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Bulletin Quotidien Europe N° 11325
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) russie

Les Européens dénoncent la « liste noire » de Moscou

Bruxelles, 01/06/2015 (Agence Europe) - Les Européens ont dénoncé, samedi 30 et dimanche 31 mai, la 'liste noire' émise par les autorités russes qui interdit l'accès au territoire russe à 89 hommes politiques européens de 15 pays de l'UE.

Parmi eux, se trouvent 17 députés européens, dont l'ancien président du Parlement européen, Jerzy Buzek (PPE, polonais), le président du groupe ADLE, Guy Verhofstadt (belge), la présidente de la sous-commission « sécurité et défense », Anna Elzbieta Fotyga (polonaise), ou encore la co-présidente du groupe Verts/ALE, Rebecca Harms (allemande). Plusieurs anciens députés européens sont aussi sanctionnés, tout comme l'ancien commissaire à la Politique de voisinage, le Tchèque Stefan Füle.

Le président du Comité économique et social européen (CESE), seul président en exercice d'une institution européenne sanctionné, Henri Malosse (français), s'est demandé s'il s'agissait d'une coïncidence qu'il soit le seul président en fonction concerné alors que son institution est celle qui représente la société civile.

Depuis plusieurs mois, plusieurs hommes politiques européens se sont vus refuser l'entrée en Russie, sous motif qu'ils étaient inscrits sur une 'liste d'arrêt' confidentielle. L'UE, les États membres et des citoyens européens concernés avaient appelé, chaque fois après s'être vus refuser l'entrée sur le territoire de la Fédération de Russie, à la publication de cette liste. La liste a finalement été transmise par les autorités russes à des diplomates européens, dont certains ont décidé de la rendre publique.

Une mesure arbitraire et injustifiée

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, s'est dit « consterné » par les rapports concernant cette liste noire. « Il est inacceptable que cela diminue encore la confiance mutuelle et entrave tous les efforts pour un dialogue constructif pour trouver une solution pacifique et durable à la crise géopolitique actuelle », a-t-il ajouté. Il a expliqué que l'institution qu'il préside n'avait pas été officiellement notifiée du fait que ses membres étaient la cible de telles sanctions. « Une fois de plus, je demande aux autorités russes de garantir la transparence de leurs décisions, en conformité avec le droit international et les obligations légales, permettant aux personnes ciblées de se défendre et d'introduire des recours », a ajouté M. Schulz.

« Nous considérons cette mesure comme totalement arbitraire et injustifiée, en particulier en l'absence d'une quelconque précision supplémentaire ou transparence », a souligné la porte-parole de la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Maja Kocijancic. Elle a précisé ne pas disposer « d'autres informations sur la base juridique, les critères et le processus de cette décision ».

« La moindre des choses aurait été que l'on fasse connaître aux personnes concernées les réserves qui les concernent réellement, ou au moins que l'on rende une telle liste publique », a pour sa part déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. La liste « n'est pas fondée sur le droit international, n'est pas transparente et il est impossible de la contester » devant un tribunal, a souligné le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte.

Le Parlement réfléchit à des mesures

Mme Kocijancic a affirmé que le Service européen d'action extérieure (SEAE) était en contact « étroit » avec les États membres dont les citoyens étaient concernés par cette interdiction d'entrée sur le territoire russe, ainsi qu'avec les autorités russes mêmes.

Le président du Parlement européen a annoncé qu'il devait s'entretenir, le 1er juin, avec l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov. « En cas de réponses insatisfaisantes, je me réserve le droit de prendre des mesures appropriées en réponse », a-t-il ajouté. Les députées du groupe des Verts, Mme Harms et Heidi Hautala (finlandaise), cette dernière se trouvant sur la liste, ont souhaité que la situation soit débattue lors de la prochaine session plénière du Parlement européen, qui se déroulera du 8 au 11 juin. « Le groupe des Verts /ALE a appelé à un débat au Parlement européen sur les conséquences de cette liste. (…) Les députés doivent déterminer si et comment un dialogue avec le Parlement russe est possible dans ces conditions », ont-elles expliqué dans un communiqué. Il était déjà prévu que les députés débattent sur le rapport de Gabrielius Landsbergis (PPE, lituanien) sur l'« état des lieux des relations entre l'Union européenne et la Russie ».

Moscou dénonce l'« absurdité » des Européens

Le 1er juin, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé l'absurdité de l'indignation des pays de l'UE. « Je suis même gêné pour expliquer l'absurdité (...) d'une telle logique », a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Selon lui, les mesures décidées par la Russie sont « proportionnées et le sont même plus que les sanctions unilatérales de l'UE ». « Ces sanctions concernent des personnalités qui ont activement soutenu un coup d'État, à la suite duquel les Russes en Ukraine ont subi des persécutions et des discriminations », a-t-il ajouté.

De son côté, l'UE a sanctionné 151 personnes en lien avec la crise russo-ukrainienne. Chaque mesure restrictive européenne se fonde sur des normes juridiques. (Camille-Cerise Gessant)

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