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Bulletin Quotidien Europe N° 11032
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) femmes

Violences contre les femmes, un fléau à dimension européenne

Bruxelles, 05/03/2014 (Agence Europe) - La première photographie des violences faites aux femmes en Europe révèle un portrait sordide: une européenne sur trois en serait victime. L'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) a dévoilé, mardi 4 mars, des chiffres interpellants sur ces attaques qui prouvent que le phénomène est une réalité partout et pour toutes les femmes dans l'Union européenne. Ce constat, selon l'Agence, appelle à une mobilisation politique tant au niveau national, qu'à l'échelon européen. Une demande maintes fois relayée par le Parlement européen.

Des statistiques uniques et implacables. L'Agence a mené l'enquête auprès de 1 500 femmes pour chaque État membre (soit 42 000 femmes), pour pallier le manque de données européennes sur le phénomène de la violence faite aux femmes. 62 millions de femmes auraient été victimes des violences physiques et/ou sexuelles depuis l'âge de 15 ans ; dans deux cas sur dix, les attaques proviennent de leur cercle intime, indique la FRA. Le tableau ne s'arrête pas là. Les chiffres collectés indiquent aussi qu'une femme sur vingt a été violée en Europe et qu'autant ont subi une traque furtive ou « stalking » lors des douze derniers mois. Des formes de violences psychologiques et de harcèlement sexuel concerneraient la moitié des Européennes (43% et 55%). La FRA met aussi en exergue la pratique grandissante du cyber-harcèlement: une jeune femme sur cinq de 18 à 29 ans y serait confrontée. En dépit de la multitude de formes que revêt la violence à l'encontre des femmes et du grand nombre d'entre elles qui sont touchées, les victimes renoncent à en parler. En effet, la majorité de femmes violentées (67%) ne signale pas les comportements dangereux à la police ou aux organismes compétents. Pourtant, un tiers d'entre elles jugent les violences à leur égard très fréquentes.

Le modèle scandinave déraille ? Le panorama révélé par la FRA vient aussi briser certains clichés, dont celui des pays scandinaves à l'avant-garde des droits des femmes. Danemark, Finlande et Suède se retrouvent dans le « top trois » des pays où le plus de violences à l'encontre des femmes a été enregistré. En moyenne, une femme sur deux y serait confrontée. La FRA explique de tels résultats par le fait que, dans les pays nordiques, le rôle de la femme est moins traditionnel. Sortant plus et bien intégrées dans le monde professionnel, les femmes y seraient en quelque sorte plus exposées, mais feraient aussi plus facilement part de leurs mauvaises expériences. Dans le sud de l'Europe, le sujet serait davantage tabou. C'est la Pologne qui fait figure de « bon élève », avec moins de 20% de femmes exposées.

Réveil pour l'action politique. Ces données collectées par la FRA sont un point de départ précieux pour adapter la lutte contre les violences à l'encontre des femmes. Jusqu'ici, les politiques étaient fondées sur des éléments de preuve partiels, car il n'y avait pas dans l'UE de données statistiques détaillées et comparables sur la problématique. Le Parlement et le Conseil européen étaient en demande d'une telle étude. Celle-ci est également accompagnée de recommandations d'action politique. Un premier pas symbolique serait pour les États membres de ratifier la Convention d'Istanbul, seul instrument voué à être contraignant en Europe en matière de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes. À ce stade, seuls trois pays, l'Italie, le Portugal et l'Autriche, ont apposé leur signature depuis 2011.Or, il en faut 10 pour que la Convention entre en vigueur. Les États membres devraient aussi cesser de considérer que les violences faites aux femmes relèvent du domaine strictement privé, sur lequel l'État ne peut intervenir. Les législations nationales destinées à combattre ces violences devraient en outre être modernisées pour prendre en compte les risques liés à Internet et à la téléphonie mobile. La FRA recommande de mieux former à la problématique la police, les professionnels de la santé, les employeurs et les services d'aide, mais aussi les plates-formes Internet et les réseaux sociaux. Aussi, les campagnes de sensibilisation devraient-elles être portées par des figures masculines engagées et pas uniquement féminines.

Au niveau européen, seule la directive sur les victimes (2012/29/UE) peut contribuer à la lutte. Mais davantage pourrait être entrepris à l'échelon européen. Le Parlement a, de ce fait, adopté récemment une résolution demandant un plan d'action et une année européenne pour la lutte contre les violences faites aux femmes (EUROPE 11026). (MD)

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