Bruxelles, 27/05/2014 (Agence Europe) - Le Conseil européen a reçu, mardi 27 mai, de la part des principaux groupes du Parlement européen, un message très clair au sujet du résultat des élections et du candidat qui sera amené à tenter en premier de former une majorité, tant au Parlement qu'au Conseil. Ce candidat sera Jean-Claude Juncker, le candidat du Parti populaire européen, famille politique arrivée en tête des élections dimanche. Et les chefs d'État ou de gouvernement devront endosser ce choix du Parlement.
Réunie mardi matin, la conférence des présidents de groupes politiques du PE a en effet chargé Joseph Daul pour le Parti populaire européen (PPE) et Hannes Swoboda pour les sociaux-démocrates du S&D de dire au président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, que Jean-Claude Juncker devait conduire les négociations et tenter de réunir cette majorité. Tous les groupes politiques du PE, à l'exception des conservateurs du groupe CRE et des eurosceptiques de l'EFD de Nigel Farage, ont soutenu ce choix. « Cette décision a été prise avec le soutien des groupes politiques représentant 645 membres de l'actuelle législature et au moins 561 députés de l'assemblée qui entrera en fonction le 1er juillet », a précisé le PE dans un communiqué.
En mars dernier, les trois principaux groupes du PE, le PPE, le S&D et l'ADLE s'étaient déjà entendus sur cette procédure, qui consisterait à passer le relais à Martin Schulz en cas d'échec de M. Juncker.
Un temps critiqués, ils avaient ensuite été rejoints par les autres formations pro-UE du PE. Dans un communiqué, le groupe Verts/ALE au PE a rappelé par la voix de sa co-présidente, Rebecca Harms, que « le candidat tête de liste issu de la plus grande formation politique, Jean-Claude Juncker, doit dès à présent assurer une majorité en faveur de son élection à la tête de la Commission européenne. Le Conseil doit prendre sa décision en fonction des résultats des élections européennes. Toute autre approche serait antidémocratique ». Le PE ne peut pas être sous le joug du Conseil, estime aussi les verts. « Le cas échéant, il perdrait toute sa crédibilité face à ses électeurs et ses électrices », conclut Mme Harms.
Pour le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, dont ce sera l'une des dernières négociations, le Conseil européen doit dès mardi 27 mai au soir ratifier ce choix du PE et accepter que Jean-Claude Juncker commence à rassembler une majorité derrière lui. Pour le responsable S&D, le Conseil n'a aucune raison de retarder ce processus et ne doit surtout pas traîner à apporter une réponse à la poussée des partis europhobes. « Il est temps de donner aux forces pro-européennes une chance de répondre aux préoccupations exprimées par les votants à travers un programme de travail détaillé pour les 5 ans », a dit M. Swoboda.
Le soutien des députés S&D à la candidature de M. Juncker ne sera toutefois pas gratuit, a prévenu Hannes Swoboda. « Jean-Claude Juncker doit maintenant proposer un programme clairement tourné vers la création d'emplois et la croissance, avec une proposition complète sur la migration et une politique efficace contre la fraude fiscale ». Ce n'est qu'à ces conditions que ce soutien du S&D sera octroyé. Pour le groupe Verts/ALE également, le futur président de la Commission sera jugé sur le contenu de son programme: des « clarifications » seront demandées sur l'accord de libre-échange avec les États-Unis, sur sa vision concernant la politique énergétique de l'UE et les énergies renouvelables. « Il sera bien sûr question d'évasion fiscale et de paradis fiscaux au moment de l'entretien avec Jean-Claude Juncker », soulignent les verts.
Mardi soir (voir autre nouvelle plus haut et en rubrique Conseil européen), les chefs d'État ou de gouvernement des pays de l'UE se sont réunis à Bruxelles de manière informelle pour analyser les résultats des élections qui ont donné une avance au PPE sur le S&D (213 sièges pour le PPE, 191 sièges pour le S&D et 64 pour les libéraux). Officiellement, aucun nom ne devait être discuté lors de ce dîner, même si le Britannique David Cameron avait déjà prévu de tenter de convaincre ses collègues de ne pas soutenir Jean-Claude Juncker et déjà passé quelques appels en ce sens à ses homologues. Il est appuyé dans sa démarche par le Hongrois Viktor Orban, ainsi que par le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, selon le quotidien Le Monde. Angela Merkel aurait semblé indiquer lundi, lors d'une conférence de presse à Berlin, qu'elle était prête à suivre la procédure du Parlement européen, indiquant que les discussions pouvaient commencer avec « notre candidat » Jean-Claude Juncker. (SP)