Athènes, 24/01/2014 (Agence Europe) - La Grèce s'est à nouveau retrouvée, vendredi 24 janvier, au centre des inquiétudes des associations quant au traitement que le pays réserve aux migrants et demandeurs d'asile.
Un naufrage survenu dans la nuit de dimanche à lundi près de l'île de Farmakonisi, à quelques kilomètres des côtes turques, a fait 12 disparus, 9 enfants et 3 femmes, 16 migrants ayant pu eux être secourus. Mais les conditions de cette opération ont fait ressurgir au sein des ONG des soupçons de refoulement des migrants, une pratique illégale. Parmi les occupants de ce bateau se trouvaient notamment des Afghans et des Syriens.
Lundi matin, les autorités grecques auraient en effet, selon l'ONG Pro Asyl, davantage cherché à refouler ces migrants, ce qui est interdit par le droit international, que tenté de procéder à un réel sauvetage des occupants du bateau. Selon ce que les survivants lui ont raconté, c'est lors du remorquage du bateau par les garde-côtes grecs vers les côtes turques que serait survenu le drame, le bateau chavirant.
Selon les autorités grecques, c'est le mauvais temps qui aurait compliqué la tentative de sauvetage et de retour vers Farmakonisi, tous les occupants se précipitant vers un seul côté du bateau et le déséquilibrant.
L'agence des Nations unies pour les réfugiés, l'UNHCR (Haut commissariat aux réfugiés), avait appelé dès mardi les autorités grecques à faire la lumière sur ces agissements. Les ONG, notamment ECRE, et le conseil européen des exilés et réfugiés ont aussi demandé une enquête indépendante sur les allégations.
Mais vendredi 24 janvier à Athènes, lors de la réunion informelle des ministres européens de l'Intérieur, le ministre grec en charge des Affaires maritimes et de la mer Egée, Miltiadis Varvitsiotis, a indiqué que l'enquête avait déjà été confiée au procureur de la région. « Et une autorité indépendante autre que celle de la justice grecque n'est pas prévue pour ce type d'enquêtes », a-t-il ajouté. « Mais nous pouvons fournir des informations à toute autorité qui nous en ferait la demande ». Le ministre a aussi indiqué qu'il devait rencontrer samedi certains députés grecs pour évoquer avec eux les circonstances de ce naufrage.
Pour le ministre, la situation est toutefois claire. « Nous sommes toujours bouleversés par la perte de vies humaines (…) mais dans ce cas présent, il n'y a pas eu de 'push back', c'est prouvé par l'endroit où a eu lieu le naufrage, il s'agissait d'un remorquage vers les côtes grecques », a assuré M. Varvitsiotis.
De son côté, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, a exprimé sa « confiance » dans le fait que les autorités grecques feraient la lumière sur la tragédie. La responsable suédoise a rappelé l'aide apportée par la Commission à la Grèce qui est, depuis quelques années, sous « monitoring » européen pour améliorer son système d'asile et la façon dont elle traite les migrants interceptés à ses frontières. Un plan d'action mis en place en 2010 (la Grèce a entre-temps été condamnée en janvier 2011 par la Cour européenne des droits de l'homme pour les traitements dégradants infligés aux migrants) a permis d'améliorer un peu la situation, mais « il reste des progrès à faire », a dit la commissaire. Elle a rappelé que la Grèce s'était engagée auprès de la Commission pour améliorer son régime d'asile et d'accueil des demandeurs d'asile. En outre, la Commission s'est rendue très souvent sur place pour inspecter ces efforts.
Vendredi 24 janvier au matin, alors qu'elle venait seulement de déplorer sur son compte Twitter la perte de vies, lundi, au large de Farmakonisi, Cecilia Malmström a été critiquée sur son compte par plusieurs 'twitteurs' grecs l'accusant de soutenir en la finançant la politique sécuritaire du pays, peu respectueuse des migrants. La Grèce a reçu un peu plus de 250 millions d'euros de fonds européens (au titre des fonds frontières et migration) sur les trois dernières années pour remédier aux défaillances. « Votre responsabilité est directe et énorme », a ainsi lancé un twitteur grec à la commissaire.
Le 10 janvier, le gouvernement grec avait par ailleurs accepté une requête (datant du 5 décembre) du Conseil de l'Europe et du commissaire aux Droits de l'homme, Nils Muiznieks, visant à enquêter sur d'autres (nombreuses) allégations de refoulement vers la Turquie et même de négligence médicale vis-à-vis de certains migrants, notamment syriens. Le ministre grec de l'Ordre public, Nikos Dendias, avait alors assuré dans sa lettre au commissaire aux Droits de l'homme que la police avait été mandatée pour enquêter rigoureusement sur ces accusations et qu'une réponse pénale serait apportée si ces agissements devaient être avérés par des preuves. (SP)