Bruxelles, 24/01/2014 (Agence Europe) - Des craintes sont désormais clairement exprimées au Maroc sur les conséquences de l'accord de libre-échange approfondi avec l'UE (ALECA). Après les milieux d'affaires, qui ont obtenu à l'occasion du 3ème round de négociations cette semaine à Rabat d'être impliqués dans la négociation (EUROPE n° 1002), ce sont les milieux de la santé qui expriment leur préoccupation quant à une « destruction » du marché des médicaments génériques dont le prix est considéré comme le plus abordable pour la population.
Les dispositions envisagées « renforcent les règles de protection de la propriété intellectuelle au-delà de ce qui est requis par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le cadre de l'accord ADPIC et offrent à l'industrie pharmaceutique de nombreuses armes pour combattre les médicaments génériques », écrivent, dans un appel, différentes associations du secteur qui demandent à ne pas aller au-delà de ce qui est envisagé à Genève.
« Il est bien connu que, par le biais des accords commerciaux, l'UE tente d'influencer ses partenaires » contre tout ce qui fait « obstacle aux entreprises européennes » et pour faire « primer le commerce sur les intérêts publics tels que la santé ». L'Europe, qui a refusé à Genève des « dispositions préjudiciables » sur la contrefaçon, « utilise l'ALECA pour les réintroduire à nouveau », affirme Dr. Othman Mellouk, dirigeant d'un des organismes du secteur (ITPC-MENA) signataires de l'appel adressé à Rabat comme à Bruxelles.
Autre signataire, le Professeur Hakima Himmich, présidente de l'ALCS (lutte contre le sida), qui dénonce le manque de « transparence » et estime « tout à fait probable que l'Europe y intègre des dispositions » en discussion avec deux pays fournisseurs importants (Inde et Thaïlande) qui « renforcent les droits de propriété intellectuelle et la protection des investissements au détriment de la santé publique ».
Les signataires demandent une concertation dans la « transparence ». « Les accords commerciaux ne peuvent se négocier en secret », estiment ces associations qui demandent en outre une « étude d'impact indépendante », avec l'appui de l'OMS, et qui « doit être rendue publique avant la ratification de l'accord ». (FB)