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Bulletin Quotidien Europe N° 11062
INSTITUTIONNEL / (ae) pe 2014

Ne pas respecter le résultat des urnes serait un camouflet pour la démocratie, selon J.-C. Juncker

Bruxelles, 16/04/2014 (Agence Europe) - Le chef de file du parti chrétien-démocrate (PPE) aux élections européennes, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, veut une Europe plus efficace, centrée sur la croissance et l'emploi, mais pas forcément de nouveaux traités pour renforcer la gouvernance économique européenne. L'un des artisans des plans de sauvetage des pays de la zone euro, l'ex-président de l'Eurogroupe se rendra en Grèce, au Portugal et en Espagne pour convaincre les citoyens de ces pays que la voie choisie combinant solidarité et responsabilité commence à porter ses fruits (propos recueillis par écrit par SP).

Agence Europe - Pourquoi serez-vous un meilleur président de la Commission européenne que votre adversaire social-démocrate Martin Schulz ?

Jean-Claude Juncker - Alors que l'Europe traversait des moments difficiles, j'étais Premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe: je sais ce que c'est de gouverner en période de crise. C'est ce vécu et cette connaissance intrinsèque des questions européennes que je souhaite mettre à la disposition des Européens. Martin Schulz et moi-même sommes concurrents, pas ennemis. Nous avons des styles différents: Martin Schulz divise parfois avec ses avis tranchés alors que je recherche toujours le consensus. Le fait que ma candidature soit soutenue par les chrétiens démocrates en Allemagne et le parti Nea Demokratia en Grèce est un signal fort. Je veux rassembler l'Europe après la crise.

Quel bilan tirez-vous de la Commission Barroso? Quel président serez-vous ?

Dans un contexte extrêmement difficile, le président Barroso et sa Commission n'ont eu de cesse d'oeuvrer à la remise sur pied de l'économie européenne et à la stabilité de la zone euro. En tant que président de la Commission, je concentrerai mes efforts sur la croissance et l'emploi. Je veux que les membres de la Commission soient des hommes et des femmes politiques expérimentés, porteurs de propositions claires assorties d'une méthodologie pour atteindre ce but. Je suis un homme de consensus avec une vision.

Que se passera-t-il le 26 mai si les partis PPE et S&D sont au coude à coude, voire à égalité ?

Les traités sont clairs sur ce point. Les résultats des élections doivent être pris en compte pour la nomination du président de la Commission par les chefs d'État et de gouvernement. Le candidat du parti qui arrive en tête doit ensuite organiser sa majorité au Parlement car c'est le Parlement qui doit élire le président. Je suis confiant que je peux rassembler cette majorité après les élections. D'ailleurs, la disposition du traité qui permet d'élire le président de la Commission est née de la Convention constitutionnelle et porte la signature du PPE. Une chose est claire: le temps des tractations à huis clos est révolu. Si le résultat des urnes n'était pas respecté, ce serait un camouflet pour la démocratie.

Comment jugez-vous ce premier exercice de 'démocratie européenne' alors que, déjà, d'autres noms que ceux de candidats déclarés circulent pour les principales fonctions européennes à pourvoir ?

Presque tous les partis politiques au niveau européen ont présenté un candidat à la présidence de la Commission. Nous passons des négociations en coulisse à un processus, certes perfectible mais ouvert. Cela constitue un progrès substantiel dans la nécessaire démocratisation de l'UE. Nous créons aujourd'hui le précédent qui influencera l'action politique européenne pour les élections futures. Permettez-moi de clarifier un point: le président de la Commission, ce sera soit Martin Schulz, soit moi. Toutes les autres rumeurs proviennent de bureaucrates nationaux qui n'ont pas compris la réalité du Traité de Lisbonne.

Quelles seront vos premières réformes si vous arrivez à la tête de la Commission ?

Dès mon premier jour dans mes nouvelles fonctions, l'emploi et la croissance seront prioritaires. Les ressources humaines, budgétaires et législatives de la Commission doivent être orientées sur des domaines où l'Europe apporte une valeur ajoutée. L'Europe doit être plus simple, plus efficace et moins bureaucratique. Elle doit se consacrer aux sujets importants tels que la politique économique et sociale, le changement climatique, le commerce international et la migration sans s'éparpiller sur des aspects secondaires.

Quelles sont vos positions sur le Traité de libre-échange transatlantique ? La société civile a-t-elle raison de s'inquiéter d'un éventuel abaissement des normes sociales et environnementales ?

Ce partenariat présente des réelles opportunités pour l'UE et les États-Unis, en termes d'emplois et de croissance. On estime que l'accord pourrait contribuer à l'économie européenne à la hauteur de 120 milliards d'euros, c'est-à-dire 545 euros d'économies pour chaque famille européenne par an. Mais je peux vous assurer que sur de nombreux sujets tels que la sécurité alimentaire, les normes environnementales, les normes sociales, la protection de notre vie privée et notre diversité culturelle, nous nous montrerons intraitables avec nos partenaires. Les lois fondamentales européennes de protection de nos citoyens doivent être préservées.

La lutte contre l'immigration illégale doit-elle être le principal défi des prochaines années ?

L'immigration sera un défi important. Nous devons travailler de concert avec nos partenaires dans ce domaine. Tout en restant une terre d'accueil, l'Europe a besoin d'une immigration ordonnée et organisée.

Comment organiseriez-vous votre Commission et le travail de vos 27 commissaires ?

Bien qu'il ne soit pas possible, à court terme, de réduire la taille du Collège de la Commission, je pense qu'une réorganisation du travail des commissaires nous aiderait à être plus efficaces. Sans détailler une répartition des portefeuilles, le travail des commissaires pourrait être regroupé sous la direction de 5 ou 6 vice-présidents chargés, entre autres, de l'économie, du marché intérieur, des relations extérieures.

Que pensez-vous de la procédure 'carton rouge' voulue par Londres et La Haye qui permettrait à un tiers des parlements nationaux d'invalider une législation européenne ?

La Commission doit prendre en compte les avis des parlements nationaux. Notamment, je souhaiterais que chaque commissaire aille régulièrement expliquer ses propositions devant les parlements nationaux, non seulement dans leur pays d'origine, mais encore dans d'autres États membres.

Quelle attitude adopter en cas de référendum britannique sur l'appartenance à l'UE ?

J'aimerais que le Royaume-Uni reste un membre important de l'UE et le voir au coeur de l'Europe et non relégué au second plan. Mais si le Royaume-Uni veut rester membre de l'Union, il ne peut pas saper le principe même de l'UE. Je suis ouvert, après les élections, à une discussion avec le Royaume-Uni sur ses besoins spécifiques, mais je ne ferai pas de compromis sur les principes fondamentaux de l'UE.

Que répondre aux citoyens pour qui l'Europe est une machine à briser les acquis sociaux ?

Les réformes engagées par la Grèce, l'Espagne et le Portugal, trois pays dirigés par le PPE, ont été extrêmement douloureuses et courageuses. Ces trois pays sont sur le chemin de la croissance et de nombreux indicateurs le prouvent. En Espagne, le taux de chômage était à 16,62% au mois de mars, le taux le plus bas depuis 2006. Le Portugal est en passe de sortir du programme d'aide et la Grèce a effectué la semaine dernière son retour sur les marchés. Mais je comprends que les Européens ne vivent pas d'indicateurs. Il faut dire aux citoyens européens que leurs sacrifices n'ont pas été vains et que ces efforts se traduiront bientôt dans leurs foyers. Je me rendrai prochainement en Grèce, en Espagne et au Portugal pour porter ce message.

Faut-il un nouveau traité pour renforcer la gouvernance économique européenne ?

En ce moment, les Européens ont besoin de croissance et de l'emploi, pas de nouveaux traités. De nombreuses initiatives pour renforcer la gouvernance économique européenne peuvent être prises dans le cadre institutionnel actuel. Je n'exclus pas un changement de traité si une meilleure gouvernance de l'Union économique et monétaire l'exigeait.

Faut-il alléger le fardeau de la dette grecque ?

C'est une bonne nouvelle que la Grèce, après avoir été soutenue par la solidarité européenne et après avoir entrepris des réformes très douloureuses, ait retrouvé un surplus budgétaire primaire - condition indispensable pour sortir de la crise. Que la Grèce, pour la première fois, ait pu à nouveau trouver des investisseurs pour ses emprunts et à un prix abordable est aussi une bonne nouvelle. Il me semble donc que les pessimistes n'ont pas eu raison et que notre solution européenne de 'solidarité en échange de responsabilité' commence également à porter ses fruits en Grèce. J'irai moi-même début mai discuter avec le Premier ministre Samaras des prochaines étapes et des mesures à prendre en tant que président de la Commission. Relancer la croissance et créer des emplois en Grèce sera l'une de mes priorités.

Qu'allez-vous faire pour renforcer la lutte contre l'évasion fiscale ?

Permettez-moi d'abord de clarifier deux choses. En 2012, onze pays de l'UE ont décidé d'introduire une taxe sur les transactions financières. Le Luxembourg s'est opposé au fait que la taxe ne soit pas introduite dans l'ensemble de l'Europe afin de ne pas donner un avantage compétitif à la City de Londres.

Même chose pour le secret bancaire. Le Luxembourg ne voulait pas y mettre fin tant que la Suisse s'y refusait. Je n'ai voulu que garantir 'le fair play', rien de plus. J'ai moi-même annoncé la fin du secret bancaire et le passage à l'échange automatique d'informations au parlement luxembourgeois le 17 avril 2013.

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