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Bulletin Quotidien Europe N° 11008
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) ukraine

L'UE n'est pas prête à faire face au 'scénario catastrophe'

Bruxelles, 30/01/2014 (Agence Europe) - Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, est arrivé à Bruxelles, jeudi 30 janvier, pour promouvoir l'idée que l'UE adopte rapidement une nouvelle position commune et forte en faveur des aspirations européennes d'une partie du peuple ukrainien. Il doit encore se rendre dans les prochains jours à Paris, Berlin et Londres. En même temps, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie s'inquiètent de plus en plus de ce que l'UE ne soit pas prête à les assister dans le cas où les événements en Ukraine empireraient encore dans les mois à venir et se transformeraient en véritable guerre civile.

La mise en garde du premier président de l'Ukraine indépendante, Léonid Kravtchouk, selon laquelle son « pays se trouve au bord de la guerre civile » (EUROPE 11007), est prise très au sérieux dans plusieurs capitales de l'UE. Mais, selon une source proche de M. Tusk, l'UE et les institutions européennes ne font que commencer à se rendre compte qu'une « évolution radicale de la situation vers des violences à plus grande échelle » n'est pas qu'un scénario fantasmagorique. Les informations sur « la dégradation de l'état de santé physique et mentale » du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, ne font que renforcer cette inquiétude, selon cette même source.

Les enjeux pour certains États membres, surtout ceux qui sont limitrophes de l'Ukraine, peuvent être colossaux. De 300 000 à 400 000 Ukrainiens vivent par exemple en Pologne. En cas de guerre civile en Ukraine, ils seraient probablement amenés à aider leurs proches à venir en Pologne, tout comme le nombre de blessés voulant se réfugier augmenterait. Cette question des réfugiés n'a pas été évoquée lors de la rencontre entre M. Tusk et le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, au cours d'un déjeuner de travail, jeudi 30 janvier.

Mais une autre conséquence de l'aggravation de la situation en Ukraine l'a bien été: c'est celle de l'énergie et de l'approvisionnement en gaz russe de l'UE, dont 70 à 80% transitent par l'Ukraine. Or, « l'UE n'est pas prête à assister les États membres de l'Est, car il n'y a pas de procédures automatiques », qui éviteraient de devoir organiser des réunions intergouvernementales à Bruxelles pour faire face à ces différents types de problème, a estimé la source polonaise. L'UE a déjà commis l'erreur de se faire surprendre, par manque de prise en considération de toutes les éventualités imaginables, par le refus de l'Ukraine de signer l'accord d'association. Mais les conséquences directes étaient essentiellement politiques et non économiques ou humanitaires.

Savoir quelle tournure prendront les événements en Ukraine est un exercice de spéculation, mais selon l'appréciation de la source proche de M. Tusk, la période critique, si aucun compromis n'est rapidement trouvé entre le pouvoir en place et l'opposition, serait celle des semaines suivant la fin des Jeux olympiques de Sotchi, qui se terminent fin février. La Fédération de Russie pourrait alors vouloir s'immiscer directement dans la crise ukrainienne, en profitant de la fin du gouvernement par intérim du Premier ministre ukrainien, Serhiy Arbouzov, et de la reprise des négociations sur le contrat gazier entre la Russie et l'Ukraine.

Au sein de l'UE, les positions restent encore disparates quant à l'attitude à adopter, mais deux grandes tendances restent dominantes. Soit l'UE reste passive, soit elle adopte une position commune avec de nouveaux incitants, au risque de se faire accuser, une nouvelle fois, d'ingérence dans les affaires intérieures de l'Ukraine. Varsovie cherche à fédérer les autres États membres autour de cette deuxième option. L'idée est d'affirmer clairement la perspective d'une Ukraine membre de l'UE, ce qui peut s'avérer plus que délicat à faire. Varsovie souhaite également que l'aide financière, à travers divers instruments européens, soit rehaussée et qu'un régime sans visa soit proposé à l'Ukraine. Finalement, elle veut à tout prix éviter que le sort de l'Ukraine soit abordé au niveau des relations bilatérales UE-Moscou.

M. Tusk a rencontré à Bruxelles le commissaire à l'Élargissement et à la Politique européenne de voisinage, Stefan Füle, le président du Parlement européen, Martin Schulz, et puis M. Barroso. Ce dernier semble favorable à au moins quelques-unes des propositions polonaises. Il a ainsi affirmé, au cours d'une conférence de presse avec M. Tusk, que « l'UE est déterminée à continuer son plein engagement politique dans le règlement de la crise en Ukraine » et que « nous sommes prêts à examiner toutes les possibilités avec les instruments pertinents: des instruments de (la politique de) voisinage à la coopération avec la BEI, de l'assistance technique à la mise en oeuvre de l'assistance macrofinancière, qui a déjà été proposée ». Selon cette même source polonaise, M. Tusk pourrait bien arracher un appui envers ses idées également du côté de Paris et peut-être Berlin, alors que Londres resterait dans « une neutralité positive ». (JK)

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