Bruxelles, 05/03/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne a décidé, mercredi 5 mars, de placer l'Italie, la Slovénie et la Croatie sous surveillance accrue, du fait de leurs déséquilibres macroéconomiques jugés excessifs. Trois autres États, la France, l'Espagne et l'Irlande, seront également suivis de près, car leurs déséquilibres nécessitent une action politique forte. La Commission présentait ses bilans approfondis des États épinglés en novembre dernier, cette analyse devant permettre d'aiguiller les États dans la préparation des programmes de stabilité (pour les pays de la zone euro) et de convergence (hors zone euro) à présenter fin avril. Le 2 juin prochain, la Commission présentera ses recommandations spécifiques par pays.
L'Italie, la Slovénie et la Croatie ont des déséquilibres jugés excessifs par l'institution bruxelloise et sont donc placées sous surveillance accrue. M. Rehn a encouragé le nouveau gouvernement mené par Matteo Renzi à entreprendre « des actions rapides » dans le domaine des réformes économiques « pour renforcer la croissance et améliorer la création d'emplois ». Il est nécessaire d'aborder la question de la compétitivité extérieure faible ainsi que la dette publique élevée. Sur ce point, la semaine dernière, M. Renzi avait affirmé, lors du Congrès des socialistes européens qui se tenait à Rome, que son gouvernement comptait améliorer la situation de la dette, pas parce qu'une « institution internationale nous le demande », mais parce que c'est une « question de dignité ».
Pour la Slovénie, il a eu des « progrès décisifs » du côté du secteur bancaire, mais d'autres « défis requièrent une action politique forte », comme la situation budgétaire, où les objectifs pourraient ne pas être atteints. Enfin, la Croatie doit prendre des mesures au plus tard le 30 avril 2014, lorsqu'elle présentera son plan national de convergence. Le pays doit répondre au volume élevé des passifs extérieurs, à la détérioration des résultats à l'exportation, au fort endettement des entreprises et à la croissance rapide de dette publique. M. Rehn a également noté qu'il y aura besoin d'une consolidation budgétaire « additionnelle » pour réduire le déficit d'ici la fin de l'année.
Trois autres pays sous surveillance étroite. La France, l'Irlande et l'Espagne, du fait de la nécessité d'actions politiques fortes pour répondre aux déséquilibres, feront également l'objet d'une surveillance spécifique.
La Commission européenne a mis l'accent sur deux choses en ce qui concerne la France: la balance commerciale et la compétitivité, et le niveau élevé de dépenses du secteur public. Ces deux domaines « exigent une réponse forte », selon le commissaire. Une action décisive est essentielle pour éviter un risque de retombée négative, non seulement sur la France, mais sur la zone euro en général, compte tenu de la taille de l'économie française, selon lui. Quant aux finances publiques, malgré les efforts, la Commission attire l'attention sur le risque pour Paris de ne pas respecter ses objectifs budgétaires pour cette année, la dette publique, également, n'ayant « cessé d'augmenter ». « Compte tenu du niveau élevé des dépenses publiques, il faut continuer les efforts sur la réduction de ces dépenses », a préconisé M. Rehn. Pour la France, comme pour la Slovénie, la Commission invite les gouvernements à aborder cette situation « en temps opportun ». La réaction française ne s'est pas faite attendre. Dans un communiqué conjoint, le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, et Bernard Cazeneuve, en charge du budget, ont précisé qu'à ce stade, « seule une vision partielle de l'ensemble du déficit 2013 des administrations publiques est disponible » et que ces éléments indiquent « que la dépense a été strictement maîtrisée et que le déficit structurel continuera de se réduire fortement ».
L'Espagne « a déjà fait beaucoup sur le plan des réformes économiques », s'est félicité M. Rehn, citant un tournant économique, la croissance des exportations et la légère hausse de la demande domestique. Il y a même des bonnes nouvelles du côté du chômage, selon les plus récentes prévisions, mais celui-ci reste élevé. Et il subsiste d'autres risques, comme les hauts niveaux de dette privée et publique. Il y a également encore de la marge pour améliorer la compétitivité de l'économie espagnole.
L'Irlande, qui rejoint le processus de surveillance budgétaire du Semestre européen, puisque fraîchement sortie de programme, fera l'objet d'une surveillance spécifique au travers de la 'surveillance post programme', ce qui sera également le cas pour l'Espagne. La première mission de suivi démarrera dans le courant du mois d'avril, avec une emphase particulière sur le secteur bancaire, a expliqué M. Rehn.
L'Allemagne avait pour la première fois été épinglée en novembre. « Nous disons qu'il y a déséquilibre », non à cause de la compétitivité extérieure de Berlin, que M. Rehn voudrait voir chez chaque pays, mais à cause du niveau continuellement bas de la demande intérieure. Par conséquent, ses services recommandent de stimuler la demande et les investissements intérieurs. Il y a également des goulots d'étranglement dans le secteur des services. Berlin devrait également faire en sorte d'encourager la présence des femmes sur le marché du travail. À noter également que, si l'excédent commercial de l'Allemagne continue d'augmenter vis-à-vis du reste du monde, il a diminué vis-à-vis de la zone euro.
Le Danemark, le Luxembourg et Malte ont quitté le groupe des pays considérés en novembre dernier comme présentant des déséquilibres. Pour Malte et le Danemark, la Commission estime qu'en comparaison avec l'année dernière, les risques ont « diminué ou sont mieux contrôlés ». Pour le Luxembourg, si nombre de caractéristiques de l'économie luxembourgeoise requièrent de l'attention, comme son « secteur financier large », elles ne constituent pas « des déséquilibres » au sens du PDE. (EL)