Cracovie, 20/02/2014 (Agence Europe) - Le bureau politique du groupe PPE au Parlement européen, qui se réunit à Cracovie les 20 et 21 février, a vu son agenda bousculé par la crise ukrainienne. Spécialiste des questions de défense au sein de l'hémicycle, le Français Arnaud Danjean est chargé de préparer une résolution sur le sujet avec un autre collègue polonais en vue de la soumettre en plénière, peut-être dès la semaine prochaine. L'eurodéputé explique les enjeux de cette résolution. (Propos recueillis par Solenn Paulic).
Agence Europe (AE) - Vous avez été chargé jeudi matin de co-préparer avec votre collègue Jacek Saryusz-Wolski une résolution pour le groupe PPE à soumettre en plénière. Quel en sera le contenu ?
Arnaud Danjean (AD) - Il est encore un peu tôt pour le dire mais il s'agira de rappeler les enjeux face à une situation qui a beaucoup évolué et qui connaît des développements dramatiques. Ce à quoi nous assistons, ce n'est plus une lutte pour ou contre l'UE ou pour ou contre l'accord d'association proposé fin novembre, mais bien une crise de régime. Le régime est responsable des actes inacceptables de ces dernières semaines et doit cesser le bain de sang. Il faut donc un mélange de sanctions et de médiation. Je pense toutefois que cela arrive trop tard. Dès avant le Sommet de Vilnius, les leaders européens, au plus haut niveau, auraient dû se saisir du sujet. Ils auraient pu aussi y accorder plus d'importance lors du Sommet européen de décembre. On a trop tardé à donner une réponse politique. À mon sens, il faudrait que le sujet fasse l'objet d'un Conseil européen extraordinaire.
AE - Quelles sont les faiblesses de l'UE selon vous ?
AD - Nous avons fait des erreurs dans la façon d'aborder le Partenariat oriental. Il s'agit d'une question éminemment politique, et même géostratégique. Elle ne peut pas être traitée exclusivement par un commissaire au Voisinage et à l'Élargissement. Depuis des années, nous avons traité le sujet sous un angle technique et, à Vilnius, en novembre, nous avons découvert que cette question recèle des enjeux plus profonds, avec la Russie particulièrement. Il ne faut donc plus se cacher derrière des processus techniques, ni derrière un inefficace partage des rôles entre les États membres. Il n'est pas sain ni efficace, selon moi, que l'on délègue certaines zones à certains pays: l'Afrique à la France, l'Ukraine à la Pologne, ce n'est pas ainsi que l'Europe peut véritablement peser sur le cours des choses ! Il est important qu'un État membre ne se retrouve pas investi de la seule responsabilité d'un dossier. Il faut que les Vingt-huit soient soudés.
AE - Pensez-vous comme votre collègue polonais que l'UE devrait directement intervenir sur place, sous une forme 'd'opération de paix' ?
AD - Non, cela est irréaliste ! Il faudrait pour cela une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, l'accord - voire la demande - de l'Ukraine elle-même... Non, ce n'est pas envisageable. Et la question reste plus politique que sécuritaire. Le gouvernement doit néanmoins faire cesser les tirs de ses forces de police et forces spéciales. C'est un préalable indispensable à une sortie de crise dont les éléments sont connus: cessation des violences, réformes constitutionnelles et nouvelles élections. Il faut être réaliste: c'est à Kiev que se trouve la solution.