Bruxelles, 23/07/2014 (Agence Europe) - En vue de l'adoption, en octobre, du cadre Énergie/Climat 2030, la Commission européenne a proposé, dans le cadre d'une communication sur l'efficacité énergétique, adoptée mercredi 23 juillet, un objectif d'économies d'énergie de 30% à l'horizon 2030.
Après une longue délibération, mercredi midi, le collège des commissaires a convenu, à l'unanimité, de proposer un objectif de 30% pour l'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2030, en complément des objectifs proposés en janvier pour le cadre 2030 dans son ensemble, à savoir un objectif contraignant de 40% pour les réductions des émissions de gaz à effet de serre (GES) et un objectif d'au moins 27% pour la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique primaire de l'UE (EUROPE 11002).
« Cet objectif est ambitieux et réalisable. Nous voulons donner le bon signal au marché et encourager les investissements dans les technologies d'économie d'énergie, dans l'intérêt des entreprises, des consommateurs et de l'environnement », a commenté devant la presse le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, après la réunion de la Commission. « 30%, c'est un objectif très ambitieux », a-t-il encore insisté. « Ces dernières semaines, j'ai rencontré beaucoup de ministres de l'Environnement et de ministres de l'Énergie. Nous trouvons que cette proposition a des chances d'aboutir », a ajouté M. Oettinger.
La communication examine d'abord la progression vers l'objectif que l'UE s'est fixé en 2009 de réaliser 20% d'économies d'énergie d'ici 2020. En se basant sur l'analyse des actions des États membres et de prévisions supplémentaires, la Commission estime que l'UE va réaliser des économies d'énergie de 18% à 19% en 2020. Et qu'elle pourrait atteindre 20%, si tous les États membres travaillent maintenant dur pour mettre en oeuvre la législation adoptée. Et ce, sans la nécessité de mesures supplémentaires. Adoptée en 2012, la directive 'efficacité énergétique' a introduit des mesures contraignantes pour atteindre l'objectif de 20% d'économies d'énergie d'ici 2020. À l'heure actuelle, seuls Chypre, le Danemark, l'Italie, Malte et la Suède ont notifié la transposition complète en droit national de ce texte avant le délai fixé au 5 juin dernier.
Pour définir l'objectif d'efficacité énergétique à proposer pour 2030, la Commission a identifié, en janvier, qu'un bon rapport coût-efficacité de l'objectif de 40% pour la réduction des émissions de GES pour 2030 nécessiterait des économies d'énergie de 25%. Mais, compte tenu des nouvelles préoccupations pour la sécurité énergétique, avec la crise ukrainienne, elle a jugé approprié de proposer un objectif plus ambitieux.
Selon l'exécutif européen, un objectif de 30% à l'horizon 2030 offrirait de nouveaux débouchés pour les entreprises européennes, assurerait des factures d'énergie abordables pour les consommateurs, garantirait une sécurité énergétique renforcée grâce à une réduction sensible des importations de gaz naturel et aurait des incidences positives sur l'environnement. Cet objectif se fonde sur les avancées déjà enregistrées, comme la réduction de moitié de la consommation d'énergie dans les nouveaux bâtiments depuis les années 1980, ou la réduction de 19% de l'intensité énergétique du secteur industriel par rapport à 2001, explique la Commission. Enfin, une meilleure performance énergétique des appareils, tels que réfrigérateurs et les lave-linge, devrait engendrer une économie de 100 milliards d'euros par an sur les factures des ménages d'ici 2020.
La communication examine aussi les avantages, à long terme, de l'efficacité énergétique pour le quotidien de la population européenne: chaque tranche de 1% supplémentaire d'économies d'énergie devrait faire diminuer de 2,6% les importations de gaz de l'UE d'ici 2030, réduisant ainsi sa dépendance à l'égard des fournisseurs extérieurs. En outre, les bâtiments plus performants sur le plan énergétique offriront des avantages dérivés aux personnes qui y vivent et y travaillent, outre la réduction de leur facture d'énergie.
La Commission réévaluera en 2017 les progrès en matière d'efficacité énergétique et elle examinera l'opportunité d'utiliser d'autres indicateurs pour contrôler la progression vers l'objectif d'économies d'énergie, en prenant mieux en compte l'évolution sous-jacente du PIB et de la démographie.
Manipulation politique pour les verts. « Ce que la Commission propose est dépourvu d'ambition et prolongera la dépendance de l'UE à l'égard de ses importations », a aussitôt commenté, au nom du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, le Luxembourgeois Claude Turmes. « L'objectif non contraignant de 30% d'économies d'énergie d'ici 2030 est en contradiction avec les résultats des recherches, commandées par la Commission, sur lesquels la communication est supposée être fondée. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, le commissaire Oettinger et la secrétaire générale Catherine Day sont complices dans la retenue d'une analyse d'impact qui conclut qu'il est dans l'intérêt de l'UE d'adopter un objectif beaucoup plus ambitieux à l'horizon 2030 », ajoute M. Turmes. Selon cette analyse, des objectifs de 35% et 40% génèrent de la prospérité en doublant le PIB et en créant jusqu'à 1,4 million de nouveaux emplois.
Lors de son discours d'investiture devant le Parlement européen, le 15 juillet, le futur président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s'est dit en faveur d'un objectif contraignant d'efficacité énergétique d'au moins 30% d'ici 2030. En février, le Parlement européen s'est dit favorable à un objectif de 40%. (EH)