Bruxelles, 27/05/2014 (Agence Europe) - Les dirigeants européens ont lancé, mardi 27 mai, une consultation sur les priorités de l'UE pour les cinq prochaines années (et sur les nominations à la tête des institutions, voir autre nouvelle), a annoncé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, après le dîner informel.
Après les élections européennes qui ont vu une poussée des europhobes, M. Van Rompuy a indiqué avoir reçu un mandat des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE pour « conduire ces consultations » avec les groupes du Parlement européen et avec les dirigeants eux-mêmes. M. Van Rompuy a évoqué un agenda « positif » orienté sur la croissance, la compétitivité et les emplois. Parmi les pistes évoquées par M. Van Rompuy figurent: - une Union économique et monétaire plus développée et fonctionnant mieux, tout en préservant l'unité de l'UE; - une réponse forte au défi du changement climatique et une union en matière d'énergie (y compris une réduction de la dépendance énergétique extérieure) ; - une consolidation de la zone de liberté, de sécurité et de justice ; - la préservation des libertés importantes, tout en assurant la sécurité et la lutte contre la migration irrégulière, le crime et la fraude ; - le renforcement de l'action extérieure de l'UE.
Allant un peu dans le sens de ce que demandent la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou encore le Danemark, M. Van Rompuy a insisté sur le besoin d'avoir au niveau de l'UE une « compréhension commune » de ce que devrait être mieux fait au niveau européen et mieux fait au niveau national, « en conformité avec les principes de subsidiarité et de proportionnalité énoncés dans les traités ». Le processus de réflexion va se poursuivre au cours des prochaines semaines. L'agenda stratégique sera discuté en juin. M. Van Rompuy, qui a déjà reçu des contributions de la part de six pays, mettra sur la table du prochain Conseil européen un document sur 'l'agenda stratégique'.
Le premier ministre britannique, David Cameron, a réclamé, dès son arrivée au Conseil européen, mardi, une réforme de l'UE. « Elle est devenue trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive », a-t-il tonné. Mis en difficultés par la victoire du parti europhobe Ukip, qui réclame la sortie du Royaume-Uni de l'UE, M. Cameron exige une limitation des interventions de l'Europe « là où elles sont nécessaires ». Le président du Conseil italien, Matteo Renzi, a rappelé que son parti avait obtenu « le plus grand nombre de voix de tous les partis en Europe en valeur absolue: plus d'11 millions de voix ». « Les Italiens ont battu le nationalisme, mais m'ont aussi demandé de changer l'Europe. Celui qui veut sauver l'Europe doit changer l'Europe », a-t-il déclaré. « Les prochaines semaines nous diront si cette discussion produira des effets positifs », a ajouté M. Renzi. Il s'est dit « beaucoup plus intéressé à discuter de la façon de bien dépenser l'argent de l'Europe pour créer de l'emploi qu'à me préoccuper simplement d'une discussion concernant un poste ou une fonction ».
La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré: « L'Europe doit fonctionner et donner une réponse aux questions qui intéressent les gens ». « Avec le Parlement, nous devons poser les jalons » du programme de travail, a ajouté Mme Merkel. « Il faut faire un travail approfondi entre les trois institutions pour les cinq années à venir. Est-ce que l'on sera compétitifs ? Est-ce que l'on créera des emplois ? Nous avons la ferme volonté de relever ces défis », a-t-elle conclu.
Le président français, François Hollande, a dit souhaiter que l'Europe « puisse être une réponse à ces questions qui taraudent un certain nombre de peuples ». Quelle est notre identité, quelle est notre souveraineté, quel est notre avenir ? « Après ce que nous avons fait pour stabiliser l'euro, après toutes ces années d'austérité pour beaucoup de pays, la prochaine étape c'est la croissance, c'est l'emploi, c'est l'investissement », a dit M. Hollande. Il a évoqué aussi les nouvelles technologies, l'industrie (dont le numérique) et la transition énergétique (capacité d'être moins dépendants de l'extérieur, de pouvoir économiser l'énergie, de diversifier ses sources et de répondre à l'exigence de la lutte contre le changement climatique). Il a parlé aussi de la protection des frontières dans le cadre d'une politique d'immigration globale. Objectif: non pas une remise en cause de Schengen, mais « des règles qui doivent être beaucoup plus claires ». Autre priorité française: la politique européenne de défense.
Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, a insisté sur la croissance et l'emploi. « Il faut progresser en matière d'interconnexion énergétique, d'immigration. L'inflation est très basse mais il n'y a pas de croissance qui crée de l'emploi ». Il est favorable à une politique des institutions financières « un peu plus expansive pour franchir une nouvelle étape dans la reprise et sortir de la crise qui a provoqué des dégâts ». L'Europe est une espace de paix, de progrès, a conclu le dirigeant espagnol.
Xavier Bettel, premier ministre du Luxembourg, a estimé qu'il fallait relancer l'économie en Europe. « Les signaux ne sont pas négatifs mais il ne faut pas croire qu'on est sortis de la crise », a-t-il rappelé. « Il faut des changements aussi au niveau de l'UE et on doit les mettre en œuvre au cours des cinq prochaines années », a-t-il souligné. (LC/MB/AN/EH/EL/IL)