Bruxelles, 02/04/2014 (Agence Europe) - L'ancien directeur exécutif adjoint au Fonds monétaire international (2010-2011), Panagiotis Roumeliotis, porte un regard très amer sur la réponse donnée par la 'troïka' à la crise grecque. Il a affirmé, mardi 1er avril, que si le Parlement européen avait été associé, certaines fautes graves auraient pu être évitées. Il a prôné la méthode communautaire pour assurer l'avenir de la zone euro, lors d'un débat organisé par les eurodéputés socialistes Liêm Hoang Ngoc (français) et Alejandro Cercas (espagnol), dans le cadre du 'prochain cercle économique de gauche' (Next left economic circle).
« Une Europe solidaire, démocratique et qui veut avancer ne peut pas répéter les erreurs de la 'troïka' », a lancé M. Roumeliotis.
Rapport parlementaire tardif. Pour ce témoin en première ligne des conséquences de l'austérité imposée à la Grèce, le rapport du Parlement européen sur le rôle de la 'troïka' dans les pays sous programme aurait dû être adopté en 2010, et pas en mars cette année. « On aurait évité des erreurs qui ont conduit à l'échec des programmes appliqués par les membres de la 'troïka' si le Parlement européen avait été impliqué », a déclaré M. Roumeliotis. Il fait valoir que sans intervention du Parlement européen, ni respect du droit parlementaire, il ne peut y avoir de « débat franc » menant à l'établissement d'un programme adéquat, diminuant les dégâts de l'austérité.
Catastrophe sociale. M. Roumeliotis dénonce la « catastrophe sociale » qui frappe désormais la Grèce: « Jamais aucun pays depuis la crise de 1929 n'a subi une telle perte en termes de PIB par tête ». Cette récession sans précédent a pour origine uniquement la politique d'austérité budgétaire couplée à la dévaluation interne, qui a provoqué une chute de la demande interne. Dès lors, la 'troïka' aurait dû prévoir un programme pour stimuler l'investissement, regrette-t-il. « Que les Européens admettent une erreur de calcul, ce n'est pas assez pour la réparer ! On a sacrifié un peuple pour satisfaire les intérêts privés de quelques banques européennes, c'est inadmissible », commente ce professeur émérite de l'Université du Panthéon d'Athènes.
Méthode communautaire. Pour lui, les Européens ont pris trop de temps à comprendre la nature de la crise en Grèce (en estimant que le pacte de stabilité serait suffisant) et n'en ont pas fait assez pour protéger la zone euro. Les mesures de l'Union bancaire ne seraient pas suffisantes, à ses yeux. Pour faire face à d'autres crises économiques, « il faut des solutions communautaires et pas intergouvernementales », soutient-il encore, convaincu que le Parlement européen doit tenir une place plus importante dans la méthode communautaire. (MD)