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Bulletin Quotidien Europe N° 11246
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) finances

Revitalisation de la titrisation, Finance Watch pose ses conditions

Bruxelles, 04/02/2015 (Agence Europe) - L'organisation Finance Watch n'est pas opposée par principe à un recours accru à la technique de titrisation afin de stimuler l'octroi de crédits en Europe à condition que les risques systémiques associés soient dûment traités. Elle est surtout d'avis que le tranchage ('tranching') ne devrait pas faire partie de critères permettant de définir des produits titrisés de qualité optimale.

« Est-ce que le tranchage devrait caractériser une titrisation de bonne qualité ? Nous pensons que non », a déclaré Frédéric Hache, analyste politique à Finance Watch, mercredi 4 février, lors d'une conférence organisée par l'organisation chargée de défendre l'intérêt général face à l'industrie financière. Selon lui, le tranchage de produits titrisés comporte des risques: il peut attirer des investisseurs non qualifiés, être source de pro-cyclicité et générer des conflits d'intérêt entre détenteurs de tranches distinctes.

Pour Finance Watch, le législateur européen doit donc promouvoir une titrisation incluant le moins d'intermédiaires possible et agréger ('pooling') les produits titrisés au lieu de les trancher. Seules des structures simples de titrisations devraient alors bénéficier d'un traitement préférentiel d'un point de vue prudentiel.

La titrisation permet de rendre liquides des actifs qui ne le sont pas à l'origine. Avec cette technique, une entreprise ou une banque transforme des portefeuilles de créances en titres et peut les revendre via un véhicule spécifique à d'autres investisseurs sous forme de tranches de dettes de séniorité différente (une tranche de dette 'senior' est remboursée en premier, mais est moins rémunératrice en termes de taux d'intérêt perçu). La titrisation améliore la liquidité financière et allège les obligations en capital des banques qui sont alors théoriquement en mesure d'octroyer davantage de crédits à l'économie réelle. Problème: la titrisation peut aussi conduire à accroître l'opacité, les investisseurs n'étant pas toujours conscients des risques sous-jacents associés aux produits titrisés qu'ils acquièrent, surtout si la chaîne d'intermédiation est longue.

« Si vous essayez d'avoir de la titrisation sans tranchage, il n'y aura plus aucune titrisation ! », a prédit Richard Hopkin au nom d'AFME qui représente les intérêts de grandes institutions financières internationales. Vantant la meilleure performance des marchés de la tritisation en Europe par rapport aux marchés américains (taux de défauts inférieurs, volatilité moindre), il a estimé que la titrisation devait jouer « un rôle clé » dans l'avenir des marchés financiers en Europe, tout en reconnaissant que cette technique n'était « pas la baguette magique » qui réglerait tous les problèmes de financement de l'économie.

Dans le Livre vert sur l'union des marchés de capitaux qu'elle présentera mercredi 18 février, la Commission européenne souhaite recueillir l'avis des parties prenantes sur la façon de revitaliser la titrisation en Europe en tirant les leçons des erreurs du passé, la titrisation à grande échelle des crédits hypothécaires à risques ('subprime') ayant contribué à propager la crise financière née aux États-Unis (EUROPE 11243).

Le débat au niveau européen porte sur la définition de critères qualitatifs à appliquer pour distinguer les produits titrisés qui seraient de qualité suffisamment élevée pour ne pas poser de risque systémique. La consultation de la Commission portera sur les produits titrisés simples et suffisamment transparents pour permettre aux investisseurs de connaître le détail de chaque tranche de titres qu'ils acquièrent.

« Les produits titrisés les plus transparents, simples et standardisés peuvent aider à alléger les bilans de façon à ce que les banques puissent prêter aux ménages et aux entreprises. Nous n'avons pas l'intention de revenir aux pratiques malsaines du passé », a déclaré le commissaire aux Services financiers, Jonathan Hill, en conclusion de la conférence. Il a promis de maintenir la porte délibérément « fermée » aux produits titrisés excessivement « opaques, complexes et risqués ». Si le niveau de tritisation de créances de PME revenait à la moitié de celui de 2007 en Europe, « environ 20 milliards d'euros de financement additionnel » seraient libérés, a-t-il estimé. Conscient des inquiétudes de Finance Watch vis-à-vis des risques potentiels liés à la titrisation, il a prôné la vigilance à travers des obligations de transparence inscrites dans la proposition de règlement 'SFT' encadrant les opérations de financement sur titres. « Ce règlement améliorera la transparence de manière à ce que les investisseurs et les régulateurs comprennent comment et où de telles transactions sont utilisées, nous permettant d'agir », a indiqué M. Hill.

En revanche, les parties prenantes tendent à marquer un accord sur le fait que la titrisation n'est pas la panacée pour remédier à la fragmentation des conditions de crédit au sein de la zone euro.

Un représentant de l'Union européenne de l'artisanat et des petites et moyennes entreprises (UEAPME) s'est, par ailleurs, dit « sceptique » en ce qui concerne le principe même de la titrisation en raison des coûts qu'elle implique pour les entreprises. La titrisation peut être un outil complémentaire pour affronter les problèmes de financement des entreprises « s'il y a un soutien public » pour y participer, mais elle ne doit pas constituer un plan commercial ('business model') à long terme, a-t-il considéré. (MB)

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