Bruxelles, 27/05/2014 (Agence Europe) - La reprise promise cette année et l'amélioration des indicateurs économiques ne semblent pas avoir suffi à convaincre les citoyens des pays sous programme que leurs efforts commencent à payer. À l'exception de Chypre, les gouvernements qui mettent en oeuvre les programmes d'ajustement économique liés au plan d'assistance financière ont subi un sérieux revers aux élections européennes. En Grèce et au Portugal, les partis d'opposition voudraient voir transposer leurs bons résultats à l'échelle nationale.
En Grèce, lecture à contresens des résultats, mais remaniement envisagé. Alexis Tsipras a été la figure de campagne de la gauche européenne (GUE/NGL au PE), mais a gardé, tout au long de celle-ci, la politique nationale grecque dans sa ligne de mire. Dimanche soir, son intérêt semblait davantage porter sur les implications politiques que le résultat du scrutin pourrait avoir en Grèce, plutôt que sur la composition du futur PE lui-même. Il a ainsi réitéré son souhait de demander des élections anticipées en Grèce, le parti du Premier ministre, Antonis Samaras, ayant à ses yeux perdu sa légitimité. Le parti de M. Tsipras, Syriza, est arrivé en tête aux élections européennes, avec un score de 26,57% contre 22,72% pour la Nouvelle démocratie de M. Samaras. M. Tsipras a estimé que les citoyens avaient condamné les politiques d'austérité et qu'il fallait désormais leur permettre de faire un choix. Lundi, il a rencontré le président grec, Karolos Papoulias. Il a pointé une « désharmonie » entre le public et la représentation actuelle au Parlement, soulignant que la coalition gouvernementale avait perdu onze points de pourcentage depuis les élections nationales de juin 2012.
La coalition gouvernementale grecque repose sur la Nouvelle démocratie et sur le parti socialiste, le Pasok. Ce dernier a recueilli 8% des suffrages. La coalition s'en sort de facto avec un total de 30% des voix, fait-on valoir du côté du gouvernement Samaras, où la lecture des résultats va dans le senscontraire de celle de Syriza. Selon le Premier ministre, le peuple grec a rejeté le bouleversement que souhaitait Syriza. M. Samaras a également souligné « l'échec », à ses yeux, du parti de M. Tsipras aux élections régionales. Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, cité par l'agence de presse grecque ANA, a, quant à lui, expliqué que le vote aux élections européennes était « traditionnellement (…) un vote de protestation en général en faveur de l'opposition ». Le jeune porte-drapeau de la Gauche européenne avait déjà tenté de renverser le gouvernement Samaras en novembre dernier, mais sa motion de méfiance avait été rejetée. Un remaniement ministériel serait envisagé, selon la presse grecque.
Portugal, chaise musicale en vue pour les prochaines législatives. La tendance observée aux élections européennes confirme le revers qu'a connu en septembre le gouvernement de centre-droit de Pedro Passos Coelho, lors des élections municipales. Dimanche, le parti socialiste, à l'opposition, est arrivé en tête avec 31,45% des suffrages, alors que la coalition gouvernementale formée par le Parti social-démocrate PSD et le CDS n'a pas atteint 30% (27,7%). L'alliance des communistes et des écologistes portugais est devenue la troisième force politique du pays aux élections européennes, avec 12,69% des suffrages. Le parti communiste a, dans la foulée, annoncé son intention de déposer une motion de censure à l'encontre du gouvernement. Mardi, certaines rumeurs voyaient le parti socialiste soutenir cette motion. Le secrétaire général du parti, Antonio José Seguro, a estimé que le gouvernement était « arrivé à son terme ». Du côté du gouvernement, on ne croit pas que la coalition gouvernementale soit en danger, les divergences de vue entre les socialistes et les communistes étant connues, notamment sur l'appartenance à l'euro. Le Premier ministre portugais a indiqué que la mission « de ce gouvernement (était) de conduire cette législature jusqu'au bout au nom de la stabilité dont le pays a besoin pour être bien gouverné ». Les élections législatives sont prévues à l'automne 2015. Le taux de participation aux élections européennes était, par ailleurs, une nouvelle fois en baisse et représentait 34,5%.
En Irlande, le pouvoir se remet en question. La déroute de la coalition gouvernementale irlandaise a poussé Eamon Gilmore à renoncer à son poste de leader du Labour Party. Les résultats des européennes ont montré que les partis d'opposition, comme le Sinn Fein (GUE/NGL) ou d'autres indépendants, connus pour leur opposition à l'austérité, ont le vent en poupe. Le gouvernement doit en principe prendre de nouvelles mesures pour réduire son déficit, mais la presse irlandaise voit sa marge de manoeuvre limitée. Le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a répété sur RTE que « 90% de l'ajustement » économique avaient été réalisés. « Nous avons restauré la stabilité dans le pays du point de vue économique, mais je sais que le problème est que les citoyens ne le voient pas dans leur vie quotidienne », a-t-il estimé. L'Irlande a achevé son plan d'aide fin 2013. Les chiffres de l'emploi publiés lundi n'ont par ailleurs pas montré d'embellie.
À Chypre, statu quo relatif. Un an après un plan d'aide douloureux accordé à Nicosie, le parti au gouvernement a échappé au vote sanction. L'actuel président chypriote, Nicos Anastasiades, a été contraint d'accepter d'imposer des pertes sèches aux déposants des banques et de refonder le modèle économique de l'île, jusqu'alors basé sur ses institutions financières. Le parti de M. Anastasiades, DISY, a vu son score augmenter à 37,8%. La popularité du parti communiste AKEL s'est, pour sa part, inscrite en baisse (moins 8%). L'attentisme et la mauvaise gestion des finances publiques du prédécesseur de M. Anastasiades, le communiste Demetris Christofias, sont mis en avant par la presse chypriote pour expliquer ce recul. M. Christofias n'avait pas réagi aux mises en garde de l'eurozone et était resté de marbre lors des négociations sur la réduction de la dette grecque à charge du secteur privé, avec l'impact que l'on connaît sur les institutions bancaires chypriotes. Le grand perdant du scrutin à Chypre est le taux de participation qui s'est péniblement hissé à 43,97%, alors qu'en 2009 il atteignait 59,4%. Le président chypriote s'est dit inquiet au sujet de l'abstention. (EL)