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Bulletin Quotidien Europe N° 11089
CONSEIL EUROPÉEN / (ae) pe2014

Le Conseil européen veut garder la main sur les nominations

Bruxelles, 27/05/2014 (Agence Europe) - Les partis politiques européens vont devoir s'armer de patience et ne pas brusquer le Conseil européen s'ils souhaitent que les discussions sur le prochain président de la Commission aboutissent dans un sens qui leur soit favorable. Comme ils l'avaient suggéré, les Vingt-huit, réunis informellement mardi soir à Bruxelles pour évaluer les résultats du scrutin du 25 mai, se sont bien gardés d'avancer un nom au successeur de José Manuel Barroso et de se prononcer sur le sort de Jean-Claude Juncker, le candidat du Parti populaire européen chargé par ses pairs de commencer à réunir une majorité derrière lui. Ils ont avant tout tenu à signaler au Parlement européen qu'ils ne comptaient se faire voler ni leurs prérogatives, ni l'interprétation du Traité de Lisbonne quant au choix des futures têtes de l'UE. Et ils se sont contentés de donner un mandat au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, pour commencer des discussions à la fois sur « les priorités futures de l'UE et les futures nominations ».

« On reconnaît tous qu'il faut discuter des priorités et de l'agenda stratégique (de la future Commission) ; nous n'avons pas eu le temps de le faire ce soir, mais certaines orientations ont été évoquées » telles que « la sortie de la crise, la croissance, la compétitivité, l'Union économique et monétaire, les changements climatiques », a expliqué M. Van Rompuy à l'issue de la rencontre.

Mais pas question pour l'heure de s'accorder sur un nom pour la présidence de la Commission. Du moins, tant que n'auront pas été identifiées plus clairement les priorités à mettre en œuvre pour les cinq prochaines années. « C'est dans la ligne du Traité », a expliqué M. Van Rompu, « c'est le Conseil européen qui doit faire une proposition » au Parlement européen (qui devra ensuite élire ce président à la majorité absolue). « Bien sûr, je consulterai les groupes parlementaires et j'aurai des réunions avec Jean-Claude Juncker », mais les consultations ne se feront pas « seulement avec une personne », a poursuivi le responsable belge.

Cette volonté de parler autant du fond que de la forme, la chancelière allemande, Angela Merkel, la partage. « Herman Van Rompuy mènera des discussions sur le programme, mais aussi sur la répartition des postes », a-t-elle dit à l'issue du Sommet. Mais, a-t-elle déjà mis en garde, Jean-Claude Juncker ne constitue cependant « pas le seul candidat valable pour la Commission ». Il faut « prendre du temps pour ce processus de désignation des personnes pour avoir un tableau complet. Il y a aussi d'autres postes à pourvoir: le président du Conseil, le président de l'eurogroupe », a expliqué la chancelière.

Prudent lui aussi, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, qui n'a jamais été emballé à l'idée de se faire imposer un candidat par le Parlement européen, a jugé que le futur président de la Commission pouvait peut-être « être l'un des candidats mis en avant par les groupes politiques », mais « cela ne doit pas nécessairement être le cas ». Pour M. Rutte, l'important est de définir les priorités, puis de choisir le candidat « homme ou femme ».

C'est aussi le cas du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. « Les choses vont se décanter de manière raisonnable. C'est un processus qui prend du temps. Le PE n'est pas encore constitué », a-t-il dit à l'issue du sommet. « Le plus important est de fixer les priorités pour les 5 prochaines années à venir, qui sont plus importantes que le choix du nom », a-t-il ajouté.

Ces prises de position pourraient-elles faire l'affaire de David Cameron, radicalement opposé aux candidats Jean-Claude Juncker, Martin Schulz ou Guy Verhofstadt, jugés trop fédéralistes ? Le Premier ministre britannique n'a en tout cas rien dit à l'issue du Sommet. Tout au plus a-t-il annoncé, en arrivant à Bruxelles, qu'il plaiderait pour une réforme de l'UE « devenue trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive ».

Le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, lui non plus ne voulait pas de décision sur le successeur de José Manuel Barroso. « J'ai toujours dit que je n'étais pas favorable à la procédure des 'Spitzenkandidat' qui disqualifie d'autres candidats possibles pour la course », a-t-il expliqué.

Le président socialiste français, François Hollande, a, pour sa part, noté « un paradoxe ». C'est « moi qui rappelle que c'est le PPE qui a gagné l'élection. Je propose donc que le président du Conseil européen regarde si la solution du PPE pour la présidence de la Commission est possible ou pas » et s'il y a « double majorité, avec une majorité qualifiée au Conseil, et une majorité au Parlement européen ». Si cette double majorité n'existait pas, M. Van Rompuy devrait alors « examiner si Martin Schulz peut avoir cette double majorité », a-t-il dit. Et « si pas, il faudra trouver un troisième nom ». Mais il y a « certains pays qui ne veulent aucun des noms proposés, (…), à eux de trouver une solution et à eux d'être cohérents avec eux-mêmes ».

De la cohérence, le jeune Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, en a également demandé. Expliquant qu'il n'était pas aisé pour lui de soutenir un candidat, certes de son pays, mais d'une famille politique opposée, le libéral luxembourgeois a indiqué qu'il avait soutenu le nom de son compatriote. Mais, « institutionnellement, ce n'est pas au Parlement de prendre l'initiative. Le Parlement nous a pris un peu de court », a confié Xavier Bettel en fin de soirée. « Le PE nous a dit ce matin 'c'est notre candidat'. Normalement on négocie, on dégage un candidat. C'est très important qu'il y ait un équilibre », a-t-il encore fait valoir. (SP/MB/LC/EL/CG/JK/EH/IL/AN)

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