkans occidentaux. « Des abus manifestes en cette matière ne doivent pas créer de charges excessives sur les systèmes d'asile des États membres, ni les déstabiliser. Il est inacceptable que de telles situations retardent l'attribution de la protection internationale aux personnes ayant réellement besoin d'en bénéficier », soulignent les deux pays, pour qui il est « indispensable » de prévoir une « suspension temporaire de la libéralisation des visas en cas de nécessité impérieuse ».
Interrogée sur cette prise de position commune, la Commission européenne s'est réjouie du fait que l'Allemagne et la France agissent de concert et soutiennent une réponse européenne à la crise migratoire fondée sur les principes de responsabilité et de solidarité. Le mécanisme suggéré n'entrera pas en vigueur tant que le Conseil ne l'aura pas adopté, a-t-elle indiqué. Les ministres européens compétents se pencheront sur ce dossier lors de leur réunion des 15 et 16 juin à Luxembourg. (Mathieu Bion)