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Bulletin Quotidien Europe N° 11089
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Après l'élection du nouveau Parlement européen

Repartir à zéro ? Un nombre considérable de citoyens européens ont appris que l'Europe serait le lieu le plus malheureux du monde, que son unité ne serait qu'un ensemble d'erreurs au détriment de ses habitants et qu'il ne suffirait pas d'améliorer la situation: il faudrait démolir presque tout et repartir à zéro. Cette image serait le résultat des votes des peuples européens et de la réalité qui en résulte ; or, elle est à mon avis largement fausse, aussi bien du point de vue historique que de celui de la situation actuelle.

Quelques mots d'abord sur l'aspect historique. Il ne faut jamais oublier qu'autrefois l'Europe divisée a été la cause des conflits mondiaux les plus cruels et destructeurs de l'histoire de l'humanité ; et que les pays à l'origine de ces guerres avaient décidé de s'unir. Les fondateurs de l'unité européenne étaient six au départ ; ils sont devenus presque une trentaine ; d'autres continuent à frapper à leur porte et on les comprend, car tout autour, les conflits se prolongent et se multiplient.

Quant à l'actualité, on ne peut pas négliger le fait qu'autour de notre Continent, somme toute de dimensions limitées, des milliers de malheureux continuent à risquer la vie pour s'y réfugier.

Principes à sauvegarder. En tenant compte de ces deux aspects, il est possible d'évaluer de façon objective la situation actuelle. Il est évident que le fonctionnement de cette Europe unie peut et doit s'améliorer. Mais ses citoyens ont la faculté de choisir ceux qui les gouvernent et de changer s'ils ne sont pas satisfaits. Dans un tel conteste, il est impensable que l'UE puisse renoncer à ses principes fondamentaux d'unité et à son système démocratique de délibérer en commun, de fonctionner comme un ensemble.

Limites de Mme Le Pen. Certes, des obstacles existent et certains ont assumé une ampleur considérable. L'attention se concentre sur le cas spécifique de Mme Le Pen en France. Même si elle provoque beaucoup de bruit, son poids au sein du Parlement européen sera limité, alliés compris ; c'est en France qu'elle a un poids excessif et c'est un problème français plus qu'européen ; si son pays devait la suivre, la présence même de la France dans l'UE pourrait résulter compromise ! Mais il est absurde d'imaginer qu'une majorité de Français puisse la soutenir.

Les Institutions sont un ensemble. Le premier objectif est de rendre opérationnelle l'évolution intervenue au sein des Institutions: tout en respectant les compétences renouvelées et renforcées du Parlement européen, il est possible d'éviter un conflit entre elles. La voie permettant d'éviter les conflits entre le Conseil européen (chefs d'État ou de gouvernement de tous les États membres) et le PE renouvelé est en discussion en coulisses, de façon plus ou moins ouverte. L'orientation qui progresse consisterait à considérer comme un bloc les décisions institutionnelles indispensables: le président de la Commission, le président du Conseil européen et le Haut représentant pour la politique étrangère. L'objectif est d'éviter des querelles entre le PE et le Conseil européen, en tenant compte de l'équilibre à respecter entre les différentes forces politiques. Par exemple: si le Parlement insiste pour la nomination de Jean-Claude Juncker (groupe PPE) à la présidence de la Commission européenne, en conformité avec le résultat des élections, les chefs d'État ou de gouvernement pourraient désigner un socialiste, M. Schulz, à la présidence du Conseil européen, et confier à Guy Verhofstadt la politique étrangère.

Plusieurs solutions. Ces candidats pourraient être partiellement interchangeables ; M. Verhofstadt pourrait être soutenu par le Parlement comme président de la Commission européenne grâce à des alliances qui seraient créées au sein du PE lui-même et qui pourraient dépasser en volume le groupe PPE isolé. Sans oublier que d'autres noms circulent, en particulier celui de Pascal Lamy, qui pourrait dénouer certains équilibres compliqués.

Il faudrait aussi tenir compte du fait que, pendant ces dernières années difficiles, l'UE a élaboré ou préparé une large partie des instruments nécessaires pour créer ou compléter son fonctionnement efficace et correct, notamment dans les domaines économiques et financiers ; on verra les effets progressivement. J'ajouterai une citation de M. Laurent Joffrin, qui à mon avis reste d'actualité: après avoir réussi le miracle d'unir durant soixante ans des nations en guerre pendant des siècles, cette idée sans pareil va-t-elle faire naufrage ?

(FR)

 

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