Bruxelles, 04/12/2014 (Agence Europe) - Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a affirmé le soutien de l'UE à la Bulgarie en matière de sécurité énergétique et à propos du projet de gazoduc South Stream, lors d'une réunion avec le Premier ministre, Boyko Borissov, jeudi 4 décembre à Bruxelles.
« L'énergie est un sujet de préoccupation commun à tous les Européens. La Bulgarie n'est pas seule, l'UE est avec elle en cette période difficile. Nous voulons que l'énergie circule en Bulgarie et dans l'ensemble de l'Europe et nous n'accepterons aucune forme de chantage sur l'énergie », a insisté M. Juncker, après la réunion. Le chef de l'exécutif européen a promis de travailler en étroite collaboration avec Sofia sur son plan d'investissement « pour s'assurer que les interconnexions énergétiques en seront un élément clé ».
Sur South Stream, « l'UE et la Bulgarie continuent d'oeuvrer ensemble pour résoudre les questions juridiques en suspens, qui ne sont pas insurmontables », a ajouté M. Juncker. « Avec Boyko, nous trouverons une solution, ensemble. South Stream peut être construit. Les conditions sont claires depuis longtemps. Il n'y a rien de neuf. La balle est dans le camp de la Russie », a insisté le chef de l'exécutif européen. « Je n'accepte pas l'idée que la Bulgarie puisse faire l'objet d'un chantage. La Bulgarie n'est pas un facteur d'ajustement dans les relations entre la Russie et l'UE », a-t-il ajouté.
Sofia n'a reçu aucune notification formelle russe de l'abandon du projet South Stream, a précisé M. Borissov. Le Premier ministre bulgare a déploré que, dans les propos du président russe, Vladimir Poutine, en visite à Ankara, lundi 1er décembre, la Bulgarie ait été « le seul État mentionné comme une partie problématique du projet South Stream ». « Ce n'est pas correct. La Commission négocie au nom des six États membres qui sont sur la route de South Stream. En outre, les opérations de préparation n'ont pas été suspendues, comme la délivrance du permis », a-t-il expliqué. M. Borissov a aussi jugé « prématurées » les annonces des dirigeants russes et turcs en début de semaine à Ankara, alors que les ministres européens de l'Énergie doivent discuter de ce dossier lors d'une réunion le 9 décembre à Bruxelles. « Nous sommes pour South Stream, mais nous voulons que le projet soit construit en conformité avec les règles de l'UE », a-t-il conclu.
Mercredi, l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, a laissé entendre que Moscou est « prête à négocier » avec certains des pays parties prenantes au projet South Stream pour les inclure dans le tracé d'un éventuel autre projet de gazoduc, en excluant toutefois la Bulgarie, considérée un « partenaire non fiable ». La Serbie, la Hongrie et l'Autriche sont citées par M. Chizhov, relayé par un média russe, comme des pays avec lesquels la Russie est disposée à négocier. « Quand la plateforme gazière sera construite en Turquie, alors nous verrons quelle sera la position de l'UE et quelle sera celle des pays concernés. À partir du hub gazier turc, un gazoduc peut être étendu vers toutes les directions », a expliqué le diplomate russe.
Piloté par le gazier russe Gazprom (50%), avec la participation de l'italien ENI (20%), du français EDF (15%) et de l'allemand Wintershall (15%). South Stream prévoit de relier la Russie à la Bulgarie sous la mer Noire, en contournant l'Ukraine, pour desservir l'UE via une branche sud vers l'Italie en passant par la Grèce et une branche nord vers l'Autriche, la Croatie et la Slovénie, en passant par la Serbie et la Hongrie. South Stream est censé acheminer 63 milliards de m3 de gaz russe par an vers l'Europe, soit plus de 10% de la demande européenne. Le coût du projet est évalué à plus de 40 milliards de dollars. (EH)