Bruxelles, 23/07/2014 (Agence Europe) - Alors que la Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) doivent présenter devant les ambassadeurs de l'UE les propositions sur de nouvelles sanctions à l'encontre de la Russie (EUROPE 11126), la France compte honorer son contrat pour la livraison de Mistrals à la Russie et le Royaume-Uni continue d'envoyer des armes en Russie.
Selon le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, le Conseil Affaires étrangères du 22 juillet a « décidé de publier le 24 juillet des sanctions dans quatre nouveaux domaines: la finance, le domaine de la défense au sens large pour les nouveaux contrats, les biens à doubles usages et les technologies nouvelles ». Il a précisé que les chefs d'État et de gouvernement de l'UE devront se prononcer sur cette liste. Une porte-parole de la Commission a expliqué que cette dernière devait disposer des « orientations des États membres pour faire des propositions législatives ».
Le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, a aussi souligné, mercredi 23 juillet, que l'UE pourrait arrêter son aide technique à la Russie pour développer les champs de gaz et pétrole dans l'Arctique. « S'ils ne cherchent pas la paix dans l'est de l'Ukraine, s'ils n'essaient pas de manière décisive de faire quelque chose pour empêcher l'escalade, alors il n'y a aucune raison pour nous d'aider à promouvoir la croissance de leur industrie et de développer de nouvelles ressources pour le gaz et le pétrole et il n'y a aucune raison de ne pas mettre cet équipement sur la liste des sanctions », a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.
La France va livrer ses Mistrals, Londres continue ses exportations
Pas question pour la France de revenir sur la vente de deux Mistrals à la Russie. M. Fabius a une nouvelle fois rappelé que le contrat pour les deux Mistrals avait été signé en 2011 et qu'en vertu des règles internationales, les contrats (signés et par ailleurs payés) devaient être « honorés ». Il a rappelé que le président français, François Hollande, avait déjà expliqué que le contrat pour le premier bateau qui doit être livré en octobre serait honoré et que la livraison du second bateau dépendra de l'attitude des Russes.
Attaqués, entre autres, par les Britanniques sur ces livraisons, M. Fabius a répliqué. « Parlons aussi de la finance, il y a pas mal d'oligarques russes à Londres », a souligné le ministre. La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, a aussi dénoncé la vente des navires, précisant qu'il était temps « d'arrêter la 'mistralisation' de la politique européenne». «L'Europe doit oser se montrer unie face au terrorisme», a-t-elle ajouté. De nombreux députés européens ont appelé à de multiples reprises Paris à ne pas livrer ces bateaux.
Des députés britanniques ont aussi révélé que le Royaume-Uni exportait toujours des armes à la Russie, dont des gilets par balle, des composants pour des fusils d'assaut et de snipers et pour des munitions d'armes légères, des équipements de communications militaires et des logiciels pour équipements employant la cryptographie. Selon un de leurs rapports, 251 licences, représentant environ 167 millions d'euros, seraient toujours en vigueur, alors que le gouvernement avait promis en mars d'arrêter les ventes à la Russie (EUROPE 11041). Seules 31 licences auraient été révoquées.
À leur arrivée au Conseil le 22 juillet, plusieurs ministres des Affaires étrangères dont le Lituanien, le Letton ou encore le Suédois, ont appelé à un embargo sur les armes et les équipements militaires. « C'est difficile d'expliquer (aux populations) que l'on vend des bateaux, pas seulement des bateaux mais aussi d'autres types de technologies à un pays qui fournit des équipements à des terroristes et des séparatistes, cela doit cesser », a critiqué le ministre letton Edgars Rinkevics. Pour le Lituanien Linas Linkevicius, l'embargo sur les armes est quelque chose qui n'a pas encore été mis en place, or, « c'est vraiment quelque chose à faire ». « Ce n'est pas logique de ne pas imposer (un embargo sur les armes) contre un pays tenu pour responsable d'agressions », a-t-il conclu. (CG avec EH)