Bruxelles, 02/04/2014 (Agence Europe) - Une vingtaine de chefs d'État d'Afrique et d'Europe étaient réunis, mercredi 2 avril à Bruxelles, au chevet de la République centrafricaine, lors du mini-sommet consacré à la situation humanitaire et sécuritaire catastrophique dans ce pays, sous la présidence conjointe d'Herman Van Rompuy, François Hollande et Mohamed Oul Abdel Aziz, actuel président de l'Union africaine.
Au vu de la nouvelle flambée de violences et de tueries à Bangui, tous ont souligné l'urgence d'agir et d'intensifier les efforts d'aide et les contributions militaires et de police, en réponse à l'appel lancé par Catherine Samba-Panza, présidente de la transition pour rétablir la stabilité et la sécurité dans un État fragile où règne le chaos.
« L'Union européenne, en coordination avec ses partenaires internationaux, a décidé le lancement d'une opération militaire pour contribuer au rétablissement de la sécurité dans le pays. Ceci accompagnera les actions déjà entamées dans le domaine humanitaire, politique, en matière de stabilisation et en appui du développement. On a aussi récemment décidé de renforcer notre soutien à la MISCA, avec une contribution complémentaire de 75 millions d'euros provenant de la Facilité de paix pour l'Afrique. La priorité immédiate reste la situation sécuritaire et humanitaire. Davantage d'efforts et de contributions restent nécessaires pour soutenir le travail crucial de MISCA, SANGARIS et bientôt d'EUFOR RCA, ainsi que pour assurer la livraison de l'aide humanitaire. Notre objectif à moyen et plus long termes doit rester le plein rétablissement des structures étatiques », a déclaré Herman Van Rompuy à l'entame du sommet. Selon lui, « l'appui de la communauté internationale aux nouvelles autorités de transition de la RCA est essentiel pour améliorer leurs chances de réussir dans les efforts de reconstruction étatique et de réconciliation nationale qui doivent être entamés. C'est ce processus politique qu'il faut soutenir fortement en vue des élections législatives et présidentielles au début 2015 ».
Le mini-sommet a ainsi été informé du lancement de la force militaire EUFOR RCA à Bangui (800 hommes seront déployés), formellement décidé la veille et dont le président français, François Hollande, avait eu l'occasion d'informer la présidente centrafricaine lors de son entretien à l'Elysée, mardi 1er avril. Cette force européenne, destinée à créer les conditions d'un environnement sécurisé à Bangui en attendant de passer le relais à la force de paix de l'ONU, assurera la protection des populations civiles les plus menacées et la liberté de mouvement des organisations non gouvernementales acheminant l'aide. « Son déploiement sera effectif dans les tous prochains jour pour les éléments de commandement du premier échelon. Elle devrait atteindre sa capacité opérationnelle intermédiaire à la fin mai » , indiquait mardi à la presse le général Philippe Pontiès, commandant en chef de l'opération. Pour qu'EUFOR RCA atteigne sa pleine capacité opérationnelle, « il manque encore des capacités d'infanterie pour la sécurisation des secteurs », a-t-il concédé. Le coût de cette mission sera de 25,9 millions d'euros sur dix mois.
Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, a présenté aux participants le projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU sur l'opération de maintien de la paix, qui devrait être voté à la mi-avril pour un déploiement le 15 septembre. Cette force de paix compterait au maximum 12 000 soldats et policiers. Il a appelé au renforcement du soutien à la force africaine de la MISCA (6 000 hommes) dans la période qui précédera le changement de casques.
« Transformer la MISCA en opération de maintien de la paix de l'ONU prendra du temps. Je remercie l'Union africaine pour son importante contribution et j'apprécie la décision de l'UE de déployer sa force. Ces décisions sont cruciales, mais elles sont loin d'être suffisantes. La population centrafricaine subit des atrocités déplorables », a déclaré le secrétaire général, pressant tous les pays d'envisager sérieusement de fournir des forces militaires et de police supplémentaires ainsi qu'un soutien financier dont on a cruellement besoin
« Nous devons agir rapidement pour mettre un terme aux tueries, protéger les populations civiles et prévenir une nouvelle division des communautés qui ont coexisté pendant des générations. Nous devons aussi acheminer davantage d'aide. Le peuple de la République centrafricaine s'est rassemblé pour construire un nouvel avenir. Il peut stabiliser et développer son pays, mais nous devons les aider », a-t-il déclaré.
Axe franco-allemand. S'exprimant en fin d'après-midi devant la presse avant que ne débute le débat du Sommet UE/Afrique consacré à la sécurité et la paix, le président français, François Hollande, a déclaré: « On a enfin pu lancer cette opération qui va se déployer. La France est déjà sur place. L'Union européenne, dont l'Allemagne, va apporter des moyens militaires, financiers et logistiques ». À ses côtés, la chancelière allemande, Angela Merkel, a ajouté: « En Centrafrique, la France a pris les devants. L'Allemagne participera avec des moyens de transports aériens stratégiques et une aide au développement plus classique ». Depuis décembre 2013, la crise en Centrafrique a fait au moins 2 000 morts, plus de 900 réfugiés et quelque 600 000 personnes déplacées. (AN)