Bruxelles, 27/05/2014 (Agence Europe) - Nouvelles drogues de synthèse particulièrement puissantes, hausse des overdoses dans certains pays, substances plus fortement dosées: les drogues consommées en Europe sont de plus en plus nocives pour la santé, alerte mardi 27 mai l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dans son rapport annuel.
Plus de 80 millions d'Européens, soit un quart de la population adulte de l'UE, ont consommé une drogue illicite à un moment de leur vie, rappelle le rapport présenté à Lisbonne. Malgré certains « progrès accomplis » en matière de santé publique, « des évolutions préoccupantes enregistrées dans certains pays » et « l'apparition de nouvelles menaces » ne laissent « pas de place à l'autosatisfaction », résume Wolfgang Götz, directeur de l'OEDT, en préface du document.
Ainsi, de « nouvelles substances psychoactives » de synthèse (NPS ou 'nouvelles drogues'), non réglementées par le droit international parce qu'insuffisamment connues, « apparaissent sans cesse sur le marché de la drogue », où elles ont pour but d'imiter, voire de remplacer, les drogues réglementées, note le rapport. Produites dans des laboratoires clandestins européens ou importées de Chine et d'Inde, elles sont souvent vendues sur Internet, comme 'euphorisants légaux' (légal highs) ou 'produits chimiques destinés à la recherche' (research medicals). Avec 81 nouvelles drogues détectées en 2013, le système d'alerte précoce européen (EWS) subit « une pression croissante », note l'OEDT. Au total, il surveille plus de 350 substances psychoactives, régulièrement soupçonnées d'intoxications ou de décès. C'est par exemple le cas du MDPV, composant principal de la drogue dite 'sels de bain', associé à 99 décès surtout en Finlande et au Royaume-Uni. Mais leurs effets très puissants ne nécessitent que de faibles concentrations dans le sang et les rendent parfois quasiment indétectables en cas de décès. De plus, « des quantités infimes peuvent être utilisées pour produire de multiples doses. Nous commençons à peine à appréhender les conséquences futures de cette évolution pour la santé publique et le contrôle de la drogue », prévient M. Götz.
Même si globalement le nombre de décès liés aux drogues est en baisse en Europe (6 100 décès par surdose en 2012, contre 6 500 en 2011), certains pays (Estonie, Norvège, Irlande, Suède et Finlande) ont connu une hausse préoccupante du nombre de décès par surdose, note le rapport.
L'héroïne, dont la consommation est en déclin, est toujours impliquée dans de nombreux cas de surdose, mais le taux de décès liés à cette drogue est, de manière générale, en baisse. À l'inverse, le taux de mortalité lié aux opiacés de synthèse qui la remplacent est en hausse dans certains pays.
Si la consommation de cocaïne est stable, voire en baisse, plus de 500 décès lui ont été imputés dans 19 pays en 2012.
Autre inquiétude, l'usage de méthamphétamine, jusqu'alors limité à la République tchèque et à la Slovaquie, semble s'étendre, notamment en Allemagne, en Grèce, à Chypre, en Lettonie et en Turquie, avec des pratiques de consommation à risque.
L'OEDT note également une réémergence de poudre et pilules d'ecstasy fortement dosées dans plusieurs pays européens. Le marché pour ces produits semble reprendre et l'OEDT signale le démantèlement en 2013 en Belgique et aux Pays-Bas des deux plus grands sites de production de drogue jamais découverts dans l'UE.
Pour le cannabis, drogue la plus consommée en Europe - avec une consommation globalement stable ou en baisse-, la tendance est aussi à une hausse de la teneur en principe actif (le THC), aussi bien pour la résine, majoritairement importée du Maroc, que pour l'herbe, dont la part de production locale augmente dans de nombreux pays. L'OEDT souligne l'émergence de produits de synthèse analogues au cannabis (cannabinoïdes), qui peuvent être « extrêmement puissants », avec des « effets néfastes préoccupants ».
Enfin, le rapport déplore, comme en 2013, « des flambées épidémiques de VIH » chez les usagers de drogue en Grèce et en Roumanie, et des « problèmes persistants » dans certains pays baltes, qui « compromettent le recul à long terme du nombre de nouveaux cas de VIH en Europe ».
« Je suis profondément préoccupée par le fait que les drogues consommées aujourd'hui en Europe puissent s'avérer plus nocives pour la santé des usagers que par le passé », a commenté la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Elle s'inquiète du fait que l'ecstasy et le cannabis vendus dans la rue soient de plus en plus fortement dosés. Le système d'alerte précoce de l'Union européenne « subit une pression croissante », note aussi la commissaire. (LC)