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Bulletin Quotidien Europe N° 11126
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1058

*** La prochaine Bibliothèque européenne, le n° 1059, sera publiée le mardi 2 septembre.

*** Cahiers philosophiques. Canopé-CNDP (1 bâtiment @4, CS 80158, F-86961 Futuroscope cedex. Tél.: (33-3) 44624398 - fax: 44584412 - Courriel: abonnement@reseau-canope.fr - Internet: http://www.cndp.fr/revuecphil/accueil.htm ). 2014, n° 137, 144 p., 10 €. Abonnement: 32 €.

Les philosophes seront-ils les sauveurs de la construction européenne bien comprise, celle fidèle à ses origines ? Cette livraison de Cahiers philosophiques, tout entière consacrée à « L'Europe en question », montre en tout cas qu'il serait sot de ne pas prêter attention à ce que certains d'entre eux ont à nous dire. Que l'éditorialiste puisse se demander, à l'entame du dossier, à quoi rime « l'existence d'une Cour européenne des droits de l'homme, alors même que chaque membre de l'Union européenne dispose d'une constitution invitant à leur respect » fait craindre le pire quant à la rigueur des propos, mais le reste n'est pas à l'avenant. Que du contraire: toutes les contributions sont de très haute tenue intellectuelle, parlant notamment de la nécessité qu'a l'Europe de « construire une identité sur le devenir », de la manière dont la question du sens de l'Europe a évolué « de Husserl à Patocka » ou de la question de savoir si l'Europe a besoin d'accoucher d'une « nouvelle espèce de fédéralisme ». Chacune de ces contributions mériterait qu'on s'y attarde quelque peu, ainsi d'ailleurs que l'état des lieux auquel Anne Houtman, la représentante de la Commission à Paris, a procédé dans le cadre d'un entretien.

Pourtant, pour les besoins de cette rubrique, deux textes seulement peuvent être distingués - et, à coup sûr, ils le méritent ! Ils sont le fait de philosophes qui dénoncent avec une implacable sévérité la situation actuelle avant d'expliquer, pour l'un, comment le sens et l'essence du projet européen se sont dilués au fil du temps au point que l'Union européenne en est arrivée à se trahir et de montrer, pour l'autre, quelques pistes qui lui permettraient de se réconcilier avec ses peuples. L'acte d'accusation, d'abord. Regardons la réalité en face, « l'enlisement dans la crise a une origine politique », assène d'emblée Jean-Marc Ferry pour qui le dispositif institutionnel de la zone euro, c'est-à-dire la voie de l'intergouvernementalisme, conduit au blocage. Dans ce cadre, « on entend faire suivre à tous l'exemple allemand, ce qui est une absurdité doublée d'une hypocrisie », accuse celui qui est désormais titulaire de la chaire de philosophie de l'Europe à l'Université de Nantes et qui précise aussitôt: le « verrouillage » imposé par Berlin « a pour objectif de garantir la monnaie européenne à un niveau fort, voire surévalué, qui sert directement les intérêts de l'industrie allemande (métallurgie et automobile, notamment), mais dessert en revanche les possibilités de reprise commerciale, au Sud ». Et les Britanniques ne trouvent pas davantage grâce aux yeux du philosophe qui les accuse d'avoir poussé à… « l'assassinat économique et social jusqu'à obtenir une diminution des fonds structurels de l'Union » lors du sommet du printemps 2013. Graves accusations, en particulier dans le chef d'un scientifique… Le fait est qu'il n'est pas seul à penser de la sorte. Ainsi, Frédéric Allemand a la plume bien plus perfide encore: « La vertu économique suit l'ascétisme budgétaire et la dégradation sociale, est-il considéré à Bruxelles », commente ce coordinateur des études européennes et chercheur au Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe qui y voit une « interprétation paroxystique du message de saint François d'Assise: le vœu de pauvreté est imposé à ceux qui n'ont déjà plus rien et le partage est vécu par ceux qui donnent comme un sacrifice et non comme un bienfait collectif ». Allez-vous étonner dès lors si, dans les taverna dimanche soir, il ne se trouvait aucun Grec pour soutenir l'Allemagne dans sa finale contre l'Argentine et si « les réflexes du repli sur soi revitalisent les partisans de la haine de l'autre », ainsi que l'ont notamment montré les dernières élections européennes…

Comment en est-on arrivé là ? Dans son court mais très dense essai, Frédéric Allemand avance que l'Union a pris trop de libertés avec la pensée humaniste qui était, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à son fondement et qui visait à « restaurer l'homme dans toute sa dignité ». Pour les Pères fondateurs, faire l'Europe, rappelle celui qui est aussi maître de conférences à Sciences Po Paris, c'était « refuser l'abaissement des populations défaites pour, au contraire, favoriser le développement de tous les hommes ». C'était penser aussi que « l'égale dignité des hommes efface l'inégale indignité ou grandeur des pays ». Qui, au Conseil européen, à la Commission, au sein de la Troïka, s'est souvenu de ces principes humainement grandioses qui ont fait le succès du projet politique européen ? Qui, dans ces instances, s'est rappelé que « la richesse de la personne humaine » interdisait, sous peine de retour aux mauvaises pulsions du passé, de réduire ce projet « à des considérations exclusivement économiques, matérialistes, et l'homo europeus à un homo oeconomicus » ? Qui, à Berlin, a pris le temps de relire ce qu'écrivait Walter Hallstein, cet Allemand qui présida la Commission dans les années 60: « C'est ce qui sépare que nous voulons éviter: les forces, les supériorités se dressant les unes contre les autres, tout ce que la coexistence d'individualités différentes peut avoir de destructeur » ? Revenons-en d'urgence aux valeurs humanistes et à la prééminence de la personne humaine, conjure Frédéric Allemand pour qui l'actuelle déliquescence du projet européen donne raison à Denis de Rougemont lorsqu'il écrivait, en analysant les Traités de Rome: « Faire confiance à la vertu fédérative des solidarités de fait que l'on peut instituer à l'aide des moyens existants - industriels, techniques et financiers -, c'est risquer de subordonner les fins aux moyens, et de ne convertir à l'Europe que les techniciens au sens large, non les masses »…

Faut-il, dès lors, se résigner à ce que le matérialisme ait mangé le rêve ? Non ! Pour Jean-Marc Ferry, il faut remettre l'ouvrage sur le métier en promouvant, cette fois, une « coresponsabilité solidaire », dans un « jeu à plusieurs » où l'esprit communautaire redevient la règle. La règle absolue ? Peut-être pas: la zone euro devrait devenir la « zone-cœur d'intégration forte » se dotant d'un « socle social et environnemental ». L'harmonisation fiscale et la mise en synergie des systèmes sociaux nationaux, notamment pour le calcul des retraites, y connaîtraient des progrès, de même qu'une union bancaire cadrée par une charte bancaire européenne qui assignerait « aux banques des missions de responsabilité sociale ». Dans le même esprit, « une charte industrielle européenne organiserait une prise en charge, par l'ensemble des entreprises, des conséquences des licenciements », le tout conduisant à ce que « les entreprises et détenteurs de capitaux (…) n'auraient plus le même pouvoir quasi monopolistique d'arbitrage économique et financier entre les pays de la zone, en donnant une sorte de prime aux États les moins-disant fiscaux, sociaux et environnementaux, ce qui tire l'Union vers le bas ». Utopie, éructeront certains. Sans doute. Mais une utopie de ce genre n'est-elle pas toujours préférable aux cauchemars qui nous attendent sinon ?

Michel Theys

*** MONICA GARCIA-SALMONES, PAMELA SLOTTE (sous la dir. de): Cosmopolitanisms in Enlightenment Europe and Beyond. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Multiple Europes", n° 49. 2013, 242 p., 42,80 €. ISBN 978-2-87574-065-6.

À l'heure de la mondialisation, sommes-nous tous vraiment « cosmopolites », ainsi que l'écrivent les deux coordinatrices de ce livre qui prolonge une conférence organisée à l'Université d'Helsinki voici quatre ans ? Tous nos contemporains se sentent-ils réellement « citoyens du monde » ? Les progrès réalisés, lors de beaucoup de scrutins récents, par les partis nationalistes tendraient à infirmer cette assertion ou, du moins, à la nuancer, les sociétés se divisant à l'évidence peu ou prou sur la question. En attendant, l'occasion se prête bien à revisiter le concept de cosmopolitisme né dans l'Europe des Lumières du XVIIIème siècle, ce à quoi conviennent les scientifiques réunis dans ces pages. Après que le professeur de droit Martti Koskenniemi eut présenté les diverses utilisations, parfois même abusives, du projet cosmopolite dans la pensée politique occidentale, Jan Schröder (Université Eberhard-Karl de Tübingen) montre que l'idée d'un droit cosmopolite défendue par Kant n'a pas pris racine au temps des Lumières et l'historienne de la pensée politique Gabriella Silvestrini (Université du Piémont oriental) s'intéresse à la théorie de la guerre par laquelle Jean-Jacques Rousseau a tenté de donner au monde un ordre normatif cosmopolite, sans plus de réussite. Enfin, le philosophe Demin Duan (diplômé de l'Université catholique de Leuven et qui enseigne aujourd'hui à l'Université de Pékin) voit dans le cosmopolitisme libéral dont Alexis de Toqueville s'était fait le chantre les germes de l'impérialisme. En observant la manière dont le cosmopolitisme s'est traduit hors du berceau européen, les auteurs qui suivent ne le démentent pas vraiment, eux qui parlent notamment de l'esprit de clocher qu'il instaura dans les pays d'Amérique latine au lendemain de l'occupation des Espagnols, de sa traduction en domination économique au Nigéria du temps de l'Empire britannique ou de la marginalité qu'il réserva à Haïti. Des détours par Napoléon et les Empires russe et ottoman complètent cette mise à jour d'une notion fascinante et complexe qui, ainsi que l'expliquent les coordinatrices, « est à la fois un concept et une pratique, un vocabulaire et un projet », le but visé dans ces pages étant « d'ouvrir les esprits afin d'imaginer ce que pourrait être pour nous d'être invités à être citoyens du monde au XXIème siècle ».

(MT)

*** LAURE CLEMENT-WILZ ET SYLVAINE POILLOT-PERUZZETTO (sous la dir. de): Construire la citoyenneté européenne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Europe des Cultures », n° 9. 2014, 157 p., 37,50 €. ISBN 978-2-87574-133-2.

Alors que dans le vocabulaire français, le terme « citoyen » est antérieur à celui de citoyenneté, il est étonnant de constater que le terme « citoyenneté » est, dans le vocabulaire européen, antérieur à celui de citoyen, « comme s'il fallait construire le citoyen par l'Europe et ses outils, plutôt que l'inverse », font remarquer les coordinateurs de l'ouvrage - tous deux membres de l'Université Toulouse I Capitole - dans la préface. C'est en effet au départ du « travailleur » ou du « prestataire de service » que le citoyen
« économique » a initialement été pris en compte dans la construction européenne. Une seconde étape consisterait bientôt à lui garantir, pour préserver sa mobilité, une protection sociale et donc à le prendre en compte comme « individu ». Cette citoyenneté européenne « juridiquement proclamée » est dans ce livre mise en perspective par une approche historique, sociologique, politique, géographique et psychologique. Les auteurs montrent que la citoyenneté modifie le paradigme de l'Europe institutionnelle fondée sur une relation Etats-Union pour y inclure la société civile et les citoyens dans une relation ascendante et descendante. La citoyenneté européenne pourrait ainsi être, selon les coordinateurs, « le vecteur du passage de la “morale civique” proclamée à l'“éthique” sociale recherchée ».

(SD)

*** INGE GOVAERE, DOMINIK HANF (sous la dir. de): Scrutinizing Internal and External Dimensions of European Law - Les dimensions internes et externes du droit européen à l'épreuve. Liber Amicorum Paul Demaret. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection “College of Europe Studies/Cahiers du Collège d'Europe”, No. 17. 2013, 880 p., 69,60 €. ISBN 978-2-87574-085-4.

Cet ouvrage rend hommage à Paul Demaret à l'occasion de l'achèvement de son second mandat de recteur du Collège de l'Europe. Après trente-trois années de carrière durant lesquelles il a également tenu les rôles de directeur d'études, de professeur et de chercheur, Paul Demaret se voit ici élevé au rang d'« universitaire exceptionnel » pour sa contribution significative au développement du Collège, mais également au déploiement du droit européen et plus généralement, à l'intégration européenne. L'ouvrage regroupe, en deux tomes, les contributions de ses amis et collègues, universitaires et praticiens, chacun analysant l'état actuel et les perspectives futures des dimensions internes et externes de l'intégration européenne. Le livre débute sur une préface du président du Conseil européen Herman Van Rompuy, celui-ci évoquant l'appel à « une Europe dans laquelle nous serons fiers de dire: Je suis Européen » lancé par Winston Churchill à la marge du Congrès de la Haye de 1948 qui donnerait bientôt naissance au Collège. Le recueil est ensuite divisé en sept thématiques: l'enseignement, les droits de l'homme et la citoyenneté, les aspects institutionnels de l'intégration, le marché intérieur et les politiques d'accompagnement, le droit et la politique de la concurrence, les aspects extérieurs de l'intégration européenne et le commerce international ainsi que la politique étrangère de l'Union. Cet ouvrage riche de nombreuses contributions offre somme toute une excellente vue panoramique sur l'actualité du droit européen en devenir.

(SD)

*** DOROTA PRACZA£OWICZ, ANNA SOSNA-SCHUBERT (sous la dir. de): Deutsche und polnische Migrationserfahrungen, Vergangenheit und Gegenwart. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Migration - Ethnicity - Nation: Cracow studies in culture, society and politics". 2014, 438 p., 69,95 €. ISBN 978-3-631-64788-2.

Ce recueil d'articles sous la direction de Dorota Prasza³owicz et d'Anna Sosna-Schubert a pour ambition d'analyser les rapports entre Allemands et Polonais à la lumière des migrations des uns chez les autres ou des migrations « conjointes » de ces derniers vers des pays tiers - notamment les États-Unis et le Canada. Les articles repris présentent parfois un caractère historique mais peuvent également traiter de questions d'actualité. Ils possèdent chacun une bibliographie bien documentée et souvent digne de travaux de haut niveau. Le recueil fait transparaître une volonté, chez les auteurs, d'éviter certains sujets déjà trop souvent traités - comme par exemple l'émigration des Polonais vers la Ruhr - pour se centrer sur des thèmes moins fréquents et pourtant fondamentaux - comme l'émigration polonaise vers les nouveaux Länder allemands, devenus région frontalière en 1945. Les auteurs tentent aussi de prendre en compte la complexité du facteur historique germano-polonais - celui-ci étant marqué par de multiples migrations liées à des facteurs économiques, politiques ou au déplacement de la frontière - et de traiter les difficultés pouvant survenir dans les rapports entre les deux populations, tout en traçant des perspectives d'avenir.

(GLe)

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