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Bulletin Quotidien Europe N° 11250
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Grèce et la zone euro: un vrai mariage est-il encore possible ?

Effort réciproque. Demander à la Grèce de respecter ses engagements est nécessaire, mais pas suffisant ; il faut aussi prendre en considération son histoire, sa civilisation ultra millénaire, ses anomalies.

De son côté, la Grèce doit comprendre que les autres États membres de la zone euro ne sont pas actuellement en mesure d'assumer ses dettes. Ce que les autorités grecques demandent est irréaliste, et leur idée de demander à l'Allemagne des indemnités de guerre (estimées par Syriza à 162 milliards d'euros, la moitié de la dette grecque actuelle) est politiquement maladroit et juridiquement inepte, car, en son temps, Athènes avait renoncé formellement, comme tous les autres pays, à toute demande dans ce sens.

Responsabilité partagée. À présent, la recherche de compromis raisonnables doit tenir compte du partage des responsabilités initiales lors de l'entrée de la Grèce dans la zone euro. Les autres pays candidats de l'époque et les institutions de l'UE n'auraient pas dû appuyer cette candidature et, plus tard, face aux conséquences de l'erreur initiale, il aurait été nécessaire de négocier la sortie grecque de la monnaie unique dès les premières insolvabilités (en faisant confiance aux juristes pour qu'ils élaborent les formules appropriées pour rendre cette issue possible).

Erreur de départ. Pourquoi la Grèce n'aurait-elle jamais dû entrer dans la zone euro ? Pour son propre bien: parce que son histoire, sa structure et son fonctionnement n'y étaient pas adaptés, d'un double point de vue: a) les citoyens les plus riches, c'est-à-dire les célèbres armateurs actifs dans le monde entier, n'étaient soumis à aucun impôt national ; b) le régime fiscal de l'Église orthodoxe était le même, alors que sa richesse correspond à peu près à la dette globale du pays.

L'entrée dans la zone euro avait contribué à multiplier les difficultés. Plusieurs personnalités politiques promettaient des emplois publics inutiles à ceux qui leur garantissaient leur vote ; la radio et la télévision ERT étaient trop généreuses, etc. On pourrait résumer: il s'agit de questions nationales, dans lesquelles ni l'UE comme ensemble ni les autres États membres n'avaient à intervenir. En principe oui, mais si on demande de l'argent aux autres pays membres, ils ont au moins le droit de connaître la situation réelle…

Difficultés budgétaires pour tous. Certes, les forces politiques grecques actuelles ne sont pas responsables des erreurs et des dépenses précédentes, mais le pays en tant que tel est bien obligé de faire face à la situation. D'ailleurs, la dette globale a continué à gonfler, bien que les autres États membres aient accepté à plusieurs reprises de la réduire; on ne peut pas prétendre que ces pays continuent à financer cette dette, compte tenu notamment des difficultés budgétaires de la plupart d'entre eux.

Sortie compliquée. La solution réside-t-elle alors dans la sortie de la Grèce de la zone euro ? Simple à dire, très difficile à réaliser. Dans un entretien accordé à une télévision italienne, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a expliqué que le problème de la dette de son pays se situe dans le cadre général du rejet de la politique d'austérité dans la zone euro en général: « L'euro est comme un château de cartes ; si vous retirez la carte grecque, les autres s'effondrent. » Opinion pas toujours partagée, surtout par les pays déjà en difficulté, qui ne cachent pas leur manque d'enthousiasme pour des mesures qui aggraveraient leurs déficits budgétaires nationaux. En outre, de manière non officielle, l'inefficacité de certains aspects de la gestion grecque de son budget d'État, surtout en matière fiscale, est soulignée.

La Grèce immortelle. Quelles que soient toutefois les difficultés de la Grèce, comment l'Europe et le monde pourraient-ils oublier ce qu'ils doivent à cette civilisation, ce qu'elle représente pour l'humanité ? Pour Dante Alighieri, Ulysse est l'homme qui a conduit l'humanité vers la connaissance du monde ; Lord Byron est mort pour la Grèce ; pendant des siècles, des millénaires, la culture grecque a illuminé notre planète.

Aujourd'hui, c'est la Grèce qui doit choisir. Si elle souhaite rester dans la zone euro, elle doit accepter et respecter ses règles, en tenant compte du fait que le fonctionnement de l'Europe unie implique une progressive cession des souverainetés nationales à l'UE. La sortie de la zone euro devrait être demandée par la Grèce elle-même ; elle resterait bien entendu dans l'UE, quelles que soient les complications juridiques. (Ferdinando Riccardi)

 

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